Je ne te connais pas. Mais peut-être que dans ta vie, tu as déjà renoncé à dire quelque chose parce que tu avais peur qu'on te juge. Ou encore, tu as peut-être changé de tenue juste avant de sortir. Tu étais devant la porte de chez toi, tu as failli sortir à cette soirée et tu t'es dit : « Non, ça ne va pas aller. » Peut-être même qu'après cette fameuse soirée, tu as ruminé sur une phrase que tu aurais peut-être mal dite, ou peut-être que tu te dis « j'ai été ridicule dans cette soirée », et tu refais dans ta tête le scénario : j'aurais dû dire ça à ce moment-là.

La science dit que tu te trompes. Les gens, en réalité, t'apprécient bien plus que tu ne le crois. Presque toujours.

Le liking gap : les gens t'apprécient plus que tu ne le crois

Des chercheurs de Yale ont fait une expérience que j'adore. Ils ont enregistré des conversations entre plein d'inconnus, et ils ont demandé à chacun à la fin : est-ce que l'autre t'a apprécié ? Et le résultat est sans appel : presque tout le monde se trompe. C'est-à-dire qu'en gros, on pense systématiquement que l'autre nous a bien moins aimés qu'en réalité. Ils ont même donné un nom à ça. Ça s'appelle le liking gap. Liking comme aimer, gap comme le fossé, qu'on pourrait traduire par l'écart de sympathie. Alors si le problème n'est pas dans le regard des autres, on peut se poser la question : où est ce fameux problème ? Et toutes les études qui parlent de ça sont unanimes. En réalité, le problème, il est en toi. On ne parle pas vraiment du regard des autres, on parle du regard que tu te portes toi-même, et comment ce regard déforme tout ce que tu perçois.

Tu n'as pas peur du regard des autres, tu as peur du tien

Les autres, c'est le miroir, c'est l'image réfléchie de toi. C'est juste l'écran sur lequel tu projettes le jugement que tu portes déjà sur toi-même. Par exemple, quand tu sors d'une soirée et que tu rumines pendant deux heures sur un truc que tu as dit, l'autre personne n'y pense même plus, c'est prouvé. Mais toi, de ton côté, tu refais la scène en boucle en rendant pire chaque passage. Et ce qui se passe, c'est que le pire des juges, c'est toi-même. C'est un juge impitoyable qui vient analyser chaque mot, chaque geste, chaque silence, et il te dit : « Tu n'aurais pas dû dire ça. Tu as été trop comme ci, pas assez comme cela. » Et le pire, c'est que tu le crois. Tu le crois parce que cette voix, elle te connaît depuis toujours. Cette petite voix en toi, elle était là à l'école quand tu n'osais pas lever la main. Elle était là à l'adolescence quand tu regardais les autres en te disant : « Eux, ils savent comment être, et moi je ne sais pas comment bien me comporter. » Et cette petite voix, c'est la même qu'à l'époque. Elle est toujours là aujourd'hui. Et à chaque prise de parole, à chaque photo que tu postes, cette petite voix dans ta tête, tu penses que c'est celle des autres : c'est ta propre voix qui te juge à travers eux.

Et cette même étude de Yale le montre clairement. Quand des chercheurs ont demandé aux gens pourquoi ils pensaient ne pas avoir été appréciés, les réponses étaient toujours les mêmes. J'ai dit quelque chose qui n'était pas intéressant. J'ai été gêné. Je n'ai pas su quoi dire. Ce sont juste des pensées internes. Et pendant ce temps, l'autre personne se souvient d'autres choses sur toi, comme d'une personne agréable, d'une super rencontre. Il y a donc un gouffre entre ce que toi tu penses de toi-même et ce que les autres pensent de toi. Et ce gouffre, malheureusement, est très souvent négatif dans le jugement qu'on s'impose.

Pourquoi est-ce qu'on s'inflige ça ?

Premièrement, parce que tu as appris très tôt que l'amour avait un prix. Enfant, la plupart d'entre nous ont intégré un message qui n'est pas toujours dit explicitement par nos parents, mais qui est transmis en permanence. Pour être aimé, il faut plaire. Il ne faut pas déranger, il faut être sage, il faut entrer dans le moule. Et ce message ne s'efface pas en grandissant. Il se transforme, il mute. Et à l'âge adulte, il devient : « Si je suis moi-même, si j'ose être qui je suis, alors on ne m'aimera pas. »

La deuxième raison, c'est qu'on confond souvent être jugé et être vu. On n'a pas vraiment peur du jugement. On a peur d'être vu. Vu tel qu'on est, sans filtre, sans le masque, sans la performance. Admettons que tu sois en société sans aucun masque. Si jamais on ne t'aimait pas, tu te dirais : « C'est fini, je suis nul. Ma personnalité ne plaît pas. » En gros, il n'y aurait pas de protection, tu aurais montré le vrai toi-même. Maintenant, si jamais tu mets un masque, si tu te transformes, si tu apprends à être plus beau, plus belle, plus pertinent, à t'habiller mieux, à dire les bonnes phrases, dans ce cas, si on te rejette, c'est le masque qu'on rejette. Et ce masque-là, tu pourrais le changer par la suite. Donc notre masque en société devient notre protection. Alors tu te caches, et tu as peur d'être toi-même.

La troisième chose, c'est que les réseaux sociaux ont ajouté un public permanent. Avant, tu pouvais jouer un rôle, mettre ce masque dans ton entreprise, devant tes collègues de bureau, devant quoi, 5 personnes par jour, 10 grand maximum. Aujourd'hui, quand tu postes une photo, c'est devant des centaines de personnes. Ça signifie que tu ne te contentes plus de filtrer qui tu es. Tu commences à vivre pour le regard. Tu ne prends plus une photo de souvenir comme on le faisait il y a seulement 20, 30 ou 40 ans. Aujourd'hui, tu prends cette photo pour de la validation. Le regard extérieur ne juge plus ta vie, il la dirige.

Tu ne crains que le jugement qui confirme ce que tu crois déjà

Il y a deux vérités que j'aimerais te montrer. La première, c'est que tu n'as pas peur de tous les jugements. Si demain tu vas dans la rue et qu'un homme que tu ne connais pas te dit « tu es nul en cuisine », et qu'en plus tu sais que tu cuisines bien, eh bien tu t'en fous, ça te glisse dessus. Mais si demain quelqu'un te dit « tu es égoïste », et que quelque part au fond de toi, tu as toujours eu peur de l'être, alors là ça te détruit. Si quelqu'un demain te dit « tu es un crapaud bleu », tu vas en rire, tu vas rejeter son avis parce que tu sais que c'est factuellement faux. Alors que si une personne te dit que tu es moche, dans ce cas-là, tu vas lui accorder du crédit. En gros, tu ne crains pas le jugement de manière générale. Tu crains juste un jugement qui confirme ce que tu crois déjà toi-même. L'autre ne crée pas la blessure, il vient appuyer sur une blessure qui existe déjà. Et c'est pour ça qu'un même commentaire peut détruire une personne, mais sur quelqu'un d'autre, ça ne fera absolument rien. Tout dépend de la croyance qu'il vient toucher. Comprendre ça, c'est comprendre que le travail n'est pas de changer le regard des autres, c'est de changer le regard que tu portes sur toi-même.

La deuxième vérité, un peu dérangeante, c'est que personne ne te regarde autant que tu le crois. Il y a un biais cognitif qui s'appelle l'effet de projecteur. On surestime massivement l'attention que les autres nous portent. Est-ce que tu te souviens d'un moment gênant d'il y a trois ans ? Toi, probablement que oui. Les autres, par contre, l'ont oublié dès le lendemain. Ça signifie que chaque personne autour de toi est le personnage principal de sa propre vie, et non pas de la tienne. Chaque personne devant toi a ses peurs, ses doutes, ses insécurités, et ils sont tellement occupés à se juger eux-mêmes qu'ils n'ont pas le temps de te juger toi. Donc entre les deux effets qu'on a vus, le liking gap et l'effet projecteur, la science te dit deux choses. Premièrement, les gens t'aiment bien plus que tu ne le crois. Et aussi, ils pensent à toi beaucoup moins que ce que tu l'imagines. Ça signifie que ton juge intérieur est en train de te raconter une histoire qui n'existe pas.

On vit dans une société qui cache les signaux positifs

Les chercheurs ont découvert aussi pourquoi on se trompe autant. Dans une conversation, les gens ne montrent pas ce qu'ils pensent vraiment. L'autre, par exemple, te trouve intéressant. Il va sourire poliment, mais il ne te le dira pas. Dans sa tête, il va se dire « cette personne est cool », mais par contre, il va juste te faire un « oui, OK ». C'est-à-dire que dans sa tête, il t'adore, mais ce qu'il laisse transparaître est minime. On vit dans une société où on cache les signaux positifs. Toi aussi, tu caches les signaux positifs envers les autres. Peut-être par pudeur, peut-être par convention sociale. Et l'autre fait exactement pareil. Au final, chacun repart en se disant : « Bof, je crois que je ne lui ai pas plu. Je pense que j'ai été nul. » Alors qu'en réalité, les deux se sont appréciés. Alors à la fin de cette soirée, il ne te reste que ta propre voix, celle qui t'a dit que tu étais complètement nul. Et comme ton juge intérieur est bien plus bruyant que tous les signaux discrets des autres, tu n'entends que ta propre voix critique. L'autre te sourit, tu ne le retiens pas. L'autre relance la discussion, tu ne le remarques même pas. Par contre, ton « j'ai bégayé sur le mot à la troisième minute », ça, tu t'en souviens pendant des heures. Rappelle-toi de ça : les gens t'apprécient en silence, alors que ton jugement intérieur, lui, il parle à voix haute.

Comment se libérer du regard des autres

Tout d'abord, repère la voix. La prochaine fois que tu sors d'une soirée, d'un date ou de n'importe quelle interaction au travail en te disant par exemple « c'était nul, j'ai fait mauvaise impression », arrête-toi. Demande-toi : est-ce que c'est un fait réel, mesurable, ou est-ce que c'est ma voix interne qui me critique ? Est-ce que quelqu'un m'a réellement dit quelque chose de négatif, ou est-ce que c'est moi qui invente ? Rappelle-toi du liking gap : il y a de très grandes chances que l'autre ait apprécié, bien plus que tu ne le penses.

Ensuite, va tester ta peur. Si jamais tu restes chez toi, la peur grossit. Si tu vas t'entraîner à parler à des gens, à avoir des interactions sociales, alors ta peur diminuera. C'est le seul antidote, c'est ce qui marche le plus vite, c'est l'expérience. En soirée, donne ton avis sans t'excuser, dis un non sans te justifier, poste une photo sans la filtrer 10 fois. Porte ce pantalon, porte cette robe qui te plaît sans te demander si les gens vont te juger. Et observe : tu verras que le monde ne s'effondre pas, les gens ne te fuient pas. La plupart n'auront même pas remarqué.

Ensuite, tu peux choisir tes juges. Il y a peut-être une ou deux personnes dans ton entourage qui t'aiment vraiment. Eux, ils te connaissent. Demande-leur : est-ce que j'ai été déconnant ou est-ce que ça va ? Dis-toi : il n'y aura qu'eux comme juges, les autres, je m'en fiche. Accepte de plaire aux gens et observe les petits sourires subtils. Accepte aussi de déplaire. Rappelle-toi que même les personnes les plus célèbres sur terre, les personnes les plus sympas, ne plaisent qu'à 6 ou 7 personnes sur 10. Il est humain, il est normal que des gens te détestent. C'est même bon signe en réalité. Si tu cherches à plaire à 10 personnes sur 10, c'est qu'il y a un problème. C'est que tu vas être faux, ou c'est que les gens en face de toi sont faux.

Pour conclure, le regard des autres, ce n'est pas ton ennemi. Ton ennemi, c'est ton propre regard sur toi-même. C'est le filtre à travers lequel tu l'interprètes. C'est ce qui transforme un silence en rejet. C'est ce qui transforme une non-réponse en confirmation que tu ne vaux rien. La science te le dit et je te le répète aujourd'hui : les gens t'aiment bien plus que tu ne le crois, et la seule personne qui ne te le dit pas, c'est toi-même.

Tu veux faire taire ce juge intérieur et reprendre ta liberté face au regard des autres ? Parlons-en ensemble en coaching.

Questions fréquentes

C'est quoi, le liking gap ?

Des chercheurs de Yale ont enregistré des conversations entre inconnus et demandé à chacun si l'autre l'avait apprécié. Presque tout le monde se trompe : on pense systématiquement que l'autre nous a bien moins aimés qu'en réalité. Liking comme aimer, gap comme le fossé : l'écart de sympathie.

C'est quoi, l'effet de projecteur ?

C'est un biais cognitif : on surestime massivement l'attention que les autres nous portent. Chaque personne autour de toi est le personnage principal de sa propre vie, et non pas de la tienne. Ils sont tellement occupés à se juger eux-mêmes qu'ils n'ont pas le temps de te juger toi.

Pourquoi certains jugements me blessent et d'autres pas ?

Tu ne crains pas le jugement de manière générale. Tu crains juste un jugement qui confirme ce que tu crois déjà toi-même. L'autre ne crée pas la blessure, il vient appuyer sur une blessure qui existe déjà. Tout dépend de la croyance qu'il vient toucher.

Faut-il chercher à plaire à tout le monde ?

Non. Même les personnes les plus célèbres, les plus sympas, ne plaisent qu'à 6 ou 7 personnes sur 10. Mets-toi comme objectif, qui est très sain : je vais plaire à une personne sur deux et c'est tout. Et je suis content d'être détesté par l'autre personne sur deux.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

Découvrir le coaching →