Faut-il partir ou rester dans une relation ? C'est un débat que tu as déjà eu dans ta vie, de manière obligatoire. Peut-être même que tu es dans cette question aujourd'hui, ou que tu te la poses pour un couple précédent qui a échoué. Est-ce que j'ai eu raison de partir ? Est-ce que j'aurais dû insister dans la douleur pour savoir s'il y avait quelque chose de chouette par la suite ?

Je vais te prouver aujourd'hui que l'être humain a quelque chose de l'ordre de l'incapacité à décider, parce qu'en fait il regarde au mauvais endroit. Il mesure quelque chose qu'il ne devrait pas mesurer. Il devrait mesurer la chose qui est juste à côté. La réponse était à côté. Même tes copines ne l'ont pas trouvée : elles cherchaient aussi au mauvais endroit.

La balance des points positifs et négatifs ne tranchera jamais

Dans chaque tête d'être humain, il y aura toujours cette balance. Peut-être même que tu l'as vue sur une feuille que tu as faite : la liste des points positifs, la liste des points négatifs. Sauf qu'on parle de relations humaines, qui ne peuvent pas se mesurer en termes de bénéfices et de problèmes. Oui, il est gentil avec les enfants, mais il me rabaisse devant ses amis. Oui, on s'aime comme des dingues, et pourtant j'observe que ça ne marche pas.

Ces deux colonnes s'affrontent, et cette balance ne peut pas trancher. Parce que la réalité, c'est que ça va changer chaque jour, peut-être même chaque semaine. Tu peux avoir trois bonnes semaines, ta balance ira dans « rester », puis une quatrième mauvaise semaine, et là il faut partir. C'est de la météo du quotidien. Alors que ce qu'il te faut, c'est une vision plus générale, plus globale du couple.

Il existe un livre que je te recommande, Too good to leave, too bad to stay, « trop bien pour partir, trop nul pour rester ». Son autrice a passé sa carrière entière à étudier des gens qui se posent cette question pendant des années. Ajoute à ça des facteurs aggravants. Plus tu es intelligent, plus tu auras du mal à trancher, parce qu'il y aura des tonnes de micro-décisions à prendre. Et plus tu as d'empathie, plus tu auras envie de sauver l'autre en te disant « il va mal, je peux l'aider ».

La théorie du creuset : le conflit n'est pas une panne, c'est le moteur

Parlons de cette fameuse théorie du creuset, mise en place par David Schnarch, thérapeute de couple et auteur du Mariage passionné. Sa pensée est dérangeante : le conflit dans ton couple n'est pas une panne, c'est le moteur. C'est grâce au conflit que je peux me découvrir et évoluer. Sa métaphore du creuset, c'est cet outil de fonderie qui récupère le métal très chaud : lui-même ne fond pas, mais il prend le métal de deux personnes, mélangé dans la fusion, pour en sortir quelque chose de neuf. La chaleur n'est pas le problème, c'est la réponse.

Il a même donné un nom au pire moment, celui que tu traverses peut-être. Ça s'appelle le gridlock, en français l'impasse : ce moment où tu as l'impression d'avoir tout essayé, où tu as fait tous les compromis possibles sur terre, où rien ne bouge, et où tout le monde autour de toi te dit fuis. Ce à quoi Schnarch répond : c'est justement là qu'il faut rester. L'impasse n'est pas la preuve que le couple est mort, c'est le moment où le couple exige que tu deviennes quelqu'un.

Jusqu'à présent, ton estime de toi vient peut-être du regard de l'autre. Quand l'autre te valide, tu es heureux, heureuse. Quand l'autre va mal, tu vas mal. Les psychologues appellent ça le soi reflété. Et l'impasse, c'est ce moment où le miroir ne t'envoie pas une très belle image de toi. À ce moment-là, il y a juste trois options. La première, c'est la trahison de soi : je dis à l'autre « tu as raison » même lorsque je pense qu'il n'a pas raison. Deuxième possibilité, tu casses le miroir et tu pars en chercher un autre : ça ne fonctionne pas avec Jérôme, on va chercher Pierre. Et la troisième, celle qu'il recommande, c'est apprendre à se tenir debout, à créer sa propre estime de soi sans miroir. Il appelle ça la différenciation : rester soi-même, garder ses valeurs, garder ses opinions, tout en restant proche de l'autre. Si jamais tu fuyais cette impasse, tu emporterais les mêmes problèmes dans ta relation d'après.

La guerre des psychologues se joue aussi dans ta tête

On voit déjà une limite à ce système, et c'est ce qui a enclenché la guerre des psychologues. D'un côté, Schnarch et son creuset : tiens debout, renforce-toi, sois moins dépendant, et surtout arrête ce besoin de validation, tu n'es pas un enfant. De l'autre, Sue Johnson, fondatrice de la thérapie EFT, qui répond exactement l'inverse : la colère, la douleur, les crises, ce ne sont pas des occasions de croissance, ce sont des cris de détresse. Ça veut dire : j'ai mal, je souffre, stop. Ce qu'il faut, c'est restaurer la connexion. Pour elle, la dépendance humaine est normale, naturelle, ce n'est pas une faiblesse.

Pourquoi est-ce que je te raconte ça ? Parce que ces deux personnages sont aussi tes deux pensées. Certains jours, tu te dis : je n'ai pas besoin de lui, je dois m'endurcir, et quitte à ce qu'on se sépare, j'irai jusqu'au bout. Et une autre partie de toi te dit : j'ai mal, je dépends de lui, cette personne est en détresse, je dois l'aider. Donc là où tu crois être tout seul dans ta voiture le soir, tu n'es pas indécis : tu portes en toi le plus grand débat de la psychologie du couple moderne. Si au bout de 40 ans ils se tapent toujours dessus, autorise-toi aussi à être parfois dans le flou.

L'intensité de ta douleur n'est pas le critère

Les gens se posent alors une question naturelle : est-ce que je souffre trop ? Si je souffre un peu, ça va. Peut-être que si je souffre à ce niveau-là, ça ne va plus, et c'est là que je dois décider de partir. Sauf qu'en réalité, l'intensité de ta douleur dans le couple n'est pas le critère. Soit tu es dans un couple où les disputes sont atroces depuis des années et tu te transformes : c'est intense, c'est dur, et ça marche. Soit tu peux souffrir doucement au quotidien depuis 15 ans. Et parfois même en souffrant peu, il faut quand même partir.

C'est pour ça que je vais te poser quatre questions, quatre tests qui permettent de définir précisément où on est. Garde toujours en tête ces deux personnes : celui qui dit qu'il faut se renforcer, et celle qui dit que si on souffre il faut partir.

Les quatre tests qui tranchent entre rester et partir

La première question, c'est le test de l'égalité. Il y a une phrase que je trouve phénoménale de Roland Coutanceau, missionné par le gouvernement pour étudier les cas de contrôle coercitif. Un conflit, c'est un désaccord entre deux personnes à égalité dans le couple. La violence, c'est lorsqu'on n'est pas à égalité : l'un a toujours raison, et l'autre doit s'écraser. Pour traduire : est-ce que tu as le droit d'avoir tort sans qu'il y ait de conséquences, ou est-ce que le partenaire dominant te fait comprendre qu'il y aura un prix à payer, une punition, un silence de trois jours, ou encore un « regarde ce que tu m'as fait faire » ? Première question : est-ce qu'il y a de l'égalité et du respect dans vos conflits ? Déjà, ça va trier.

Deuxième test, c'est le test de la fin. Un conflit normal a une forme : un début qu'on pourrait quasiment dater à la minute près, un milieu, et une fin. Et après, on revient au niveau de base, apaisé. Mais chez certains, à la fin de la dispute, on est en hypervigilance. On marche sur des œufs pour que ça ne recommence pas, pour que l'autre ne se venge pas. Tu ne te reposes jamais. Deuxième question : lorsqu'il n'y a pas de dispute, est-ce que tu es détendu ou est-ce que tu es en alerte ?

Troisième test, le test de la réparation. John Gottman parle des quatre cavaliers de l'apocalypse : critique, mépris, défensive, mur du silence. Mais il dit autre chose. Il parle de la réparation : c'est le moment où l'un des deux vient tendre la main pendant la dispute en disant « désolé, j'ai déconné, pardonne-moi ». Observer la réparation, c'est ce qui prédit que le couple pourra avancer. La troisième question va encore plus loin : lorsque tu tends la main, est-ce que ton partenaire l'accepte, ou est-ce qu'il te méprise et te rabaisse ? Est-ce qu'au moins de temps en temps elle est saisie, ou est-ce que ça retombe dans le vide depuis des mois ?

Le quatrième test, c'est celui de la faute. C'est le test le plus rapide. Bien évidemment, on ne peut pas être à 50-50, mais l'idée est de voir si la faute est à peu près répartie. Disons 70-30, à peu près ça irait. Ou est-ce qu'à chaque fois c'est toi le problème, que quoi qu'il se passe, tu seras toujours pointé du doigt ?

Deux verdicts : le creuset ou l'enfer

C'est une dichotomie assez simple : soit je reste, soit je pars. L'entre-deux, ça ne marche pas trop. Si ta relation a répondu oui aux quatre tests, alors même si c'est la pire année de votre histoire, tu es probablement dans un creuset. Et un creuset, on ne le fuit pas au moment où ça chauffe le plus. Si tu changes juste de couple, tu reproduiras les mêmes problèmes dans la case d'à côté.

Mais attention, rester dans un creuset, ce n'est pas forcément ce que tu crois. Ce n'est pas serrer les dents le temps que ça passe : ça, ce serait subir, et subir ne forge rien. Ce que dit Schnarch, c'est profiter de ce feu pour dire enfin les choses que tu n'as pas osé dire depuis des années. Tenir tes positions, arrêter de mendier de la validation, te calmer toi-même au lieu d'attendre que l'autre le fasse.

Deuxième verdict, c'est partir. La plupart des gens se disent : parce que je l'aime, je reste. Sauf que l'amour n'est pas la condition pour rester, l'amour c'est le prérequis à chaque couple. Tu peux très bien dire « je t'aime, merci, mais non merci. Je ne me détruirai pas dans cette relation ». Si ta relation a échoué à tous les tests, si c'est toujours de ta faute, si même en période de calme c'est de la surveillance, alors tu n'es pas dans un creuset, tu es en enfer. L'enfer, c'est chaud comme dans une fonderie, et pourtant ça te bousille.

Quand partir : les trois marqueurs

On ne part pas sur une soirée où on s'est disputé, en prenant toutes ses affaires, allez c'est bon, c'est parti, j'arrête. Non, on va regarder une tendance, une tendance qui est là depuis quelques mois. La tendance va vers le bas et ça ne marche pas : à ce moment-là, tu as ta réponse.

Deuxième marqueur, c'est que tu commences déjà à t'effondrer. Tu te sens mal dans tes baskets, tu dors moins bien, et tu ne donnes même plus ton avis, parce que tu sais qu'à chaque fois tu vas endurer quelque chose de pire. Tu anticipes ces réactions déglinguées avant même de dire ce que toi-même tu veux. Tes copines te disent « tu as changé », et en réalité tu ne sais même plus qui tu étais avant la relation.

Et le troisième, c'est de ne pas partir sur un coup de tête, mais de préparer la suite : le logement, les affaires, les valises, le compte bancaire séparé peut-être. Tina Turner était partie avec quasiment rien en poche, mais elle a dit qu'elle n'était pas partie sur une impulsion : elle était partie après une décision mûrement réfléchie. Elle est partie une fois, et c'était la bonne.

C'est le moment idéal de se faire accompagner, pour comprendre ce que ça vient remuer en toi et arriver à mieux t'affirmer : on peut travailler ça ensemble en coaching. Un bémol quand même. Il y a un cas où contacter un thérapeute de couple ne servira à rien, c'est lorsque ton partenaire est manipulateur ou pervers narcissique : là, il a tout le contrôle, il va retourner la situation, et tu en repartiras encore plus dévasté.

Et j'ai une toute dernière question pour toi. Si tout te dit de rester, que c'est dur mais que c'est normal : est-ce que tu restes là-dedans et tu endures pour grandir, ou est-ce que tu restes parce qu'en réalité tu as une forme de dépendance affective, que tu as peur d'être seul et que tu as l'impression que tu ne serais personne sans l'autre ?

Questions fréquentes

Comment savoir s'il faut rester ou partir ?

Pas avec une liste de points positifs et négatifs. Cette balance ne peut pas trancher, parce que ça change chaque jour, voire chaque semaine : c'est de la météo du quotidien. Ce qu'il te faut, c'est une vision plus générale, plus globale du couple, et quatre questions concrètes, mesurables, qui n'ont que deux réponses.

Est-ce que souffrir beaucoup veut dire qu'il faut partir ?

Non. L'intensité de ta douleur dans le couple n'est pas le critère. Tu peux être dans un couple où les disputes sont atroces depuis des années et te transformer : c'est intense, c'est dur, et ça marche. Tu peux aussi être en crise douce depuis 15 ans, souffrir doucement au quotidien, et devoir quand même partir.

C'est quoi la théorie du creuset ?

C'est l'idée que le conflit dans ton couple n'est pas une panne, ce n'est pas un problème, c'est le moteur. Le creuset, c'est cet outil de fonderie qui récupère le métal très chaud : lui-même ne fond pas, mais il prend le métal de deux personnes, mélangé dans la fusion, pour en sortir quelque chose de neuf. L'impasse n'est pas la preuve que le couple est mort, c'est le moment où le couple exige que tu deviennes quelqu'un.

Quand exactement faut-il partir ?

Trois marqueurs. Une tendance qui est là depuis quelques mois et qui va vers le bas. Le fait que tu commences déjà à t'effondrer : tu dors moins bien, tu ne donnes même plus ton avis, tes copines te disent que tu as changé. Et le troisième, ne pas partir sur un coup de tête, mais préparer la suite, le logement, les affaires, le compte bancaire séparé, pour que ça se fasse de la manière la plus naturelle possible.

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