Pourquoi ton partenaire te reproche exactement ce que lui te fait ? Et surtout, pourquoi est-ce que ce n'est pas de la mauvaise foi ? Par exemple, tu es à la maison et tu dis à ton mari qu'il pourrait en faire plus, et il te démontre en quelques secondes que c'est toi qui ne fais rien. Tu dis à ton copain qu'il est radin, et il te prouve quelques secondes plus tard que c'est toi le problème. Ta copine t'accuse de draguer des femmes alors qu'en réalité, elle te trompe. L'autre te reproche exactement ce qu'il fait.

Ce qui suit va peut-être déranger une partie de mon audience, parce que ça remet en cause une croyance qui est très répandue. Cette croyance, c'est que ton partenaire t'attaque par mauvaise foi. C'est ça que tu te dis : qu'il fait exprès de retourner tes critiques pour te faire souffrir, que ton partenaire pourrait faire autrement mais qu'il choisit délibérément de ne pas le faire. Cette croyance est fausse, c'est même démontré scientifiquement. Cette mécanique n'a rien à voir avec de la mauvaise foi.

L'effet miroir : ce qui se passe vraiment quand ça revient sur toi

Tu as peut-être même vécu ça hier soir. Tu as sorti une phrase et, encore une fois, par effet miroir, c'est revenu sur toi. À ce moment-là, il se passe quatre choses de manière simultanée. Tout d'abord, tu as une fatigue : tu es en train de montrer un problème évident, gros comme un éléphant dans la pièce, et l'autre le refuse. Ensuite, tu repars avec l'impression de ne pas avoir abordé le sujet de départ. En plus, tu te sens accusé. Et au final, tu te demandes si ce n'est pas toi qui es fou ou folle. Tout ceci a un nom : ça s'appelle la projection narcissique défensive.

Le mécanisme est toujours le même, en quatre temps. Premier temps : ton conjoint a un comportement problématique ou transgressif, un problème évident. Deuxième temps : tu fais une critique qui est calme. Tu n'es pas énervé, tu dis « là, il y a un problème », c'est même factuel, et surtout c'est extrêmement légitime. Souci : son système psychologique interne ne peut pas accepter ta remarque, parce qu'elle est en train de menacer l'image qu'il a de lui-même. Quatrième temps : comme une espèce de boomerang, comme un miroir, il te renvoie ton image. Tu m'as pointé un problème ? Non. Hop, retour à l'envoyeur : c'est toi qui l'as.

Cinq scènes de couple typiques

Voici un premier exemple que je vois de plus en plus. Une femme mariée s'inscrit sur Tinder. Elle commence une relation avec un homme, et tout à coup, avec cet homme-là, elle devient jalouse, possessive, contrôlante. La critique légitime que tu vas lui dire, en tant qu'homme, c'est : « C'est étrange que tu sois si jalouse alors que toi-même tu es mariée. » Son retour sera immédiat : « Est-ce que tu trouves que c'est normal de me parler comme ça ? Si tu me respectais, tu ne dirais pas cet argument. Tu te sers de ma situation pour me dévaloriser. » Tu as montré quelque chose d'évident, et c'est toi le problème à la fin. Elle ne peut pas intégrer qu'elle est elle-même en transgression, donc elle déplace l'attaque sur un autre défaut qui est proche : tu m'accuses d'être infidèle, je vais t'accuser de manquer de respect. Et du coup, elle redevient la victime. Est-ce qu'elle le fait exprès ? Est-ce qu'elle en est consciente ? Non, pas du tout.

Exemple numéro 2 : un homme appelle sa femme cinq fois dans l'après-midi. Il vérifie tout le temps où elle est, dans quelle boutique, avec quelle copine. La critique légitime de cette femme sera de dire, calmement : « Est-ce que tu vois que tu es en train de me contrôler ? » Le retour sera immédiat : « Moi, je te contrôle ? C'est toi qui ne supportes pas que je m'inquiète. Heureusement que je m'inquiète pour toi. C'est toi la femme la plus contrôlante que j'aie jamais connue. » Il est en train de créer une symétrie parfaite. Il a même retourné le même mot, le mot contrôle. Et ça revient comme un boomerang.

Exemple numéro 3, la colère. Cet homme crie sur sa femme pendant 20 minutes parce que le dîner n'était pas prêt. Elle pleure, elle s'isole, puis elle revient de manière calme : « Mon chéri, tu étais très agressif tout à l'heure, tu m'as fait peur. » Qu'est-ce que l'homme va dire ? Tu commences à comprendre le scénario. « Agressif, moi ? Mais non, c'est toi qui as réagi de manière disproportionnée. Tu es trop sensible, tu n'acceptes pas la moindre remarque. » Il est même documenté que dans ce genre de situation, la victime elle-même, et même les proches, se demandent si la victime n'a pas créé le problème elle-même.

Exemple numéro 4 : il ment pendant 3 mois sur ce qu'il fait le soir. Elle découvre qu'il voit quelqu'un. Elle va dire : « Mais tu m'as manipulée pendant tout ce temps ? » Il va dire quoi ? « Tu as fouillé dans mes affaires, dans mon téléphone. Tu es une manipulatrice. Tu inventes. »

Dernier exemple, et tu as compris ce qui se passe. Un homme ne demande jamais à sa femme comment ça se passe dans son travail. Une seule fois, elle lui en parle : « J'ai l'impression que mon travail ne t'intéresse pas. » Et il va dire quoi ? « Moi, égoïste ? Tu ne te rends pas compte de tout ce que je fais pour toi. Tu es tellement centrée sur toi-même. »

Les signaux visibles de l'extérieur : le self vide

Il y a des signaux observables dans des phrases comme celles qu'on vient de voir, mais il y a aussi des signaux visibles de l'extérieur de ce qui s'appelle le self vide, l'impression d'être vide de l'intérieur. Ça peut être une personne qui a une apparence impeccable, toujours tirée à quatre épingles, pas un cheveu qui dépasse. Ce n'est pas de la coquetterie ordinaire, c'est vraiment vouloir se présenter de manière extrêmement propre. Ça peut être aussi une personne qui ne veut pas être vue sans être préparée : tu ne peux pas débarquer chez cette personne alors qu'elle est en pyjama sans maquillage, parce que l'apparence est une armure.

Il y a aussi une attention exagérée au statut social : toujours très clean sur les réseaux sociaux, les enfants doivent avoir fait les bonnes écoles, la voiture doit être belle. Et j'en viens au point qui est peut-être le plus important pour observer ce genre de personne : la vitrine est très propre en apparence, mais à l'intérieur, il y a complètement autre chose. Tout ce qui peut être regardé sera propre et brillant, mais l'intérieur d'un frigo où personne ne passe peut être très bordélique, ou un compte bancaire, ou une façon de s'organiser. Ça peut être aussi des personnes en difficulté quand elles voient qu'elles vieillissent. Et aussi des gens qui sont en compétition implicite avec leur partenaire : si ton mari ou ta femme réussit quelque chose, en principe tu es super content. Et là, ce n'est pas le cas, c'est une compétition.

Pourquoi ils ne peuvent pas faire autrement

On parle d'une organisation narcissique fragile. Un ami me racontait de lui, un jour : « J'avais tellement peu confiance en moi, j'étais au niveau du sol, que je ne pouvais pas avoir tort, parce que ça voudrait dire que j'irais sous terre. Donc même si j'avais tort, je devais démontrer que j'avais raison. Je savais que j'avais tort, tout le monde savait que j'avais tort, mais je devais le démontrer quand même. »

Une personne normale est régulée de l'intérieur : je sais ce que je veux. Ton partenaire, ce n'est pas le cas, il est régulé de l'extérieur. C'est ce qui s'appelle le self vide. Et il y a une confusion entre « qui je suis » et « quel est mon comportement ». Si je te dis que tu as fait quelque chose de discutable et que ton ego est normal, tu ne vas pas penser que tu es une mauvaise personne de manière globale. On regarde juste ce comportement précis, dans tel cadre, à telle heure, et tu le corriges. Là où une personne qui a un self vide, si je lui dis « ce comportement n'est pas bien », elle va entendre « tu n'es pas bien globalement ». Et pour éviter l'effondrement, tu envoies une critique, ça repart direct.

Comprends bien que ce n'est pas de la mauvaise foi consciente. Si tu leur en parles, ils ne le voient même pas. C'est un mécanisme de survie installé depuis l'enfance, et surtout, ça arrive en moins d'une seconde, sans aucun contrôle. Tu envoies une phrase, ça repart directement. C'est ce qui fait que quand tu veux avoir une conversation sur quelque chose à corriger, ça ne mène absolument à rien. Le marqueur le plus fiable là-dedans : si tu oses critiquer quelque chose de légitime, calcule le nombre de secondes avant ta réplique. Si c'est moins de 2 secondes, tu es face à ça.

Est-ce que cette personne peut en prendre conscience ?

La question d'après, c'est : je suis en couple, je veux que ça se passe bien, est-ce que cette personne peut en prendre conscience ? La réponse est oui. Une personne qui a une organisation narcissique fragile peut, à terme, prendre conscience de son mécanisme. Ça arrive, et c'est même documenté. Mais cette prise de conscience n'arrive pas de ton fait à toi, parce que tu es trop proche, parce que la blessure de tes remarques lui fait trop mal. Ça signifie que tu serais la dernière personne sur terre qui pourrait lui dire ça.

Maintenant, il peut y avoir ce qui s'appelle des fissures. Elle sait qu'il y a un problème, elle a vu des vidéos, on lui en parle à son travail, dans son couple, ses enfants lui disent. Au bout d'un moment, c'est la somme de tout qui fait que cette personne va finir par se remettre en cause. Ce n'est pas la première fissure qui fait que le mur s'écroule, c'est bien évidemment la dernière. Ensuite, il peut y avoir un autre canal, celui de la perte : au bout d'un moment, on se sépare, tu n'en peux plus, tu lui dis, et là la personne va réfléchir. Est-ce que c'est vrai que mon comportement était si impeccable, ou est-ce que je n'ai pas des choses à corriger chez moi ? Le troisième canal, c'est celui de la fatigue intérieure. Il arrive vers 40 ou 50 ans : une fatigue diffuse d'être toujours en protection, toujours en alerte. À ce moment-là, la personne finit non seulement par avoir un meilleur self, parce qu'on commence à se faire confiance, mais aussi par se remettre en question.

Donc la réponse n'est pas aussi simple que de lui dire « tu as un self vide » ou « tu fais de la projection narcissique défensive ». Ça ne marcherait pas tant que ça, sauf s'il est déjà dans ce genre de travail, et dans ce cas-là, il peut changer par la suite.

Pour finir, un TikTok humoristique sur le sujet. C'est une femme qui pleure, et c'est marqué : « Quand je fouille dans son téléphone pour voir s'il me trompe et que je trouve des captures d'écran de moi en train de le tromper. » Juste en dessous, la phrase : « Comment peut-il envahir ma vie privée comme ça ? » Je précise que c'est humoristique. Premier commentaire : « Il ne te mérite pas. » « S'il t'aimait vraiment, il ne les garderait pas. » « Ne pleure pas, tu trouveras un autre qui t'acceptera tel que tu es. » « C'est ta vie privée, il ne peut pas faire ça. » « Un homme pardonne l'infidélité s'il t'aime vraiment. Ça ne se fait pas ma chérie, quitte-le. »

Tu vis ce genre de conversations en boomerang à répétition et tu ne sais plus comment aborder les problèmes de ton couple ? On peut travailler ça ensemble en coaching.

Questions fréquentes

Mon partenaire retourne toutes mes critiques : est-ce de la mauvaise foi ?

Non, et c'est même démontré scientifiquement. Ce n'est pas de la mauvaise foi consciente : si tu leur en parles, ils ne le voient même pas. C'est un mécanisme de survie installé depuis l'enfance, et ça arrive en moins d'une seconde, sans aucun contrôle.

C'est quoi, la projection narcissique défensive ?

Un mécanisme en quatre temps : ton conjoint a un comportement problématique évident ; tu fais une critique calme, factuelle et légitime ; son système psychologique interne ne peut pas accepter ta remarque parce qu'elle menace l'image qu'il a de lui-même ; et comme un boomerang, il te renvoie ton image. Retour à l'envoyeur : c'est toi qui as le problème.

Comment reconnaître ce mécanisme à coup sûr ?

Le marqueur le plus fiable : si tu oses critiquer quelque chose de légitime, calcule le nombre de secondes avant ta réplique. Si c'est moins de 2 secondes, tu es face à ça. Une vraie remise en question demande du temps ; le boomerang, lui, part instantanément.

Est-ce que cette personne peut changer ?

Oui, c'est documenté, mais pas grâce à toi : tu es trop proche, la blessure de tes remarques lui fait trop mal. Trois canaux existent : l'accumulation de fissures (travail, couple, enfants, la somme de tout), la perte (la séparation qui force la réflexion), et la fatigue intérieure qui arrive vers 40 ou 50 ans, cette fatigue diffuse d'être toujours en protection.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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