Nous allons parler aujourd'hui de CPTSD. Alors, qu'est-ce que c'est ? Quelques indices pour savoir si ça vous concerne ou pas. Avez-vous quelque chose qui pourrait ressembler à une dérégulation émotionnelle ? C'est-à-dire, en gros, l'impression que ton cerveau est en alarme permanente. Deuxième chose, est-ce que tu as l'impression d'avoir une image de toi qui est négative ? Typiquement, ce sont des phrases internes que tu te dis : « Je suis une mauvaise personne, je ne réussirai jamais, je suis anormal, je ne mérite pas d'être aimé. » Et troisième point, c'est une difficulté à entretenir des relations stables et sécures, notamment en amour. Si c'est le cas, on va parler de traumatisme complexe qui date peut-être de ton enfance.
Nous allons voir que ce qui s'est passé dans ton enfance, les phrases que tu as entendues étant jeune et aussi celles qu'on ne t'a pas données, sont peut-être en train de diriger ta vie aujourd'hui. Et c'est peut-être même pour ça que tu vas souvent vers des personnes qui sont toxiques.
Qu'est-ce qu'un traumatisme complexe ?
Il faut commencer par savoir que ce terme CPTSD est un terme américain qui est reconnu officiellement dans les livres de psychiatrie américaine depuis 2018. Malheureusement en France, on a un peu de retard là-dedans. Ce n'est pas encore très bien reconnu, et donc du coup on parlera plutôt de traumatisme complexe ou encore de traumatisme répété. Il y a le CPTSD, le C pour complexe, et le PTSD, qui sont deux choses très différentes. Dans notre cas aujourd'hui, on va parler du trauma complexe qui vient d'un stress prolongé par des personnes, notamment tes parents, qui n'ont peut-être pas dit forcément les bonnes choses quand tu étais jeune.
Si jamais tu sors d'une relation avec une personne qui est perverse narcissique, tu as peut-être l'impression d'avoir ce type de trauma, un trauma complexe. Ça reste longtemps, tu n'arrives pas à t'en remettre, même des mois ou des années après, et tu as cette sensation que ce trauma a été créé par cette relation. Alors qu'en fait, on va voir que la naissance d'un trauma complexe ne vient pas d'une relation avec une personne qui est perverse narcissique, mais elle a son origine dans l'enfance, et elle est réactivée lors de la relation avec un partenaire toxique.
PTSD ou trauma complexe : la différence
On parlera de PTSD, donc un trouble de stress post-traumatique, si jamais il y a eu un accident de voiture, si un soldat revient du front, s'il y a une agression physique. Les personnes qui ont ça peuvent citer l'événement. Elles savent exactement ce qu'elles ont vécu et elles savent exactement pourquoi elles le revivent après. Dans le cas d'un traumatisme complexe, c'est un peu différent. Ça a été créé pendant l'enfance, et souvent on n'arrive même pas spécifiquement à citer les phrases qu'on a entendues ou pas entendues. On ne sait pas exactement d'où ça vient. C'est flou. Pour autant, ça crée cette espèce d'état complexe aujourd'hui qui fait que notamment tu es attiré par les mauvaises personnes.
Si jamais aujourd'hui tu te dis de temps en temps « je me sens complètement nul, abandonné », mais que tu n'as pas la raison apparente, tu ne sais pas pourquoi tu te sens comme ça, alors on est peut-être dans ce qui s'appelle un traumatisme complexe. Ou alors si ce n'est pas soudain mais de manière permanente, tu pourrais dire de toi : « Je ne me sens jamais suffisant, j'ai l'impression qu'on ne m'aimera jamais ou que ça ne fonctionnera jamais pour moi. » Une autre caractéristique des traumatismes complexes, c'est typiquement des relations instables : peur panique d'être rejeté ou incapacité à s'attacher à l'autre. Ou encore de la dissociation : tu as l'impression d'un coup de voir le monde comme si tu étais distant de ton propre corps, ou comme si tu étais un robot. Ou encore de l'autoculpabilité. Si on m'a quitté, c'est de ma faute. Si ça se passe mal, c'est que j'ai échoué quelque chose. Lorsqu'il y a une dispute, par défaut, tu penseras « c'est de ma faute » avant de considérer que c'est peut-être de la faute de l'autre.
Les phrases de l'enfance qui créent un trauma complexe
Je vais te citer neuf phrases typiques qui peuvent créer un CPTSD par la suite. La toute première catégorie de phrases, c'est lorsque tes parents t'ont dit par exemple : « Arrête de pleurer pour rien », ou encore « tu exagères tout le temps », « tu es trop sensible, trop dramatique », ou alors « tu as encore peur, il faut être fort maintenant ». La chose que tes parents auraient dû te dire quand tu étais jeune : « Je comprends que tu aies peur, c'est tout à fait normal, ton corps est en train de réagir », ou encore « si tu veux pleurer, je suis là, tu as le droit ». L'enfant va apprendre que ses émotions sont des erreurs, qu'il n'a pas le droit d'avoir des émotions. C'est ce qui fait qu'il va venir couper totalement ses émotions au moment où il se passe quelque chose devant lui. Arrivée à l'âge adulte, cette même personne peut devenir par exemple perfectionniste, ou encore avoir une forme de colère refoulée, ou encore une forme d'épuisement.
Autre type de phrase que tu as peut-être entendu : « Tu rêves encore. Concentre-toi un peu. Tu es paresseux. Tu n'en fais pas assez. Tu es tête en l'air. Ton frère, lui, il y arrive. Lui, il a eu des bonnes notes à cet examen. » La chose que tu aurais dû entendre, ce sont des paroles rassurantes. « C'est difficile de te concentrer parce qu'il se passe ça dans ta vie aujourd'hui, c'est normal. » L'effet sur cet enfant, c'est qu'il va venir associer un stress avec une honte. Ces schémas de réponse vont devenir profondément ancrés en toi lorsque tu seras adulte, et il faudra bien travailler dessus de manière à pouvoir changer ces chemins neuronaux et ces réflexes.
Troisième type de message : « Tu vois ce que tu as fait ? Bravo, encore une fois tu as fait une erreur. Tu vas rater ta vie si jamais tu continues. Je ne supporte plus tes erreurs. Tu es incorrigible. » Ce que l'enfant aurait dû entendre, c'est : « Tu as fait une erreur, ça arrive. On va réfléchir à la raison pour laquelle tu as oublié cette chose-là. Tu restes une bonne personne. Ta mère t'aime toujours même si tu fais des erreurs. » Ce qui va donc se passer dans le cerveau de cet enfant, puis de cet adulte, c'est qu'il aura peur de faire des erreurs. Par exemple, il va se dire : « Je préfère ne rien tenter plutôt que de risquer de décevoir. » Il peut aussi développer en lui une forme d'autocritique. Je ne suis jamais suffisant. Je n'ai pas le droit de faire des erreurs. Si je fais une erreur, alors je serai rejeté.
Quatrième type de phrase : « Tu devrais savoir ça à ton âge. Tu ne comprends jamais rien. Je te l'ai déjà dit mille fois, débrouille-toi. Ce n'est pas sorcier. » On devrait dire à un enfant : « Si tu ne sais pas, alors je vais t'apprendre, je vais te montrer. » Tu ne pouvais pas deviner, c'est bien normal. Donc ton cerveau associe l'ignorance, je ne sais pas faire quelque chose, avec de la honte derrière. Cinquième type de phrase : « Tu n'as pas ton mot à dire. Fais plaisir à ta mère. Tu es égoïste. Tu veux toujours te faire remarquer. » Ce qu'il aurait dû entendre, c'est : « Tes envies comptent aussi. Tu as le droit de dire non et je t'aimerai quand même. » Arrivée à l'âge adulte dans son couple, cette personne ne saura pas s'imposer, parce qu'on lui aura appris que c'est ce que l'autre voulait qui prime sur ce qu'elle souhaite. On arrive typiquement sur un schéma de dépendance affective et sur l'incapacité à dire non.
Sixième type de phrase : « Tu es ingérable. Tu fais exprès de tout gâcher. Tu me fatigues. Tu es vraiment bizarre. » Ce qu'il aurait dû entendre, c'est : « Tu n'es pas mauvais, tu es juste blessé », ou « tu réagis comme ça parce que tu souffres aujourd'hui ». L'enfant intègre « je suis le problème, c'est honteux de se comporter comme ça ». Septième type de phrase, la procrastination. Tu as peut-être entendu : « Tu es flemmard, tu fais toujours tout au dernier moment, tu n'as aucun sens des responsabilités. » Là où l'enfant aurait dû apprendre : « On va l'étudier ensemble pour te débloquer. Peut-être qu'on peut regarder cet exercice de maths, de philo ou de français ensemble. » Huitième type : « Arrête de faire la tête. Tu ne montres jamais rien. Si tu veux que les gens t'aiment, sois plus sympa. Tu cherches toujours à attirer l'attention. » Cet enfant aurait dû être accompagné, pris par la main, écouté trois minutes. Quand on est dans son coin, c'est rarement parce qu'on le fait exprès, c'est parce qu'il se passe quelque chose. Au final, l'enfant apprendra à masquer ses émotions, et ce sera la même chose quand il sera adulte.
Neuvième et dernier type de phrase : « C'est comme ça, c'est la vie, tu dois l'accepter. Ne rêve pas trop. Ça ne sert à rien d'essayer. On n'a pas les moyens, les choses ne changeront jamais. » Ce qu'il aurait dû entendre, c'est : « On peut essayer autrement. Tu as le droit de rêver et peut-être que ça fonctionnera. » Il y a une notion qui s'appelle l'impuissance apprise. On t'apprend à être impuissant. On t'apprend que quoi que tu fasses, ça ne fonctionnera jamais.
Pourquoi le trauma complexe attire les pervers narcissiques
Alors pourquoi est-ce que les gens qui ont des traumas complexes sont bizarrement plus attirés par les pervers narcissiques que d'autres ? Tout d'abord parce qu'au tout début, ils rencontrent enfin quelqu'un qui les valorise comme ils ne l'ont jamais été sur terre. Ils ont enfin de l'amour inconditionnel. Ils sont enfin adulés, compris, respectés. Cette personne perverse va te dire : « Tu es la meilleure personne que j'aie jamais vue. Moi, je te comprends enfin. » Ça signifie que cet adulte, qui a eu l'impression toute sa vie d'être incompris, se sent enfin différent. Ça y est, j'ai enfin trouvé mon double, ma flamme jumelle, cette personne qui est exactement comme moi et qui me comprend.
Et puis après ça, ça va changer. Après la phase de lune de miel, la personne perverse va devenir distante, froide, et va nous faire subir exactement le même schéma qu'on a vécu dans notre enfance, avec quasiment les mêmes phrases. C'est une origine de l'enfance qui vient être réactivée à l'âge adulte. Quand on parle d'un traumatisme avec une personne perverse narcissique, c'est juste qu'elle a réactivé une de nos plus anciennes blessures qu'on a dans notre vie, celle de l'enfance.
Comment soigner un trauma complexe
Tout d'abord, la bonne nouvelle, c'est qu'il est possible de soigner ça. Ce n'est pas parce que tu l'as vécu dans l'enfance et que tu l'as revécu peut-être dernièrement que c'est foutu, que tu l'auras toute ta vie. En thérapie, il y a trois axes. Tout d'abord, c'est réintégrer la sécurité. Donc il y a des techniques qui sont somatiques. On peut apprendre à respirer calmement, à s'observer, à mettre en place des routines quotidiennes qui sont rassurantes.
On peut aussi rééduquer sa voix intérieure, notamment par l'écriture. Tous les jours, tu as des phrases que tu te répètes. C'est intéressant de les noter sur un cahier. En faisant cet exercice, j'ai découvert une phrase négative que je me répète 10 ou 20 fois par jour. Lorsque tu le sors de toi, les Canadiens disent flusher, c'est comme tirer la chasse d'eau. Quand tu le sors, quand tu l'écris, tu en prends conscience et tu arrêtes de le dire. Je n'ai plus besoin de me le répéter parce que c'est déjà écrit sur ce cahier.
Et de manière plus générale, tu vas pouvoir te reconnecter progressivement à toi et aux autres. Déjà, le fait de comprendre ce qui se passe fait 80 ou 90 % du travail. Je comprends ce qui m'arrive. Tu vas donc fréquenter des gens qui sont différents. Tu auras d'autres types de phrases, et quand tu auras des ruminations négatives, tu pourras savoir exactement d'où ça vient. Pour conclure, je dirais que les mots que tu n'as jamais entendus étant enfant, tu es en droit de te les dire à toi-même aujourd'hui, ou de fréquenter des gens qui te diront ce genre de phrases.
Tu te reconnais dans ce trauma complexe et tu veux travailler dessus avec un accompagnement ? Je te propose un coaching pour avancer sur ces blessures d'enfance.
Questions fréquentes
Le CPTSD est-il reconnu en France ?
C'est un terme américain reconnu officiellement dans les livres de psychiatrie américaine depuis 2018. En France, on a un peu de retard là-dedans, ce n'est pas encore très bien reconnu, et donc on parlera plutôt de traumatisme complexe ou de traumatisme répété.
Quelle est la différence entre PTSD et trauma complexe ?
On parlera de PTSD s'il y a eu un accident de voiture, si un soldat revient du front, s'il y a une agression physique : les personnes peuvent citer l'événement. Dans le cas d'un traumatisme complexe, ça a été créé pendant l'enfance, et on ne sait pas exactement d'où ça vient, c'est flou.
Une relation avec un pervers narcissique peut-elle créer un trauma complexe ?
La naissance d'un trauma complexe ne vient pas d'une relation avec une personne qui est perverse narcissique : elle a son origine dans l'enfance, et elle est réactivée lors de la relation avec un partenaire toxique. Cette personne a réactivé une de nos plus anciennes blessures, celle de l'enfance.
Peut-on guérir d'un traumatisme complexe ?
Oui, il est possible de soigner ça. En thérapie, il y a trois axes : réintégrer la sécurité avec des techniques somatiques, rééduquer sa voix intérieure notamment par l'écriture, et se reconnecter progressivement à soi et aux autres. Déjà, le fait de comprendre ce qui se passe fait 80 ou 90 % du travail.
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J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.
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