Est-ce qu'un pervers narcissique peut avoir de la culpabilité ? Est-ce qu'il y a un être humain derrière cette carapace ? Est-ce qu'il y a du regret ? Est-ce qu'il y a des remords ? Est-ce que, vu ce que je souffre aujourd'hui, l'autre en face en a un tout petit peu conscience ? Tu t'es posé cette question probablement des centaines de fois. Si tu es resté aussi longtemps dans cette relation, c'est probablement que tu avais l'espoir que ça change. Tu t'es dit : il est capable de changer, elle est capable de modifier son comportement. Et puis malheureusement, ça ne l'a pas fait.
Bien évidemment que cette question est légitime, parce que si oui, si cette personne est capable de ressentir des regrets, c'est le signe que tu souffres, mais pas pour rien. Parce que s'il n'y a pas de culpabilité en face, c'est là que ça devient compliqué. Ça signifie que je suis victime, et ça, déjà, c'est une étiquette qui n'est pas évidente à se mettre sur la tête. Mais de manière assez antinomique, si jamais il n'y a pas de sentiment, pas d'émotion, pas de remords, pas de souffrance en face de toi, alors ça signifie aussi que je peux partir. C'est aussi une libération. Ça fait mal de l'entendre, mais c'est aussi ce qui me permet de passer à autre chose.
Une conscience intellectuelle, pas émotionnelle
J'ai déjà un début de bonne nouvelle. Cette personne sait qu'elle t'a menti. Il sait aussi qu'il t'a manipulé et il sait qu'il a été dur avec toi. Il est conscient de ça. Il a une conscience intellectuelle. Si jamais il était honnête, il pourrait dire : « Oui, je réalise, je sais que je me suis comporté comme une pourriture avec cette personne. » Mais, parce qu'il y a un mais, c'est la deuxième partie qui va moins nous arranger. Il n'y a pas de conscience au niveau des émotions. En gros, il ne ressent pas le mal qu'il t'a fait. Et ça, ça change tout.
Toutes les études montrent qu'il y a une difficulté à prendre conscience que tu es une personne séparée. La perception de l'autre est compliquée. Souvent, il te voit comme une espèce d'extension de lui-même. Toi, dans ta tête, c'est simple : je suis un humain, tu es un humain, on est deux humains différents. Chez eux, c'est plus complexe que ça. Il n'y a pas de limite claire délimitée entre eux et toi. Vous êtes un seul et même organisme. Donc la conscience émotionnelle de l'autre, de ce que tu vis, de ce que tu ressens, n'est pas très claire dans leur tête. Ils ne ressentent pas typiquement le mal qu'ils te font. Ce qu'ils peuvent ressentir est très égocentrique, très narcissique : c'est une gêne temporaire. En gros, le temps d'un claquement de doigts, d'un clignement d'œil, et ils sont déjà passés à la suite.
La honte narcissique n'a rien à voir avec la culpabilité
Ce n'est pas une culpabilité comme toi tu la connais. Une culpabilité réelle, celle que toi tu as par exemple : tu vas déjeuner avec ta meilleure amie, tu lui fais une mauvaise blague, elle le prend mal. Toi, dans ta tête, c'était super drôle. Elle a de la peine. Tu le comprends, tu peux quasiment ressentir ce qu'elle ressent. Tu t'excuses, tu progresses. En gros, c'est : « J'ai fait du mal à quelqu'un. Tout ceci est de ma faute. Excuse-moi, je t'ai fait du mal. Veux-tu bien me pardonner ? Je ne le referai plus. »
La honte narcissique n'a rien à voir. C'est une douleur qui est tournée vers lui-même. C'est-à-dire qu'en gros, son image parfaite, créée, inventée, il a peur qu'elle soit écornée, qu'elle soit abîmée. Cette situation me met en danger. J'ai peur qu'on ne me voie pas aussi parfait que ce que j'ai inventé. J'ai peur que l'histoire que je raconte à tout le monde ne soit plus crue. Donc dans ce cas-là, il souffre réellement. Son narcissisme est mis en danger, et une fois que cette honte est passée, souvent, par la suite, il va attaquer ou fuir. Cette souffrance va générer chez lui de la défense ou de l'attaque, là où chez toi, elle va générer une demande de pardon. C'est très différent.
Le pervers narcissique, une coquille vide
On dit souvent que pervers narcissique, c'est une coquille vide. Pense à une coquille d'œuf qui serait complètement vide dedans, ou un ballon : dedans, il y a que de l'air, il n'y a rien. On pourrait penser que c'est une métaphore poétique. En réalité, c'est la description clinique qui leur correspond le mieux. Tu as quelqu'un qui a créé une immense armure, un immense scénario autour de lui, mais ça ne cache rien. À l'intérieur, il n'y a pas de fondation solide de sa personnalité. Il n'y a pas de socle stable. Il y a juste cette apparence créée de manière complètement illusoire. Il t'invente complètement une vie où il est parfait, où ça se passe bien, où il est le plus fort, où elle est la plus belle, où il est meilleur que tout le monde. La preuve en est qu'il a toujours besoin des autres autour de lui pour le glorifier. Si jamais il n'y a plus personne, il n'est plus personne.
On parle souvent de ressources narcissiques. Comme on met de l'essence dans une voiture pour qu'elle avance, il a toujours besoin qu'on l'admire, qu'on le regarde, parce qu'il devient juste ce masque, ce déguisement, cette carapace. Il n'est rien d'autre. Tant qu'on l'observe, tant qu'on le regarde pour cette apparence, tant que cette surface est admirée, ça va. Le jour où on ne le regarde plus, vu qu'il n'a pas de structure stable interne, il ne devient plus rien. Tu es face à ce décor de Friends. C'est-à-dire que les éléments font comme si c'était un vrai appartement, une vraie maison. Mais parce que tu n'es pas dupe, tu sais très bien que si on va derrière ces portes, il n'y a rien. C'est un montage. Il a créé un théâtre, mais derrière ce décor, il n'y a rien.
Le faux self, une armure créée pendant l'enfance
Pour comprendre cette notion de remords ou de responsabilité, il faut comprendre d'où vient cette coquille qui a été créée pendant l'enfance. Elle n'a pas été créée du jour au lendemain, et ce n'est même pas une question de gènes ou de malchance. Il y a un concept qui s'appelle le faux self. Le vrai self, c'est qui tu es. Le faux self, c'est l'image que tu crées. Cette personne perverse, et je ne veux absolument pas créer de l'empathie chez toi, je veux juste décrire ce qui s'est probablement créé, a grandi dans un environnement où elle ne pouvait pas exprimer ce qu'elle ressentait vraiment. Il a donc construit une façade : tel que je suis, on ne m'aime pas. Je vais m'inventer un personnage. Ça va être une version qui sera acceptable pour les autres, qui le fera briller, qui fera qu'on le voit enfin. Au final, étant enfant, il n'a pas pu développer un vrai self. Il n'a pas été accepté tel qu'il est. Il est devenu l'image qu'il a créée.
Les parents normaux vont par exemple dire à leur enfant : « Je suis là, exprime-toi, je t'accepte tel que tu es et c'est normal de ressentir ce que tu ressens. » Ça n'a pas été le cas avec l'enfant qui va devenir pervers narcissique par la suite, parce que peut-être que l'adulte n'est jamais là, peut-être que l'adulte l'a dévalorisé, peut-être que l'adulte ne l'a pas écouté, ou encore que l'adulte était la source de la douleur de l'enfant. Il finit par construire un mur entre lui et ce qu'il ressent. Il ne doit rien ressentir, il est complètement hermétique et il s'invente donc ce personnage. Ça peut être également des parents qui sont trop admiratifs. Ça signifie en gros : on ne t'admire pas pour qui tu es, on t'admire pour des compétences que tu n'as pas. Ça peut être aussi un traumatisme ponctuel, comme une humiliation profonde, un rejet, ou encore un mauvais moment sans aucun adulte pour l'aider à traverser ceci. Donc toi, tu as l'impression de voir un homme ou une femme costaud, fier, avec plein de compétences, très à l'aise en public. La réalité est complètement différente. C'est une armure qui cache un vide absolu.
« Je suis peut-être le problème » : stratégie ou fissure
Si tu réfléchis bien, il y a eu à un moment donné un doute de ta part. Tu as par exemple entendu une fois, de manière très rare, une phrase comme « J'ai peut-être été trop loin » ou encore « Je t'ai peut-être blessé ». Ou encore il a été voir un psychologue. Et toi, tu t'es figé, tu t'es dit : « Mais qu'est-ce que j'entends là ? Il a conscience de quelque chose. » Et même si trois secondes après il t'a attaqué, il t'a dit « C'est toi qui m'as poussé à faire ceci, c'est de ta faute », tu te dis : « Il l'a quand même dit. Il y a quand même un début de conscience. » Et là, il y a deux cas de figure. Premier cas de figure, qui est peut-être le plus simple : c'est une phrase stratégique. Il sait très bien que lorsqu'il va avouer qu'il est le problème, quand il le dit au bon moment, il y aura deux effets sur toi. Tout d'abord, tu vas te détendre, tu vas baisser ta garde. Il sait aussi très bien que lui dire ça ne lui coûte absolument rien. Il va te dire qu'il va changer. En réalité, il ne changera rien. Toi, tu l'as tellement attendu que tu prends ça comme un mec assoiffé dans le désert qui a une goutte d'eau.
Mais il y a un deuxième cas qui est plus complexe. Cette personne perverse peut avoir un moment de fatigue extrême, peut aussi avoir un échec. Elle se fait virer à son travail, perd une situation, perd un groupe d'amis, et tout d'un coup ce masque se fissure. Il n'y a pas assez d'air dedans pour maintenir gonflé son ballon et ça se dégonfle. Tout d'un coup, pendant quelques instants, tu vas avoir accès au vide de l'intérieur, à son vrai self qui est quasiment inexistant. Le souci étant que ce passage de lucidité est insupportable à tenir. Il ne peut pas continuer dedans. Il n'y arriverait pas. Puis ça va disparaître, il va vite repasser à autre chose. En plus, comme il t'a laissé voir l'envers du décor, comme maintenant tu sais la vérité, tu deviens une menace à ses yeux, et donc il va te dévaloriser, puis t'attaquer, puis tenter de te détruire. Donc garde en tête que, qu'on soit dans le cas 1 ou le cas 2, ce n'est pas un signal qu'il va changer. Un homme qui se noie peut parfois lever la tête au-dessus de l'eau. Ce n'est pas pour autant le signe qu'il sait nager.
Des larmes et des excuses d'acteur
Plus surprenant, tu as peut-être aussi vu cette personne perverse pleurer. Pense bien une chose : il ne pleurera pas pour toi. Il va pleurer pour lui, parce que son image est détruite, ou parce que ce sera une stratégie. Donc il peut pleurer vraiment. Il a perdu son travail, son statut, quelque chose qui était important pour lui, et son image s'effondre. Et là, il pleure réellement. Attention, ça va être temporaire, il va vite reprendre le dessus par la suite. Ce sont des larmes réelles, ce n'est pas du cinéma. Mais il peut aussi faire du cinéma. Il peut aussi instrumentaliser un pleur, comme par exemple : tu t'apprêtes à partir, tu ne veux pas revenir dans sa vie, ou encore il va pleurer devant des témoins qui vont pouvoir venir te dire par la suite : « Oui mais Gérard, il a pleuré quand même. »
On a confondu des vraies excuses. Ces excuses ne sont pas vraies. Ce sont des excuses d'acteur. Tout d'abord, tu as une formule qui est vague : « Peut-être que j'ai exagéré. » Mais tout d'un coup, ça se transforme vite et ça revient vers toi. C'est vague, et puis tout d'un coup, c'est toi le problème : « Tu m'as provoqué. » Et ensuite, surtout, il n'y a absolument aucun changement. Il y a ce cycle qui vient toujours. Premier jour, tu as une dispute violente, il est allé trop loin. Jour 2, il pleure, il va te dire en simulant « Je suis peut-être le problème », tu te dis : tiens, il a compris. Et le jour 3, retour à la normale, comme si rien ne s'était passé, avec aucun changement. Et jour 4, on va recommencer et on aura exactement le même problème.
Et toi, là-dedans, tu as souffert parce que tu as oublié de vérifier si c'était vrai, tout ça. Il t'a dit des phrases comme : « Tu es trop sensible, tu inventes des problèmes. Tout le monde me dit que j'ai raison, alors c'est toi le souci là-dedans. Tu me fais passer pour un monstre alors que je souffre moi aussi. » À chaque fois que tu as regardé vers lui, à chaque fois que tu as voulu savoir son intérieur, il a redirigé ce focus vers toi, et tu as plus passé de temps à te justifier qu'à observer la manipulation. Tu as fini par douter de toi-même à la fin, et non pas de lui. On ne peut pas dire qu'une personne perverse soit méchante au sens simple du terme. C'est une personne qui est structurellement incapable de ressentir ce que toi tu ressens, et qui n'arrive pas à l'intégrer, ni même à le transformer en quelque chose de vertueux pour vivre en communauté de manière bienveillante avec toi.
Si ce vide en face et cette culpabilité qui te ronge parlent de ton histoire, on peut y travailler ensemble en coaching.
Questions fréquentes
Un pervers narcissique est-il un psychopathe ?
Il y a une grosse différence. Le pervers narcissique sait qu'il t'a fait mal. Il ressent bien quelque chose dans son corps, mais lorsqu'il va ressentir quelque chose dans son corps, ce n'est pas quand il t'a fait mal. Ce sera dans d'autres situations, où son statut grandiose ou ses histoires inventées sont mises en péril. Un psychopathe est créé comme ça par nature. Il ne ressent rien, ni pour les autres ni pour lui. À sa naissance, le jour 1, il était créé comme ça. Là où un pervers narcissique a plus de chances de le devenir par des expériences d'enfance.
Pourquoi a-t-il besoin d'être admiré en permanence ?
Pense à un acteur sur scène face à une salle vide : il n'est pas acteur, il n'est pas humoriste, il ne joue pas une pièce de théâtre, il n'y a personne dans la salle. Il a besoin en permanence d'être admiré pour pouvoir survivre. Une personne qui est perverse, il faut qu'on lui répète tout le temps, en permanence, qu'il est génial, qu'il est chouette. Il faut qu'on l'admire même s'il n'a absolument rien fait pour être admiré. Donc sa structure ne retient rien. Pense à un verre d'eau qui est percé.
Comment savoir si ses larmes sont sincères ?
Si jamais il pleure, tu peux lui poser les questions suivantes : est-ce que tu pleures à cause de ce que tu m'as fait à moi, ou à cause de ce qui t'arrive à toi aujourd'hui ? En deuxième test, tu peux aussi observer combien de temps vont durer ces larmes. En général, quand quelqu'un pleure, son état négatif dure pendant quelque temps. Là, bizarrement, trois secondes après, tout est séché et ça repart. Observe aussi ce qui se passe quelques jours après ces pleurs. Si jamais on pleure, en général, c'est qu'on va changer quelque chose dans sa vie par la suite. Lui pas, il n'y a rien qui change. Ça revient exactement comme avant.
Un pervers narcissique peut-il changer ?
Cette coquille vide qui était censée le protéger finit par devenir sa propre prison qu'il n'arrive pas à enlever. Parce que pour l'enlever, il faudrait qu'il ait une structure interne. Il faudrait qu'il soit réellement capable de s'excuser, réellement capable de montrer ses faiblesses, réellement capable de réaliser qu'il a créé tout ceci pour impressionner, et réellement capable d'aller voir un psychologue et d'en parler. Quand je dis qu'ils sont structurellement incapables de changer, ce n'est pas pour les excuser, parce que ça ne change absolument rien à ce qu'il t'a fait subir, et ça ne change surtout rien au fait que tu méritais mieux que ça.
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