Je m'en souviens comme si c'était hier. Je suis en voiture dans le sud de la France, dans ce genre de petites routes qui font que si jamais quelqu'un arrive en face, tu es mort, même en roulant aux vitesses réglementaires. Je sors de cette relation qui est effrayante de perversion, de toxicité, et j'appelle un ami. Cet ami est coach et je lui dis : je veux retrouver une relation amoureuse. Il me dit : « Antoine, tu n'es pas prêt. Il y a toutes les chances du monde que tu retombes dans une relation toxique juste après. Peut-être un peu moins toxique. » Et je rigole, je fais : « Non, c'est bon. Je sais de quoi je sors. J'ai bien compris mes erreurs. Je sais ce que j'aurais dû regarder. » Rajoute à ça que je suis coach, en plus, dans les relations amoureuses, que j'aurais dû le voir, que forcément je m'en veux.

30 à 50 % des gens retombent dans une relation toxique

Ce que je ne savais pas à ce moment-là, c'est qu'il y a une statistique qui existe. Cette statistique dit que quelque part entre 30 et 50 % des gens retombent dans une relation toxique juste après la relation toxique. Alors, ça peut être moins toxique, ça peut être doucement toxique, comme une espèce de palier de décompression vers quelque chose de plus sympa. Le truc, c'est que tu ne peux même pas le réaliser. Tu n'es même plus capable de savoir ce que c'est qu'une relation saine. Un peu comme un élastique qu'on aurait complètement détendu à force de tirer dessus : le machin met un peu de temps à revenir à la bonne forme. Ça va prendre du temps pour redevenir cohérent dans sa vie. Tu en sors, tu es comme dans une espèce de brouillard. Tu ne sais plus le bon du mauvais. Tu ne sais plus si l'autre avait raison ou tort. Tu peux avoir vécu les pires choses dans ce couple-là et être complètement perdu à la fin, et même penser que c'est peut-être toi la mauvaise personne de l'équation. Et bien évidemment que ce sera la catastrophe quand tu te remettras en couple juste après.

Pourquoi la relation doucement toxique te paraît normale

Parce qu'en réalité, ça a été tellement loin qu'ensuite, une relation doucement malsaine, doucement toxique, te paraîtrait normale. La femme d'après profite de moi. Alors attention, moins que celle d'avant. C'est peut-être même pour ça que je n'ai pas vu le truc. C'est-à-dire que plutôt que d'abuser 100 % du temps, elle n'abuse que 30 % du temps. Financièrement, plutôt que de me bouffer tout ce que je gagne, elle m'en bouffe plus qu'un tiers. Quand elle me fait des remarques méchantes, ce n'est pas 100 % du temps comme dans celle d'avant, c'est plus modéré, mais il y en a quand même plein en réalité. Mon élément de comparaison, c'est la relation d'avant, la relation terrible. Là, je me dis : ça va par rapport à avant. Non, ça m'a l'air sain ici. Évidemment, tu sors de l'enfer. Le purgatoire te semble être une balade, une promenade de santé.

En réalité, ton radar a été déréglé. Il a été branché sur la pire des personnes sur terre juste avant. Ton alarme incendie aurait même pu faire la différence entre un grille-pain qui grille un peu trop fort et un vrai feu dans la maison. Tu ne sais plus. Tu mesures ce que tu ne veux plus à la douleur et à l'intensité de la pire personne sur terre que tu aies jamais rencontrée, celle d'avant. Mais ce n'est pas un bon marqueur. Il est beaucoup trop extrême, ce marqueur-là.

Le calme n'est pas toujours un bon signe

Et puis parfois, la toxicité peut prendre d'autres formes. Par exemple, la personne toxique ou perverse que tu avais rencontrée avant te hurlait dessus en permanence, et ton nouveau mec, ta nouvelle compagne, va faire différemment : il ou elle va t'ignorer, être dans le silence, dans le froid. Tu te dis : c'est chouette, ici c'est calme par rapport à avant. Avant ça criait, ici il n'y a pas un seul bruit. Mais une morgue aussi, c'est calme, et pour autant, ce n'est pas très sain de vivre dedans.

On a attaqué les fondations de ta pyramide

Ce qu'il faut comprendre, c'est que dans une relation perverse narcissique, on a attaqué les bases mêmes de ta pyramide. On a attaqué les fondations, et c'est ce qui fait que le bâtiment au-dessus ne tient plus très bien. Si je suis plus clair : par exemple, tu étais quelqu'un de généreux, on a profité de ça allègrement. Cette personne a allègrement profité de ta générosité dans tous les domaines, dans le temps que tu donnais, dans l'argent, dans la patience. Tu pensais que c'était une belle valeur, c'étaient tes fondations de vie. On t'a détruit dessus. Ah, tu es généreux ? On va voir jusqu'où tu peux l'être. Tu avais d'autres valeurs, comme le pardon, comme être bienveillant, comme « en couple, il faut tout donner à l'autre parce que c'est comme ça qu'un couple fonctionne ». On a détruit tes valeurs de vie, de couple, de santé. Et quand tu ressors, tu as comme cette espèce de nuage gris en face de toi, du flou. Dans le temps, le bien et le mal, tu savais exactement où c'était. Aujourd'hui, tu ne sais plus précisément ce qui est bon, ce qui n'est pas bon, qui a tort, qui a raison.

Certains diront que tu es accro à la douleur. Certaines vidéos disent ça : parce que tu as vécu des pics de dopamine gigantesques, c'est ce que tu veux après. Dans mon cas, ce n'était pas le cas. Je ne voulais pas des pics de dopamine intenses. Je ne voulais pas revivre ne serait-ce que la moitié de ce que j'avais vécu. Je voulais de l'apaisement. Je voulais du calme. Sauf qu'en toute honnêteté, j'étais incapable de voir ce calme. Je sortais de l'enfer comme un ange qui aurait encore les ailes avec de la fumée dessus, qui brûlent un peu, avec le sourire. C'est bon, je suis sorti de ça vivant. Allez, on y retourne. Parce que moi, quand je tombe de vélo, quand je tombe de cheval, je m'y remets pour que ça fonctionne. Le raisonnement se tient, au passage : dans toutes les thérapies comportementalistes, c'est retente ce qui t'a fait peur, retente ce qui n'a pas fonctionné, parce que c'est comme ça que tu apprendras à bien faire par la suite. Tu tombes, relève-toi et recommence. Il faut être lucide : recommencer, oui, c'est bien, bien évidemment, au moment où tu es prêt, sans te forcer.

Une chance sur deux, et une seule vraie question

Qu'on se mette d'accord, les chiffres sont gigantesques. 50 % quasiment. Ça signifie qu'en sortant d'une relation déglinguée, tu as une chance sur deux. On peut voir le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein. Tu peux te dire : génial, j'ai quand même une chance sur deux d'avoir une relation saine par la suite. Et si tu n'as pas de chance, tu seras dans la relation toxique, en effet. Mais est-ce que ce manque de chance n'est pas une forme d'étape nécessaire ? Je dois passer par des paliers de relations de moins en moins toxiques pour enfin trouver l'apaisement dans un couple. Un couple qui probablement me paraîtra ennuyant au début, parce que ça bouge moins, parce que ça me challenge moins, parce qu'on vient moins titiller mes failles. Et dans un couple sain, en effet, la paix au début ressemble à de l'ennui.

La seule vraie question à se poser aujourd'hui, c'est : si tu rencontrais ce soir à 19 heures, dans ta ville, dans le troquet du coin ou dans ton activité sportive préférée, une personne saine, est-ce que tu serais capable de laisser entrer ce calme dans ta vie ? Est-ce que tu serais capable de reconnaître ce calme, ou est-ce que tu trouverais cette relation fade ? Autre question : si cette relation était doucement toxique, est-ce que tu t'en rendrais compte ? Fais le test chez toi. Remplis trois verres, tu mets dedans de l'eau brûlante, de l'eau tiède et de l'eau froide, et fais la différence quand tu passes de l'un à l'autre. Quand tu as été longtemps dans l'eau chaude, le tiède te paraît très froid. Quand tu restes dans l'eau froide, le tiède te paraît très chaud. Ce que tu ressens est toujours une perception de ce que tu as vécu juste avant. La question étant : est-ce que ce que tu as vécu juste avant, hier, avant-hier, la semaine dernière, était assez calme pour que tu laisses entrer encore plus de calme dans ta vie ?

Tu sors d'une relation toxique et tu veux éviter de reproduire le même schéma ? Parlons-en ensemble dans le cadre d'un coaching.

Questions fréquentes

Pourquoi retombe-t-on si souvent dans une relation toxique ?

Parce que ton radar a été déréglé : il a été branché sur la pire des personnes sur terre juste avant. Tu mesures ce que tu ne veux plus à l'intensité de la relation d'avant, et ce marqueur est beaucoup trop extrême.

C'est quoi, une relation doucement toxique ?

Une relation où, plutôt que d'abuser 100 % du temps, l'autre n'abuse que 30 % du temps. Comme ton élément de comparaison est la relation terrible d'avant, tu te dis que ça a l'air sain. Tu sors de l'enfer, le purgatoire te semble une promenade de santé.

Est-ce que je suis accro à la douleur ?

Certains diront ça, parce que tu as vécu des pics de dopamine gigantesques. Dans mon cas, ce n'était pas ça : je voulais de l'apaisement, je voulais du calme. Sauf qu'en toute honnêteté, j'étais incapable de voir ce calme. Et dans un couple sain, la paix au début ressemble à de l'ennui.

Comment savoir si je suis prêt pour une relation saine ?

Pose-toi la question : si tu rencontrais ce soir à 19 heures une personne saine, est-ce que tu serais capable de laisser entrer ce calme dans ta vie, ou est-ce que tu trouverais cette relation fade ? Ce que tu ressens est toujours une perception de ce que tu as vécu juste avant, comme la main qui passe de l'eau brûlante à l'eau tiède.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

Découvrir le coaching →