Peut-être que dernièrement tu as voulu dire non, mais en fait tu as fini par dire oui. Peut-être aussi que tu as accepté des choses que tu n'aurais pas dû accepter. Et ça finit par te ronger. Tu ravales ce que tu penses, tu t'effaces pour éviter un conflit, et quelques heures plus tard, tu rentres chez toi et tu rumines. Et en plus, tu t'en veux parce qu'encore une fois, tu n'as pas osé dire ce que tu pensais vraiment. Le pire, c'est que tu sais après coup exactement ce que tu aurais dû dire, mais au moment clé où il fallait le prononcer, dire ce fameux non, tu n'as rien dit. Si jamais tu te reconnais dans ces quelques premières phrases, ce qui suit va sûrement t'aider.

Dire non, ce n'est pas un problème de vocabulaire

Poser ses limites, c'est rarement un problème de vocabulaire. Savoir dire non, c'est plutôt facile, tu connais ce mot. Le souci, c'est ce qui se passe en toi au moment où tu devrais prononcer ce fameux non. Tu as peut-être une boule dans le ventre. Peut-être aussi que tu as peur d'être rejeté, peur de ce que l'autre va penser. Tu te sens peut-être même coupable avant même d'avoir osé dire ce que tu voulais dire. Et dans ta tête, il y a peut-être un scénario catastrophe qui se lance au moment de vouloir dire non. Je ne peux pas lui faire ça, il va mal le prendre, il va penser que je suis égoïste. Je risque même de perdre cette personne, qui est quand même ma femme, mon mari, mon meilleur ami, mon boss. Si tu ressens tout ça, rassure-toi, ce n'est pas parce que tu es faible. Tu agis comme ça parce que psychologiquement, c'est trop dur de dire non. Et si le mot non n'est pas très dur à dire techniquement, il y a autre chose qui pourrait te suivre pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, c'est ta culpabilité, celle que tu te crées tout seul.

Pourquoi dire non est si dur pour toi

Ça peut être l'éducation, pour commencer. En grandissant, tu as peut-être appris par ton père ou par ta mère qu'il fallait être sage pour être aimé. Il ne faut surtout pas trop déranger, mon petit. Ne prends pas trop de place. N'exprime pas ta colère. On n'en veut pas de tes émotions ici. Et tu as compris très tôt que l'amour qu'on te donnait avait une condition : tu seras aimé si tu es un enfant docile. Malheureusement, cette croyance ne t'a probablement jamais quitté. Et aujourd'hui, à chaque fois que tu veux poser cette limite, ton cerveau déclenche toujours la même alarme. Si jamais je dis non, alors on va m'abandonner.

Mais ça peut venir aussi d'autres choses, comme par exemple de la dépendance affective. Tu souffres peut-être d'une blessure de rejet ou d'abandon. Concrètement, ça signifie que ta valeur personnelle ressentie, celle que toi-même tu penses de toi, dépend du regard des autres. Tu as besoin qu'on t'approuve, qu'on te dise que tu es une personne bien pour te sentir légitime. Contredire quelqu'un, c'est risquer quelque chose qui te fait peur : le rejet et l'abandon à nouveau. Donc tu n'as pas peur du mot non, tu as peur de ce que ce non va te coûter par la suite. Tu as peur que le non fasse partir l'autre.

Ça peut être aussi de l'hypersensibilité. Toi, par exemple, tu ressens tout. Chaque microchangement dans la voix de l'autre, chaque clignement d'yeux, chaque façon de poser son corps. Tu observes les signaux faibles, ceux que la plupart des gens sur terre ne voient pas du tout. Et chacun de ces signaux, tu vas les interpréter comme une confirmation. Le fait que je m'oppose ou que j'aie une autre idée que lui, il l'a mal pris, et donc j'aurais dû me taire. Sauf que ce que tu ressens, ce que tu captes, n'est pas forcément la réalité. Ce n'est pas forcément ce que l'autre ressent. C'est juste que ton radar émotionnel est extrêmement sensible. Il est déréglé par l'anxiété.

Une quatrième cause qui fait que tu as du mal à dire non, c'est le besoin d'être quelqu'un de bien, quelqu'un qui est apprécié. Parce qu'il y a un mécanisme que peu de gens connaissent, qui s'appelle construire un scénario de la bonne personne. Je veux être vu comme quelqu'un de bien, comme quelqu'un qui aide, comme quelqu'un qui écoute, comme quelqu'un qui dit oui, comme quelqu'un qui est toujours d'accord. Et si jamais tu posais une limite, dans ta tête, ça signifierait que tu vas changer ton identité. Potentiellement, tu pourrais ne plus être aimé. Et toi aujourd'hui, tu n'es pas très à l'aise avec le fait qu'on te qualifie d'égoïste, de froid ou d'ingrat. Alors tu préféreras te sacrifier, te flageller, tu préféreras souffrir en silence plutôt que de toucher à l'image que tu as construite pour toi tout seul. Donc si je résume, poser ses limites, ce n'est pas un souci de caractère. C'est un ensemble de schémas appris, de blessures anciennes et de mécanismes de protection. La bonne nouvelle, c'est que tout ce qui a été appris peut être désappris.

Arrête de te justifier

Voyons maintenant comment faire pour poser ses limites. Tout d'abord, quand quelqu'un te demande un service et que tu as envie de dire non, arrête de te justifier. Dans le temps, si jamais tu voulais dire non, tu allais écrire non, virgule, puis une tonne de justifications. Non, désolé, je ne peux pas en ce moment parce que c'est compliqué. Je dois faire un truc, ma mère m'a dit que ceci, mon chien est malade. Donc je ne peux pas. Dès à présent, stop. Si jamais tu dis non, tu arrêtes de t'expliquer, tu arrêtes de te justifier. Plus tu donneras de phrases à l'autre pour justifier ça, et plus potentiellement il peut venir ouvrir l'une des portes pour te la changer. Ton chien est malade ? Pas de souci, je te le garde ce soir. Il y a un souci avec ta femme ? Je lui parlerai. Chaque justification devient une porte que tu laisses ouverte pour qu'il puisse potentiellement insister. Un non n'a pas besoin de raison. Tu peux dire par exemple : « Non, désolé, je ne peux pas cette fois-ci. » La phrase est complète. Ne mets pas de « parce que » après. Non, juste non. Point. Et si jamais tu paniques, tu peux éventuellement, en option, ajouter : « J'espère que tu trouveras quelqu'un pour t'aider. » Ça ferme la porte, et pour autant tu restes humain.

Quand quelqu'un dépasse tes limites : nomme ce que tu observes

Deuxième situation, quelqu'un te parle mal, te manque de respect ou dépasse tes limites. C'est un peu plus difficile, mais on va y arriver. Plutôt que de te dire trois heures après, sous ta douche, « j'aurais tellement dû lui répondre ça », je te donne la technique dès maintenant. Commence par nommer ce que tu observes. Par exemple, au lieu de dire « tu es irrespectueux », n'accuse pas. Dis plutôt : « Lorsque tu me parles sur ce ton, je ne me sens pas respecté. » Quand il se passe X, je ressens Y. Et la différence est énorme. La première version attaque. La deuxième montre ton fonctionnement. Et si jamais en posant ta limite, l'autre insiste, se moque de toi ou te rabaisse en te disant « mais tu es égoïste, tu n'étais pas comme ça avant », ne rentre surtout pas dans le débat. Ne te justifie pas, et s'ils insistent, dis juste : « Je comprends que ça te frustre. » Point. Tu valides l'émotion de l'autre sans pour autant changer ta propre position. Et surtout, tu ne te justifies plus jamais.

La réaction de l'autre n'est pas ta responsabilité

Même avec un script parfait en tête, il y a toujours cette peur qui peut revenir et qui peut te paralyser. Tu te dis : l'autre va mal le prendre. Garde en tête que tout d'abord, la réaction de l'autre n'est pas ta responsabilité. Répète cette phrase. Quand tu dis non et que l'autre s'énerve, le souci n'est pas ta limite. Le souci, c'est que l'autre n'arrive pas à accepter une limite. Et ça, tu n'y peux rien. Tu n'es pas responsable des émotions des autres. L'autre n'arrive pas à gérer sa frustration ? C'est son problème. Et au passage, tu vas redécouvrir tout ton entourage. Une personne saine devrait accepter un non, devrait être calme. Viens m'aider pour déménager. Non, désolé, je suis pris. OK, j'appelle quelqu'un d'autre. Ça, c'est une discussion qui est saine. Si maintenant on t'appelle, viens m'aider à déménager, non désolé je ne peux pas, et bien tu es un monstre, tu es égoïste : c'est que cette personne n'accepte pas une situation saine avec une limite saine. Elle se comporte comme un enfant qui n'accepte pas la frustration d'un non.

Et donc répète cette phrase après moi : la personne qui te rejette parce que tu poses une limite te rend service. Si quelqu'un t'aime uniquement quand tu dis oui à tout, cette personne ne t'aime pas toi, elle aime les services que tu lui rends. Et le jour où tu arrêtes de tout donner, bizarrement cette personne s'en va. Eh bien du coup, tant mieux. Oui, tu risques de perdre des gens. Tu vas dégager de ton entourage tous ceux qui profitent de toi et tu vas garder les gens qui te respectent. La première fois que tu le feras, tu vas faire cohabiter en toi deux choses : du courage d'avoir dit non, mais aussi de la terreur. Laisse-les cohabiter. Tu auras envie de renvoyer un message pour adoucir, ne le fais pas. Observe-toi. Apprends à ton corps que tout se passe bien. Je pense que j'ai été trop dur ? Non, pas du tout. Si tu te poses la question, ce n'est pas que tu as été trop dur, c'est que tu as été sensible. Les gens durs ne se posent pas ce genre de question. Le simple fait que tu t'inquiètes prouve que tu es quelqu'un d'empathique, qui fait attention aux autres. Et c'est cette même empathie qui t'a empêché de poser des limites pendant des années.

Accepter de ne pas être aimé par tout le monde

La dernière étape, c'est d'accepter de ne pas être aimé. Et c'est peut-être la partie la plus difficile à entendre. Au moment où tu vas poser tes premières limites, il y a des gens qui clairement ne vont pas apprécier ça. Mais il faut accepter la vérité : tu ne peux pas être aimé par tout le monde. Il est techniquement impossible que tu sois aimé par 10 personnes sur 10. Tu ne peux pas faire cohabiter la vraie version de toi-même avec le fait de vouloir être aimé par tout le monde.

Au moment où tu poseras tes premières limites, tu vas découvrir qu'il y a des gens avec qui c'est plus ou moins simple. Par exemple, avec ton partenaire, c'est peut-être le plus complexe. Peut-être même que tu as été casté à la base pour avoir ce genre de comportement, à tout accepter. Il y a aussi cette croyance invisible dans le couple : si je l'aime et s'il m'aime, je dois dire oui à chaque fois. Et c'est ce qui fait que tu acceptes peut-être un week-end dans sa famille alors qu'en réalité, tu as juste besoin de souffler. Tu dis oui à des trucs qui ne te plaisent pas, et à force, il va se passer un truc qui est terrible : tu commences à en vouloir à la personne que tu aimes parce que tu n'arrives pas à lui dire non. Sache que dire non à son ou sa partenaire, ce n'est pas un acte qui va contre la relation. C'est un acte où tu montres qui tu es. Au moment où tu dis non, on comprend mieux ton caractère. C'est un acte qui est là pour la relation. Ensuite, il y aura tes parents, ta famille, ceux qui sont à l'origine de t'avoir appris à ne pas savoir dire non. Arriver à poser une limite à sa mère et à son père, c'est remettre en question une dynamique qui existe depuis que tu es né. Donc commence par t'entraîner avec ceux qui sont les plus simples. Monte doucement en gamme. Entraîne-toi, prends confiance en toi, et tout d'un coup ça va devenir extrêmement simple parce que tu auras l'habitude. Garde bien en tête que poser ses limites, ce n'est pas devenir froid, ce n'est pas devenir égoïste, c'est apprendre à se traiter soi-même avec le même respect que celui que tu donnes aux autres depuis toujours.

Tu veux apprendre à poser tes limites sans culpabiliser ? On peut travailler ça pas à pas en coaching.

Questions fréquentes

Pourquoi je me sens coupable après avoir dit non ?

Si tu fais tout bien et que tu te sens quand même coupable au bout d'une heure ou deux, rappelle-toi que ce n'est pas grave. C'est ton ancien système de dépendance affective, d'hypersensibilité ou d'éducation qui se réveille. Tu vas lui apprendre que tu as le droit de dire non et que ça se passe bien.

Est-ce que je risque de perdre des gens en posant mes limites ?

Oui, tu risques de perdre des gens. Mais la personne qui te rejette parce que tu poses une limite te rend service. Tu vas dégager de ton entourage tous ceux qui profitent de toi et tu vas garder les gens qui te respectent.

Dire non à mon partenaire, c'est aller contre la relation ?

Non, dire non à son ou sa partenaire, ce n'est pas un acte qui va contre la relation. C'est un acte où tu montres qui tu es. Au moment où tu dis non, on comprend mieux ton caractère. C'est un acte qui est là pour la relation.

Est-ce que ça devient plus facile avec le temps ?

Ce sera peut-être dur la première fois, la deuxième fois un petit peu moins dur, la troisième fois encore un peu moins. Tu es en train d'éduquer ton système, et plus tu avances, plus c'est facile de dire non. Et un jour, dire non sera jouissif, parce que tu auras obtenu un nouveau super pouvoir.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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