Avant ma relation avec une femme perverse narcissique, j'avais plus de 100 amis, des gens que je voyais de manière régulière. Après la relation toxique, il m'en restait deux. On pourrait penser : ils sont partis, elle t'a forcé à ne plus les voir. La raison est totalement différente. Je me suis séparé de ces amis après la relation toxique parce que j'avais enfin ouvert les yeux sur qui j'étais, sur les gens qui m'entouraient. Je savais enfin poser des limites.

Imagine un chirurgien qui découvre un cancer chez une patiente. Il va aller racler pour enlever les cellules cancéreuses et, dans le doute, il va racler un peu plus autour pour être sûr que ça ne revienne jamais. Il va donc enlever des tissus sains pour enlever le mauvais. Et si tu as vécu avec une personne qui était perverse narcissique, tu as dû vivre une expérience similaire. Peut-être pas avec 100 amis, peut-être qu'il ne t'en reste pas deux mais 5 ou 10.

Le virus que la personne perverse injecte dans ta tête

Quand tu sors de ce genre de relation, tu es comme dans le brouillard. Tu ne sais plus le bien du mal. Tu ne sais plus exactement où tu en es. Dans ta tête, dans tes valeurs, le bien c'était d'être généreux, d'être patient, d'être aimant pour toute la vie, de pardonner. Ça, la personne perverse te l'a bousillé. Tes valeurs, ton socle de vie a été massacré.

La personne perverse va injecter quelque chose, une espèce de virus dans ta tête. Le premier effet, c'est que le bien et le mal sont confondus. Et le pire là-dedans, c'est qu'il y a certaines choses qu'il t'a dites qui étaient vraies. Par exemple, cette personne toxique t'a dit : tes amis profitent de toi. Tout en sachant que bien évidemment lui en profitait encore plus. Comme si lui avait bien décelé les failles, qu'il en profitait allègrement, mais qu'en plus il avait conscience de tes failles et qu'il voyait les autres faire pareil à moindre dose chez toi. Et là-dedans, il y a du vrai. En effet, il avait raison sur certains points, pas sur tous. Ça a été exagéré, ça a été amplifié.

Et toi, tu sors de cette relation en ayant ce virus injecté, où non seulement tes valeurs internes sont bousillées, mais en plus tu as une espèce de doute sur tout ce qui t'entoure. Et s'il avait raison sur le fait que je ne serve à rien ? S'il avait raison sur le fait que mes valeurs sont mauvaises ? S'il avait raison sur le fait que les gens qui m'entourent profitent tous allègrement de ma patience, de ma gentillesse, de mon argent ?

Est-ce que mes amis sont vraiment mes amis ?

La personne perverse qui part laisse un vide béant. Elle a trouvé en toi tous les problèmes qu'il y avait, elle les a exploités. Il a piraté ton système nerveux, ton cerveau. Il a dit : regarde, j'ai les clés de ton cerveau. Regarde autour de toi, ils profitent de tout ça. La question fondamentale que ça pose : est-ce que mes amis sont vraiment mes amis ? Est-ce que ma dépendance affective, mon besoin d'être aimé, mon incapacité à mettre des limites, est-ce que tout ceci n'est pas 100 % des gens qui m'entourent ? Cette question est dérangeante parce que tu remets tout en question : ta famille, tes amis, tes collègues de bureau, ton travail, ton boss. Tu découvres que tu as une vie entière remplie de gens qui viennent exploiter tes failles à plus ou moins grande dose. Tout le monde n'est pas méchant là-dedans. Tout le monde n'est pas vicieux au point de te détruire.

Mais ça pose une question qui est encore plus dérangeante. J'ai été un coffre-fort ouvert. Quand je parle de coffre-fort, ce n'est même pas forcément d'argent. J'ai été ouvert en gentillesse, en bonheur, en générosité, en patience vis-à-vis de tout le monde. À quel point on vient me piller, mais à quel point aussi je n'ai pas été ce coffre ouvert sur pattes pour qu'on vienne me piller ? Est-ce que je n'ai pas été heureux d'avoir été pillé ? Et tu arrives sur une triple question : qui blâmer là-dedans ? Est-ce que c'est lui, cette personne perverse qui a profité de toutes mes failles, de mon incapacité à dire non ? Est-ce que c'est eux, mes amis, qui depuis des années ne se comportent pas de manière très correcte vis-à-vis de moi ? Ou est-ce que ce n'est pas moi le problème, qui non seulement ai ces failles mais ai suggéré aux gens de venir piller cette chose-là ?

Ce soir, je serai un fantôme

J'arrive à ce barbecue dans le sud de la France, je suis invité, je suis content. Il y a 20 personnes, des amis proches que je connais bien, et d'autres que je ne connais pas du tout. Avant ce soir-là, quand j'étais invité à ce genre d'événement, ma priorité avant de sortir de chez moi, c'était : est-ce que je suis bien habillé ? Quelles sont les phrases que je pourrais dire pour être apprécié ? À la fois très nombriliste, très égoïste comme questions, avec l'idée sous-jacente de ne pas être rejeté, de ne pas être considéré comme le boulet de la soirée. Parce que j'étais dépendant affectif.

Et pour la première fois de ma vie, en partant à cette soirée, je me suis dit : ce soir, je vais être invisible. Tout ce que les gens pensent, moi, je n'en aurai rien à faire. Ça faisait déjà quelque temps que je m'étais séparé de cette personne perverse. Je n'avais plus besoin d'être aimé. J'avais juste besoin d'observer si les gens de mon entourage étaient sains ou pas. Cette question-là, je ne me l'étais jamais posée de ma vie. Tellement dans le besoin d'être aimé qu'une personne toxique, je ne l'aurais pas vue. Je me suis dit : ce soir, je serai un fantôme, je vais être transparent. Je vais observer les gens.

L'inspecteur novice qui arrive sur le terrain

La première, c'est une amie qui ne parle que d'elle pendant 30 minutes, une heure, deux heures. Est-ce que cette personne est saine ou pas ? Soit c'est parce qu'elle va vraiment mal. Soit c'est parce qu'elle n'en a rien à faire des autres, elle est complètement égocentrique. Je réalise que je n'en sais rien, parce que je ne l'ai jamais analysée sous cet angle-là. C'est la première fois de ma vie où j'ouvre enfin les yeux sur ce qu'il y a autour de moi. Je ne suis pas capable de savoir si cette personne est narcissique ou si c'est normal.

Un autre ami perd son travail. Il me demande de l'argent, 5000 euros, parce que c'est compliqué, parce qu'il va être interdit bancaire. Est-ce que c'est de la manipulation ou est-ce que c'est réel ? Et le film repart dans ma tête. Est-ce qu'il m'a déjà demandé de l'argent ? Tu n'as pas l'antériorité, parce que tu n'as jamais regardé avec ces yeux-là ce qui se passait. Un inconnu arrive, super sympa, une bière à la main. Est-ce que c'est de la gentillesse ou est-ce que c'est de la stratégie ? Il est très bien habillé, tiré à quatre épingles, pas un cheveu qui dépasse. Est-ce que c'est parce que c'est son travail de commercial ? Est-ce que c'est parce que son image compte trop, comme chez une personne perverse narcissique ? Je n'en sais rien.

J'étais un nouvel inspecteur, comme dans les séries Netflix, qui observait des détails, qui devait revoir mentalement des années de bandes vidéo pour arriver à faire l'analyse. C'était tellement épuisant que ton cerveau finit par s'écrouler. À un moment, tu n'en peux plus. Tu es comme cet inspecteur novice qui arrive sur le terrain, qui a plein de signaux et qui ne sait même pas précisément lesquels il doit utiliser. Tu es paumé par ta fin de relation toxique.

Trop de détecteurs dans des pièces qui n'ont jamais brûlé

Les mois qui suivent cette rupture avec la personne toxique t'installent des détecteurs à incendie dans ta tête, partout, au cas où il y aurait le feu. Tu en viens à installer trop de détecteurs, pas une forme de paranoïa mais ce n'est pas loin, dans une maison et dans des pièces qui n'ont jamais brûlé. Tu en viens à être comme ce docteur qui racle trop les cellules, même saines, au cas où. Tu as du mal à faire la part des choses.

Il y a un dicton que j'aime bien qui dit : il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. C'est un peu ce que tu as tendance à faire après une relation toxique. Tu tires la chasse d'eau, il y a tout qui part dedans. Ton pendule qui était dans un sens, trop gentil, trop bienveillant, trop généreux, part dans l'autre sens. Par défaut, les gens sont méchants. Tu étais trop dans un sens, tu passes trop dans l'autre. Tu faisais confiance à tout le monde, tu ne fais plus confiance à personne. Et ça, ce n'est pas une guérison, c'est juste une étape normale. La première étape, ce sera de penser que tout le monde est malsain. La deuxième étape, ce sera de faire la part des choses. Ça prendra un peu de temps. Oui, j'ai perdu dans cette histoire des amis parce que je n'ai pas su jauger, parce que j'étais ce chirurgien qui a trop gratté. C'est des mois ou des années après que tu te dis : tiens, lui, en fait, il n'était pas si mal que ça. J'ai peut-être dégagé un peu trop de monde dans ma vie. J'ai mis trop d'alarmes incendie et j'ai sonné pour un rien alors que c'était juste une bougie qui s'allumait.

Je réalise, des années après cet abus narcissique, que je suis toujours dans le doute. Avant cette relation perverse, dans ma tête, tout le monde était gentil. Après cette relation perverse, dans ma tête, tout le monde potentiellement pouvait être dangereux. Pas de juste milieu.

La règle du un pour un

Plutôt que d'analyser comme un psychopathe tous les gens qui m'entourent, j'ai décidé de partir sur la règle du un pour un. Je donne un. Par défaut, je serai toujours celui qui donnera en premier. Je donne un et j'attends un en échange. Attention, pas de manière comptable sur un carnet. Mais est-ce que si je te donne du temps, tu me donneras du temps aussi ? Est-ce que si je te rends des services, tu me rendras des services aussi ? Est-ce que si je suis généreux, tu le seras aussi, tout autant que moi ? Sinon, c'est de l'autosabotage. Sinon, c'est la dépendance affective.

Un poison, mais aussi un vaccin

Si je devais me décrire aujourd'hui, je pense que je suis une ancienne poudrière. Je pense aussi que c'est une bonne chose que ça ait explosé à un moment donné et que ce soit calme aujourd'hui, parce que ça m'a appris à mettre des limites dans ma vie. J'ai deux questions pour toi. Est-ce que cette rencontre avec la personne toxique était inévitable ? Pour ma part, vu qui j'étais, la réponse est oui. Est-ce qu'elle était nécessaire ? J'aurais dit bien évidemment que non pendant les deux premières années suite à la rupture. Mais aujourd'hui, des années après, ma réponse est oui. Elle était inévitable, elle était nécessaire. Je n'irais pas remercier cette personne, bien évidemment, mais j'ai une vie qui est tellement plus heureuse aujourd'hui. Sans elle, je serais encore à ce barbecue en train de performer, à vouloir être aimé. Je serais encore un coffre ouvert sur pattes, prêt à tout donner à n'importe qui. Mon cerveau aurait été obnubilé par la peur de l'abandon que je n'ai plus aujourd'hui.

On dit que la relation perverse, c'est un mal qui est diffus et qui reste longtemps après la relation, même quand c'est fini, même des années après. Mais l'autre façon de voir ça, c'est que c'est aussi un vaccin. Quand on te fait cette piqûre pour ton vaccin, que tu as la fièvre pendant trois jours, tu te dis : on m'a mis le mal en moi. Mais ça vient aussi créer des anticorps. Et cette relation toxique, le bonheur démarre quelque temps après, peut-être des années après, mais ça démarre vers quelque chose qui est tellement plus heureux.

Tu sors d'une relation toxique et tu ne sais plus à qui faire confiance ni où mettre tes limites ? Je peux t'accompagner en coaching pour faire la part des choses.

Questions fréquentes

Pourquoi est-ce que je doute de tout le monde après une relation toxique ?

Tu as des questions qui sont très typiques du virus. Peut-on vraiment faire confiance aux gens ? Est-ce que les gentils perdent toujours ? Est-ce qu'il faut être comme eux ? Est-ce que je dois enlever ma gentillesse ? Est-ce que je suis trop sensible ? Est-ce que j'ai trop d'empathie ? Ce sont les effets du virus, pas une vérité sur les gens.

Est-ce que les gens sont majoritairement mauvais ?

Non. L'être humain est majoritairement bon, et quelques-uns, les quelques 1 % ou 0,1 %, malheureusement, c'est sur eux que tu es tombé. Les autres étaient juste vaguement toxiques, mais ce n'était pas aussi terrible que celui que tu as rencontré.

Est-ce que c'est moi qui rends mes relations toxiques ?

Si tu t'observes bien, tu remarqueras que la plupart des gens ont des interactions classiques entre eux, et toi, tu es peut-être ce genre de personne qui va créer plus d'intensité chez les autres. Quand tu es dans l'équation, les choses se dérèglent. Tu as été trop gentil avant la relation toxique, tu as été trop parano après, et ça vient créer une espèce de fragilité qui est attirante pour les gens, une fragilité maintenant recouverte par une couche de protection.

Comment refaire confiance sans me faire piller à nouveau ?

Avec la règle du un pour un : par défaut, tu seras toujours celui qui donne en premier, mais tu attends un en échange. Si tu donnes du temps, des services, de la générosité, et que rien ne revient jamais, ce n'est plus de la gentillesse, c'est de l'autosabotage et de la dépendance affective.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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