Si tu te sens déconnecté totalement de l'espèce humaine, je pense que tu es au bon endroit. Tu n'as pas pu éviter la chose. Je pourrais même probablement parier que tu en parles parfois avec tes amis. Cette espèce d'impression qu'on ne ressemble plus aux autres, qu'on est différent, qu'on supporte de moins en moins les gens et qu'on se déconnecte de l'espèce humaine.
Peut-être que tu es comme moi aujourd'hui à vouloir être seul, loin de tout, mais aussi parfois en manque d'être humain. Peut-être même que si tu es en couple, tu fantasmerais d'être célibataire. Si tu es célibataire, tu fantasmerais d'être en couple, mais de loin, c'est-à-dire pas tout le temps avec l'autre.
L'enfer, c'est les autres : la femme qui ne supportait plus les hommes
Il y a un truc en 2026, cette espèce d'entre-deux que je vois en coaching au quotidien. Beaucoup de gens vivent ça aujourd'hui. J'ai fait une conférence il y a pas très longtemps. Une femme lève la main, elle dit qu'elle ne supporte plus les hommes. On va l'appeler Léa. Il y avait 95 % de femmes et 5 % d'hommes. Léa a levé la main en premier en détestant les hommes. Les quelques hommes qui avaient levé un peu la main ont vite baissé la main en comprenant qu'on allait d'abord laisser Léa parler avant d'assumer d'être un homme.
Et la même Léa, 30 minutes plus tard, la même qui détestait les hommes, qui ne veut plus jamais en voir un de sa vie parce qu'elle est indépendante, parce qu'elle est féminine, me dit : « Antoine, où est-ce qu'on rencontre des hommes bien ? » Et je pense qu'on est exactement dans le paradoxe qu'on vit tous : l'enfer, c'est les autres, comme dirait Sartre, à ne pas pouvoir vivre avec l'autre mais à ne pas pouvoir vivre sans l'autre.
Une crête de vague entre deux incapacités
Tu es sur une espèce de crête comme un surfeur. Tu n'arrives pas à tomber d'un côté, qui est vivre avec l'autre. Tu n'arrives pas non plus à tomber de l'autre côté, c'est vivre vraiment tout seul dans la forêt sans personne autour. Et on en vient, dans ce paradoxe, sur cette crête de vague, à deux formes d'incapacité. D'un côté, une incapacité à la sociabilité, c'est-à-dire difficile de fréquenter la meute, de se remettre dedans.
Moi par exemple, je peux être très à l'aise face à une caméra, même très à l'aise dans une conférence où j'ai le micro, mais tu me mets dans une soirée où il y a un mec qui est lourd, j'ai plus de compétence. Ce que j'apprends en communication non violente, tu me mets un lourd en face de moi avec sa grosse pinte et son haleine alcoolisée, je suis zéro. Je suis incapable de gérer ce genre d'homme.
De l'autre côté, aussi incapable d'être seul à temps plein. Dans ma dernière expérience, il y a le chiffre 21. 21 jours, c'est la dose de temps où je peux rester tout seul sans croiser d'être humain. Je l'ai mesuré. Mais tu n'as pas intérêt à ce que ça dure plus. Au bout de 21 jours, tu as quand même intérêt à me mettre dans un barbecue à un moment donné. Et pendant ce barbecue, pendant 1 heure, je vais parler non-stop. Je ne comprendrai même pas ce qui va se passer. Mes idées vont être dans tous les sens, je vais être bizarre, tous les gens me verront bizarre et je saurai que je suis bizarre. Incapable de sociabiliser, incapable d'être vraiment seul.
La dose qui fait le poison
Quelle est la portion que ton corps peut supporter de partie humaine, comme un alcoolique qui s'autorise un verre de temps en temps juste pour que sa main ne tremble plus. L'humain devient une forme de poison nécessaire. Je ne peux pas vraiment vivre sans, je ne peux pas non plus vivre avec. Donc on va voir quelle est la dose possible.
On t'invite un lundi soir ou un mardi soir à aller boire un verre avec des copains, et tu as Martine qui va te raconter sa vie. Ce sont ses soucis de couple. Toi, tu te cultives, tu as des problèmes qui te semblent à peu près intelligents, et tu tombes face à Martine. Martine, ce qu'elle a, c'est des problèmes du quotidien. Son mari Gérard n'a pas rangé le lave-vaisselle. Elle t'en parle pendant 3 heures comme un disque rayé et la seule envie que tu as, c'est de lui dire : Martine, va lui dire à Gérard. En fait, on n'est pas ton SAV dans cette soirée. Va lui parler de ça et une fois que tu en auras parlé, après seulement tu auras le droit de nous en parler.
On te prône le winter arc, le monk mode. Le souci de ça, c'est que tu l'as peut-être déjà fait comme moi, t'isoler. Le risque, c'est de revenir exactement pareil dans la même équation, parce que moi quand je pars, je ne pars pas tout seul. Je pars avec mon pire ennemi, c'est mon cerveau atypique.
Le couple dans l'entre-deux : le flou, le ghosting et Netflix
Si jamais tu as le malheur de vouloir te mettre en couple, alors là tu arrives dans l'entre-deux. Tu arrives face à un homme qui n'arrive plus à s'engager. Il dit : « Je ne peux pas mettre d'étiquette sur nous deux. On est quelque chose mais on est dans l'entre-deux. » La question est simple : est-ce qu'on est un couple ou pas ? Ce sont ces couples qui sortent pendant 1 an, 2 ans, et le mec fait : « Non, je ne peux pas dire ce qu'on est. On n'est pas vraiment en plan d'un soir, on n'est pas vraiment en couple non plus. » Et la question est simple, c'est oui ou non à la fin.
Et quand on se sépare à la fin, on se sépare par texto ou l'autre disparaît. Tu fais un ghosting. Tu étais en couple pendant 3 semaines, tu n'as juste plus de nouvelles. Ou alors, ça fait des semaines que vous parlez sur Tinder, Bumble, tu arrives au restaurant pour l'attendre et l'autre il n'est pas là. Il n'a pas eu le courage de te dire qu'il ne voulait pas. Il y a une stat qui dit qu'on passe quatre fois plus de temps devant Netflix qu'à se parler dans son couple.
Plus tu t'isoles, plus ton cerveau se met en alerte
Le nombre de gens en couple est passé en 30 ans de 60 % à 49 %. On n'a plus qu'une personne sur deux en couple aujourd'hui. Chez les 18-24 ans, c'est la stat dont on a beaucoup parlé en début d'année : plus d'un quart des moins de 25 ans n'a eu aucun rapport sexuel durant les 12 derniers mois. En 2006, il y a 20 ans, c'était 5 % seulement. Avant, c'était anecdotique. Aujourd'hui, c'est un tsunami.
Et tu sais ce qui se passe avant le tsunami ? Tu te dis : « Waouh, la plage a l'air calme. » En fait, c'est toute l'eau qui se retire. Ça va venir t'engloutir juste après. Et c'est ça qui m'inquiète parfois, c'est mon village tranquille ou cette soirée annulée : tu te dis « Waouh, c'est calme en fait. » Maintenant, c'est la mer qui se retire pour peut-être quelque chose de pire derrière.
Il y a un chercheur qui a dit : « Plus tu t'isoles, plus ton cerveau se met en alerte face aux autres. » Ce qui signifie qu'avec un être humain, moins tu en prends, moins tu le tiens. En fait, l'être humain, c'est comme de l'alcool. Moins tu le fréquentes, moins tu arrives à le fréquenter. Quand tu arrives dans cette soirée et que tu n'arrives plus à supporter les gens, c'est juste que ta capacité sociale diminue. C'est mon cas aussi au passage.
Si jamais tu t'isoles en amour, moins tu fréquentes en amour, plus il y a de chance que tu voies des red flags au premier rendez-vous, que ça se passe mal, et au bout de 2 ans où tu es resté seul, tu vas tout inspecter. Il a des poils dans le nez, elle a des ongles comme ça, je dois partir. Donc notre insociabilité nous pousse à l'être encore plus et à un moment donné, on est prêt à tout supprimer, comme un cancer qu'on aurait trop gratté. Les êtres humains m'ont déçu, je vais tous les dégager.
Sénèque, Kant, Schopenhauer et Pascal en parlaient déjà
Sénèque, il y a 2000 ans, disait : « Je redeviens plus inhumain parce que j'ai été parmi les hommes. » Tu sais, des fois tu dis : « Mon souci de mardi soir avec Martine, ou ma réflexion sur est-ce que je dois tomber d'un côté ou de l'autre, redevenir social ou être seul », en fait il y a 2000 ans, on en parlait déjà.
Kant avait donné un nom au paradoxe, il parlait de l'insociable sociabilité. Schopenhauer parlait des porcs-épics en hiver : ils ont froid, ils se rapprochent, ça pique, ils s'écartent et ils gèlent. Pascal à l'époque disait : « Tout notre malheur vient de ne pas savoir rester seul dans une chambre. » Il y a 350 ans, Pascal disait qu'on avait du mal à rester seul.
La bonne solitude, ce n'est pas l'absence de l'autre
La bonne solitude, ce n'est pas l'absence de l'autre, c'est d'arriver à rester toi quand l'autre sera là. Je pense que c'est trouver tes deux, trois amis qui sont aussi fous que toi, qui te ressemblent, des gens qui te permettent de rester toi, ne pas trop fréquenter d'autres, de rester sur cette crête de vague, ne pas tomber dans « je vais devenir extrêmement social » ni « je vais vivre seul dans la forêt ». Je pense qu'il faut surfer aujourd'hui, surfer dans cette espèce d'entre-deux.
Et je pense que ton couple idéal, c'est celui où tu peux bouquiner en silence avec ton partenaire. Pas tout le temps bien évidemment, tu peux aussi faire d'autres choses, mais quelqu'un qui te permet d'avoir une forme de silence. Et le vrai monk mode, c'est peut-être bêtement deux personnes qui peuvent lire dans une pièce sans avoir besoin de se parler.
Se discipliner : le lien humain deviendra facultatif
À un moment donné, les fast-foods sont arrivés. C'était beaucoup de calories, beaucoup de gras, pas cher. C'est passé la même chose pour les fringues. Et l'être humain, il n'est pas prêt facilement à processer dans sa tête de la nourriture pas chère, très calorique, ou de l'abondance en quelque chose. Aujourd'hui, on a conscience du fait que la nutrition c'est important, de ne pas manger n'importe quoi. Et je pense que le lien humain, la connexion à l'autre suivra le même chemin.
Avant, on fréquentait l'autre par nécessité. Aujourd'hui, la question se pose. Je peux rester seul chez moi. Je n'ai plus besoin de l'interdépendance humaine. Je peux simplement me faire livrer à manger sur Uber Eats tous les soirs sans voir un être humain. Je peux bosser en télétravail sans voir personne d'autre. Maintenant que finalement ça devient facultatif, il y a ceux qui vont abandonner, rester seul ou rester trop sociable, et il y a ceux qui vont se discipliner.
Beaucoup de clients me disent : « J'abandonne les applis, je repasse au naturel. » Je pense qu'on est dans cette phase de transition et ça fait peur. J'ai de moins en moins envie d'aller me confronter, et pourtant je pense qu'il faut se discipliner, il faut rencontrer des gens de qualité, et concrètement c'est la dose qui fait le poison. C'est la phrase qui résume tout. Voir trop de gens, ce serait probablement trop de poison. Rester trop seul serait aussi un poison.
Donc la solitude, je pense qu'il ne faut pas la défendre, il faut l'annoncer en couple. Dire par exemple à sa partenaire : « Il y a des moments où j'aime bien être seul. J'aime bien bouquiner. » C'est un besoin et c'est chouette d'avoir un peu de temps pour soi, et puis à un moment donné, ça va aussi ouvrir la porte de chez soi pour aller rencontrer. Parce qu'on se discipline, on sera des bons surfeurs dans cette double injonction que l'être humain n'a jamais finalement réussi à vraiment décider.
Ne vis pas 100 % seul, ce n'est pas bon. Ne vis pas non plus uniquement pour tes amis. Trouve le juste point d'entre-deux et tu auras probablement une vie qui sera tellement plus heureuse. Et n'abandonne pas le couple. Sois heureux seul, sois heureux en couple. Trouve ton équilibre.
Si tu te reconnais dans cet entre-deux et que tu veux en sortir avec un accompagnement, tu peux en parler en coaching.
Questions fréquentes
Pourquoi je supporte de moins en moins les gens ?
Beaucoup de gens vivent ça aujourd'hui. On a cette impression qu'on supporte de moins en moins les gens. Quand tu n'arrives plus à supporter les gens, c'est juste que ta capacité sociale diminue.
Est-ce normal de vouloir être seul et d'être en manque des autres à la fois ?
Tu es peut-être comme moi aujourd'hui à vouloir être seul, loin de tout, mais aussi parfois en manque d'être humain. Ce paradoxe, on le vit tous : ne pas pouvoir vivre avec l'autre mais ne pas pouvoir vivre sans l'autre. Il y a 2000 ans, on en parlait déjà.
Faut-il s'isoler pour aller mieux ?
On te prône le winter arc, le monk mode. Le risque, c'est de revenir exactement pareil dans la même équation. Ne vis pas 100 % seul, ce n'est pas bon. Ne vis pas non plus uniquement pour tes amis. Trouve le juste point d'entre-deux.
Comment trouver la bonne solitude en couple ?
Dire par exemple à sa partenaire : « Il y a des moments où j'aime bien être seul. » C'est un besoin et c'est chouette d'avoir un peu de temps pour soi. Ton couple idéal, c'est celui où tu peux bouquiner en silence avec ton partenaire.
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