Tu arrives vers lui avec un problème, tu veux lui exprimer gentiment un souci et à la fin ça se retourne et c'est toi le problème là-dedans. Pourquoi est-ce qu'avec certaines personnes la communication est quasiment impossible ? Pourtant, tu es peut-être bonne en communication. Tu es experte là-dedans avec tes copines, avec ta famille, au travail. Ça se passe bien partout, mais pas avec lui. Dans ton couple, c'est l'échec.
Quand tu essayes de parler de quelque chose qui t'a blessée, ça arrive plein de fois au quotidien. On n'a pas tous les mêmes sensibilités. Tu essayes de venir avec ça, de dire : « Voilà mon chéri, il y a quelque chose qui m'a fait du mal dans ce que tu as dit hier, ou dans un comportement que tu as eu. » Tu veux juste le dire pour résoudre, mais il va te répondre quelque chose qui va transformer la situation. Voici cinq phrases très courantes, que j'entends très souvent en coaching.
Ce sont des phrases qui sont plutôt masculines, même si les hommes et les femmes peuvent les dire aussi. Mon métier aujourd'hui, c'est pas de diviser homme et femme. Je suis à l'inverse de ça. Je pourrais tout séparer en disant : le problème, ce sont tous les hommes, ou ce sont toutes les femmes. Je suis pas là pour ça. Je suis là pour arranger les choses. Je suis là pour faire que ça se passe bien.
Et j'aimerais que dans les phrases qui suivent, vous ne classiez pas trop vite l'homme en face de vous en disant : tiens, il a dit cette phrase, c'est forcément un problème. Parce que vous verrez que c'est plus fin que ça. Et le plus important, c'est que quand tu comprends ce qui va suivre, tu peux aussi changer ton comportement. L'amour est une danse qui se fait à deux. Si toi tu changes ton comportement, l'autre changera obligatoirement.
« Pas maintenant » : un pas maintenant qui veut dire jamais ?
La première phrase, le premier mécanisme, c'est « pas maintenant ». Tu as été blessée, il a dit une bêtise devant vos amis hier soir au restaurant, tu t'es sentie nulle, ridicule. Tu veux lui en parler à 13 h. Il te dit : « Non, pas maintenant. »
Et en couple, c'est pareil. Il a pas dit « non, on n'en parlera jamais ». Il a dit « pas maintenant ». Ce qui signifie qu'il y aura un bon moment un peu plus tard. Mais à chaque fois que tu essayes de parler d'un sujet épineux, quelque chose qui a fait du mal, c'est pas le moment. Le matin, il te dit : « Je suis pas réveillé. » Le midi : « J'ai pas le temps, faut vite que je reparte au travail. » Le soir : « Je suis pas en état, je suis fatigué. » Une excuse, ça marche une fois. Au bout de trois, quatre fois, tu sais qu'il n'aura jamais envie d'en parler.
Et ce pas maintenant a deux versions. Dans la version saine, il essaie de faire de son mieux, il n'est pas à l'aise avec les émotions ou il est vraiment pris. Il te dit « pas maintenant » et vingt minutes plus tard, ou même le soir même, il revient vers toi en te disant : « Ma chérie, qu'est-ce que tu voulais me dire ? » Il fait des efforts, même si c'est pas son truc de parler de choses émotionnelles. Il est peut-être maladroit, peut-être même dans le déni : « Tu as mal compris hier soir, la blague était drôle. » Mais tu remarques qu'il ne refera plus jamais cette erreur. Il ouvre la porte pour que ça se passe bien dans ton couple.
La version toxique, c'est celle où il ne revient jamais vers toi. C'est ce qui fait que ton couple se détruit. C'est la première étape qui mène soit à une thérapie de couple, soit à un divorce. À force d'accumuler les pas maintenant, tu t'énerves, tu vas exploser dans d'autres domaines au quotidien, trois jours après, parce que c'est pas résolu. On ne résout jamais rien. On se contente d'empiler les problèmes, et c'est ce qui fait que ce bateau ralentit, parce qu'il y a de plus en plus d'ancres au sol qui freinent le tout.
« C'est pas ce que tu dis, c'est la manière dont tu le dis »
Mécanisme numéro 2 : ce n'est pas ce que tu dis, c'est la manière dont tu le dis. On va te dire, comme si c'était un retour intelligent, que le fond est bon mais que la forme n'est pas bonne. Si jamais tu es un peu émotive quand tu lui en parles, il va te dire : « Tu es folle, je n'aime pas la manière dont tu en parles. » Si jamais tu es calme, il va dire que tu es froide. Si jamais tu pleures, il va dire que tu manipules. Si jamais tu expliques, il va dire que tu parles trop. Si jamais tu fais une version courte, il te dira que tu caches quelque chose.
Tu remarques même qu'il y a une asymétrie. Lui peut se permettre de te dire ce qu'il veut, même en criant parfois. Si toi, par contre, tu n'es pas exactement parfaite, il va te dire : top, ce dossier est rejeté, comme l'administration française. Il manque une case cochée, refais tout le dossier. La première fois, tu étais peut-être réellement énervée, c'est possible. La deuxième fois, on commence déjà à avoir un doute. À la troisième fois qu'on te reproche le ton, c'est qu'il y a un problème. C'est qu'il ne veut rien entendre. Il rejette ton dossier et on ne regarde même pas le contenu. En fait, tu deviens le problème.
La version positive là-dedans, c'est qu'il t'écoute même si ce n'est pas exactement dit de la bonne manière. Même s'il le fait mal, il essaie de comprendre ce que tu souhaites dire.
« Donc je suis le pire mec au monde ? »
Le mécanisme numéro 3 s'appelle : « Donc je suis le pire mec au monde, c'est bien ça ? » Tu lui fais une petite remarque, un truc qui va pas, il généralise, il amplifie. « Donc je suis la pire personne sur terre. Donc je n'ai jamais rien fait pour t'aider. »
L'effet toxique de ça, c'est que quand on te dit ça, tu as envie de donner de la tendresse. Tu te dis : mais non, c'est vrai que c'est pas le pire homme sur terre. Il y a plein de choses que j'aime chez lui, je suis amoureuse de lui. Je voulais juste régler un détail, et tout d'un coup ça fait perdre à cet homme son estime de soi. « Non mon chéri, je voulais juste parler d'un détail, qui n'est finalement peut-être pas si important par rapport à la manière dont tu le prends. »
Il a mis le mot pire dedans. Il a poussé à l'extrême, comme un grand balancier, dans un but précis : pour que tu ramènes ce balancier au milieu. Donc en gros, tu arrives avec un problème, tu te retrouves à le consoler. Et pendant ce temps-là, il a inversé la situation. C'est toi qui le consoles, et ton problème, on n'en a pas parlé.
« Tu me fais un procès, là ? » : le DARVO
Le mécanisme numéro 4, c'est « tu me fais un procès, là ? », ou encore « tu reviens encore là-dessus ? », ou alors « pourquoi est-ce que tu m'agresses tout le temps ? ». Ce sont des phrases très classiques de ce qui s'appelle le DARVO, qui a été créé en 97 : nier, attaquer, inverser la victime et l'agresseur. Tu venais pour dire qu'il y avait un problème, on te dit : « Tu m'agresses, c'est toi le problème. C'est toi la personne qui est tyrannique. »
La version qui est problématique, c'est la version qui est systématique. Systématiquement, c'est toi le problème. Ce qui rejoint beaucoup de vidéos que je faisais à l'époque sur les pervers narcissiques. À chaque fois que tu veux dire quelque chose, quoi que ce soit, ce sera toujours toi le problème. Tu es l'agresseur.
« J'ai déjà dit pardon »
Mécanisme numéro 5 : « J'ai déjà dit pardon, c'est bon là, on peut passer à autre chose. » Lui, dans son monde, il a appris que dire pardon, c'était suffisant. On s'arrête à ça. Et du coup, tu te sens ingrate. C'est vrai que la semaine dernière, il a dit pardon par SMS. Oui, mais si je réfléchis bien, il peut se permettre de faire n'importe quoi et à la fin tout excuser par un simple pardon, en un mot ou en une ligne. Et il peut recommencer la semaine d'après. Non, ça marche pas comme ça.
Peut-être qu'on l'a éduqué à juste dire pardon et c'est tout. Tu es en droit, quel que soit ton âge, que tu aies 20 ans ou 80 ans, de lui dire : « Parfois, un pardon, c'est pas suffisant. J'aimerais même que tu me résumes ce qui m'a blessée, ce que j'ai ressenti, et comment on s'assure que ça ne recommencera pas. » S'il est capable de résumer, c'est bon signe : déjà, il t'a écoutée. S'il refuse la question, s'il te dit « on va pas y passer la nuit », c'est pas bon signe.
Le problème change de camp
Est-ce que tu as vu le motif récurrent ? Quand on te dit « pas maintenant », c'est toi qui n'es pas arrivée au bon moment. Quand on te dit que tu le dis de la mauvaise manière, quand il te dit qu'il est le pire mec du monde, ça devient toi le bourreau. Quand il te dit « tu reviens encore là-dessus », c'est toi qui as un problème d'en reparler. Cinq phrases, et pourtant toujours un seul et même mécanisme : le problème change de camp. Et maintenant, c'est toi le problème, ce n'est plus lui.
Et j'ai une question pour toi que tu n'as probablement pas vue venir. Qui t'a dit que tu étais le problème dans ton enfance ? Qui t'a dit de moins faire de bruit, d'être plus sage, de moins demander, d'écouter toujours les consignes de tes parents ? Qui t'a dit de ne pas faire de problème ? Qui t'a dit qu'il fallait te taire ? Qui t'a dit d'accepter, même quand c'était injuste ? Cette personne en face de toi a juste repris le flambeau familial. Et tu repars à chaque fois en t'en voulant, en te disant : « Je n'ai pas été suffisante. »
Alors la prochaine fois que ça arrive, parce que maintenant tu n'es plus une enfant de 8 ans, je te propose d'utiliser ce que tu as de manière énorme : ton intelligence, ton empathie, ta capacité à communiquer, pour insister juste un peu plus. La prochaine fois que tu es blessée, trouve les bons mots pour lui dire, sans avoir les jambes qui tremblotent, sans croire la phrase qui va te renvoyer le problème. Dis-lui que ça t'a vraiment touchée, que c'est vraiment important, et que si le couple est important pour vous deux, il faut régler les problèmes. Parce qu'à chaque fois qu'il remet le problème sur toi, il est en train de détruire, pierre après pierre, votre édifice de couple.
Tu peux même lui dire ça : « Il faut que tu comprennes, mon chéri, que là, aujourd'hui, je me bats pour te dire ce qui m'a blessée. Si un jour je ne me bats plus, c'est parce que je n'aurai plus envie de régler les choses, parce que notre couple sera mort. »
Tu repars toujours de ces discussions en t'excusant et tu voudrais réussir à tenir ta demande jusqu'au bout ? C'est exactement le genre de schéma qu'on travaille en coaching.
Questions fréquentes
Est-ce qu'il est forcément toxique s'il dit ces phrases ?
Non. Il y a une tendance humaine à ça. N'importe quel humain, que ce soit mon fils de 8 ans, que ce soit un ami, à partir du moment où tu fais une critique, l'autre se sent agressé. J'ai un poil de mauvaise foi quand on me fait des reproches, je le sais, et on est tous comme ça. On a tous un mécanisme d'ego qui vient bloquer la critique. C'est naturel. La différence, c'est que le soir même ou le lendemain, je m'excuse : « Oui, tu avais raison hier, désolé. »
Quelle est la question à se poser ?
À la fin, une seule question. Est-ce que quand il t'a blessée, il s'est excusé ? Est-ce qu'il est capable de s'excuser ? Et pour les hommes qui lisent ça : est-ce qu'elle est capable de s'excuser ?
Que répondre à « et toi, la semaine dernière » ?
Un problème doit se traiter de manière unitaire. Il n'y a pas de « tu me reproches ceci aujourd'hui ? Oui, mais toi la semaine dernière, tu n'as pas fait la vaisselle ». Tu lui dis : « Oui, j'ai des défauts comme tout le monde. Je te propose qu'on reste juste sur ce sujet-là dans cette discussion et qu'on ne passe pas à autre chose. » Un sujet qui n'est pas traité va revenir.
Et si j'ai arrêté de lui en parler ?
Un jour, tu abandonnes. Et il se dit : tiens, elle est devenue cool, elle ne râle plus. C'est pas que tu ne râles plus, c'est que tu as abandonné. C'est que tu sais que tu vas partir tôt ou tard, que tu ne veux même plus résoudre les problèmes. La version de toi qui veut résoudre, c'est celle qui y croit encore. La version de toi qui ne veut plus résoudre, c'est celle d'après, quand tu es fatiguée, quand tu en as marre.
Tu te retrouves dans ces dynamiques ?
J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.
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