Je suis le genre de mec qui pense beaucoup, et on pourrait se dire : génial, bravo, un homme qui réfléchit, c'est sensationnel. Pas dans le sens que tu crois. J'ai des pensées dont le vrai terme, c'est des pensées intrusives. Tout d'un coup, c'est une espèce de stress, un vieux scénario, un vieux schéma qui me revient en tête. Ça peut être parfois des choses qui se sont passées récemment, un dîner d'il y a trois jours où j'ai dit une phrase bête, et trois jours après, je suis sur mon canapé en train de réfléchir à ça. Pourquoi est-ce que j'ai sorti cette phrase-là ? Ça peut être aussi des vieilles angoisses, ça fait 10 ans que j'y pense, des impôts français à une vieille dispute. Et j'ai ça en moi comme une espèce de vieux disque rayé qui passerait par les mêmes sillons. J'ai ça si jamais je me pose. Des fois ça va très bien, des fois ça arrive, et des fois c'est prenant.

Ces gens dont le bourreau, c'est eux-mêmes

Des fois, quand je me balade en ville, je peux avoir le regard vers le bas, sourcil un peu froncé. Tu les croises, ces gens-là, hommes ou femmes, et tu te dis : s'ils sont comme ça, s'ils ont l'air si tristes, c'est probablement qu'il y a un bourreau dans leur vie. Et ce bourreau, c'est peut-être leur patron, leur mari, leur femme, la société, le matriarcat, le patriarcat, le capitalisme. Alors qu'en réalité, ce qu'on sait peut-être moins, c'est que ces gens-là, leur bourreau, c'est eux-mêmes. C'est leur propre pensée. Je peux tout à fait aller acheter le pain et tout d'un coup, il y a un scénario. Le cerveau marche comme ça. Et je suis tombé sur une vidéo fantastique de Jim Carrey. Jim Carrey, qui est connu pour être un humoriste très marrant, très déglingué, s'avère être un philosophe d'enfer depuis 10 ou 15 ans déjà. Et il est aussi connu pour être dépressif.

Les émotions ne sont pas toi, ce sont des informations

Ce qui est ironique, avant qu'on parle de ses pensées intrusives, c'est que j'apprends qu'il y a des choses intrusives dans notre corps qui arrivent et qu'il faut les analyser, qu'il faut s'en distancier, comme par exemple les émotions. Le machin ironique, c'est que pour les émotions, j'avais très bien compris l'équation. Pour les pensées, et notamment les pensées intrusives, pas du tout. Donc pour rappel, ce que je disais sur les émotions : ton corps capte des signaux, ce que tu vois, ce que tu entends, ou par exemple quand tu prends ton amoureux dans les bras, ça vient remonter ces signaux à l'amygdale. L'amygdale décide de l'émotion, de ce qu'on va en faire. Et après ça, elle va transmettre à tout ton corps l'émotion correspondante. Si tu entends un klaxon très fort dans la rue, trop fort, ça remonte : attention au danger, cortisol dans tout le corps. Tu auras les mains moites, des palpitations du cœur, du stress. Tu seras en hypervigilance, et après ça retombe. Ton amygdale chope l'info comme un tableau de bord montre une alarme. Ça te remonte l'info et ça te fait ressentir l'information de cette émotion.

Toutes ces émotions ne sont pas toi. C'est juste une information, fais ce que tu veux derrière. Quand tu ressens une émotion forte, par exemple quand tu reçois un SMS qui t'énerve, ne réponds pas tout de suite. Observe-toi comme si tu étais extérieur à toi-même. Regarde cette émotion, écoute-la, ressens-la, et trois jours après seulement, réponds, quand tu as bien pris le temps d'analyser cette émotion. Ne sois pas comme ces gens qui ne font qu'un avec leurs émotions. Ils sont énervés, ils crient direct. Aucun recul, aucune prise de conscience. L'émotion leur dicte qui ils sont. Ce que j'apprends, c'est : fais un pas en arrière. Ces émotions ne sont qu'une information. Ce n'est pas toi.

Ce que Jim Carrey dit sur les pensées

Et voici ce que Jim Carrey dit, non pas sur les émotions, mais sur les pensées : « I suddenly felt like I was looking at these thoughts from another perspective. And I wondered, who is it that's aware that I'm thinking? And suddenly I was thrown into this expansive, amazing feeling of freedom from myself. » Et tout à coup, ça crée un parallèle entre ce qu'on savait sur les émotions, ce sont juste des infos sur ce que tu ressens, et les pensées.

Je pense donc je suis : le piège

Je pense donc je suis, Descartes. Et c'est exactement ce qui m'a foutu dedans depuis que je suis né. Pour moi, mon identité était mes pensées. Par exemple, quand je vais dans une soirée, quand je rencontre des gens, c'est parce que je pense d'une certaine manière qu'on va m'admirer, peut-être. Et je pensais aussi que si je pensais mal, on me repousserait, je n'aurais pas d'amis. Dès tout petit, on m'a dit : « Antoine, si jamais tu penses bien, de la bonne manière, à l'école, tu auras une bonne note. Antoine, si jamais tes pensées sont les bonnes, alors tu auras un chouette travail et de l'argent, et tu ne finiras ni à la rue, ni tout seul, ni en prison. » Donc bien évidemment que je me suis associé complètement à mes pensées. Je ne faisais qu'un, en me disant même plus loin que ça : mon enveloppe physique ne sert à rien. La seule chose importante sur terre, ce sont mes pensées. Jusqu'au point de tenter de les contrôler, ces pensées. Lorsqu'elles ne sont pas bonnes, on les censure. Quand elles partent dans un sens, on les rattrape. Parce que j'étais mes pensées. Et quand tu me croisais dans la rue, tête vers le bas, sourcil froncé, soucieux, c'était juste mes pensées. Et ces pensées qui devaient être moi n'étaient que mon bourreau, me rappelant parfois que je n'étais pas suffisant, pas génial, peut-être pas digne d'être aimé, ou qu'il allait se passer une catastrophe dans ma vie. Et je croyais à tout ça.

Ton cerveau ne fait que son travail

Et qu'on se mette d'accord, mon cerveau ne faisait que son travail de cerveau. Son job, c'est de m'envoyer des scénarios, qui peuvent être dans mes pensées des scénarios catastrophes, des scénarios où tout se passera mal. Et il fait ça pour mon bien. Il fait ça pour m'avertir, me prévenir. Attention Antoine, voici des scénarios. Mais moi, j'ai confondu des scénarios avec la réalité. Moi, quand mon cerveau m'envoie un scénario catastrophe, j'y réfléchis, je le contredis, je cherche des solutions, je le nourris, je l'amplifie.

L'exercice : observer ses pensées comme un oiseau

Ça fait 24 heures que je fais un exercice que je te propose aujourd'hui. Depuis 24 heures, j'observe mes émotions comme j'ai toujours fait. Mais la nouveauté, c'est que maintenant, j'observe mes pensées. Laissons passer quelques secondes. Quelle a été ta dernière pensée négative ? Peut-être ce matin quand tu t'es douché : société en crise, peut-être une solitude, peut-être un souci avec ton mari, ta femme, peut-être avec ton compte bancaire, peut-être un truc tout bête avec ta mère. Laisse de l'espace et laisse venir cette pensée-là. Cette pensée arrive comme un oiseau dans ton cerveau. Doucement, tu la sens arriver, tu la vois arriver. Elle démarre quasiment toujours par les mêmes phrases, par les mêmes images. Et plutôt que de chercher à la comprendre, à la contrer, à la justifier, à la revivre, observe-la juste arriver, cette pensée, et observe-la décoller comme un oiseau. Au bout de quelques secondes, elle repart. Et si tu viens de réussir cet exercice, tu viens de comprendre que tu n'es pas tes pensées. Alors cette année, je n'ai pas appris à mieux penser. J'ai appris à m'arrêter, et parfois ça suffit.

Les ruminations tournent en boucle et tu veux apprendre à t'en détacher ? Un accompagnement en coaching peut t'aider à faire ce pas en arrière.

Questions fréquentes

C'est quoi, une pensée intrusive ?

Tout d'un coup, c'est une espèce de stress, un vieux scénario, un vieux schéma qui revient en tête. Ça peut être des choses récentes, comme un dîner d'il y a trois jours où on a dit une phrase bête, ou des vieilles angoisses qui datent de 10 ans.

Comment réagir à une émotion forte ?

Quand tu reçois un SMS qui t'énerve, ne réponds pas tout de suite. Observe-toi comme si tu étais extérieur à toi-même. Regarde cette émotion, écoute-la, ressens-la, et réponds seulement quand tu as bien pris le temps de l'analyser. Ces émotions ne sont qu'une information, ce n'est pas toi.

Pourquoi mon cerveau m'envoie des scénarios catastrophes ?

Ton cerveau ne fait que son travail de cerveau. Son job, c'est d'envoyer des scénarios où tout se passera mal, et il fait ça pour ton bien, pour t'avertir, te prévenir. Le problème, c'est quand tu confonds des scénarios avec la réalité, quand tu y réfléchis, tu les contredis, tu les nourris, tu les amplifies.

Comment savoir si l'exercice de l'oiseau a fonctionné ?

Plutôt que de chercher à comprendre la pensée, à la contrer, à la justifier, à la revivre, tu l'observes juste arriver et tu l'observes décoller comme un oiseau. Au bout de quelques secondes, elle repart. Si tu viens de réussir cet exercice, tu viens de comprendre que tu n'es pas tes pensées.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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