Si je te dis que tu détruis tout ce qui te rend heureux, tu me répondras : ah non, pas du tout, ce n'est pas mon cas, je ne vois pas de quoi tu parles. Laisse-moi quelques instants et on vérifie ensemble. Tu rencontres quelqu'un de bien et tu trouves le moyen de tout faire foirer. Tu décroches un job, tu démarres un projet, et puis finalement tu laisses tomber. Tu te sens bien en couple depuis quelques semaines et tout d'un coup, tu commences à imaginer des scénarios catastrophes. Tu sais inconsciemment que tu es en train de le faire, et pourtant tu le fais quand même.

L'autosabotage, ce n'est pas un problème de motivation, ce n'est pas non plus un manque de volonté. Ça ne veut pas dire que tu es nul ou que tu es incapable. L'autosabotage, c'est ton cerveau qui essaie de te protéger. Sauf qu'il te protège tellement bien qu'il t'empêche de vivre. Quasiment tout le monde te dira : travaille la confiance que tu as en toi, arrête d'avoir peur. Comme si, bien sûr, tu n'y avais jamais pensé. L'autosabotage prend des formes qui sont très différentes, et tant que tu n'as pas identifié la tienne, ton type d'autosabotage, tu ne peux pas t'en sortir. Alors aujourd'hui, c'est ce qu'on va faire ensemble. Il y a quatre visages à l'autosabotage.

Le saboteur amoureux

Le premier, c'est le saboteur amoureux. Admettons que tu sois dans une relation amoureuse et tout se passe bien, réellement bien, aucun souci. Tout d'un coup, tu commences à chercher des défauts chez l'autre. Tu deviens par exemple distant, ou alors tu provoques une dispute pour rien. En réalité, tu testes la relation pour voir si elle résiste. Ou encore, tu peux mettre plus de temps à répondre à des messages pour voir si l'autre insiste, ou tu annules un plan à la dernière seconde. Ou encore, tu restes distant un soir pour voir si l'autre vient te chercher. Chaque test que l'autre rate devient une preuve qu'il ne t'aime pas assez. Tu peux aussi mentalement comparer ton couple à celui des autres, ceux que tu vois dans ton entourage, tes amis, ou encore comparer ton couple aux films ou aux gens qui sont sur Instagram. Ou encore, tu ne présentes pas ton partenaire à tes proches, au cas où. Ou alors, tu gardes une application de rencontre installée sur ton téléphone, juste pour voir. Tu peux aussi fantasmer sur quelqu'un d'autre dès que dans ton propre couple ça devient sérieux.

Ou encore le soir, tu regardes ton téléphone lorsque l'autre te raconte sa journée, ou tu vas répondre par des « hm hm, oui, oui, OK » lorsqu'il veut avoir une vraie conversation avec toi. Tu vas aussi parfois remplacer l'intimité émotionnelle, celle où on se connecte vraiment en parlant, par du sexe, ou par le fait de voir des séries, ou par simplement les choses du quotidien. Ou encore, tu peux lui répéter qu'il trouvera mieux que toi. Ou alors tu minimises tes qualités, ou tu vas minimiser les siennes. Si jamais l'autre en face devient silencieux, alors c'est un rejet. S'il est en retard, alors c'est une trahison. Si l'autre me fait une remarque anodine, alors c'est une preuve qu'il ne m'aime plus. Et à force de tester la relation, bien évidemment, elle se casse. Chaque structure surchargée finit par céder. Et toi, à ce moment-là, tu dis : « Tu vois, ça ne marche jamais. »

Le saboteur de succès, le saboteur social et le saboteur silencieux

Le deuxième visage du saboteur, c'est le saboteur de succès. Par exemple, tu vas procrastiner sur un projet qui compte vraiment pour toi. Alors, pas des petits trucs, ceux-là tu es bien capable de les faire au quotidien. Non, non. Le truc, la chose importante que tu repousses, c'est un dossier que tu vas rendre en retard. C'est la formation que tu as commencée et que tu ne finis jamais. Ce sont les travaux dans la salle de bain dont tu as tous les plans mais tu n'as rien commencé. Tu arrêtes toujours à 80 %. Tu ne vas jamais jusqu'au bout.

Le troisième saboteur, ça s'appelle le saboteur social. Tu vas par exemple annuler des événements au dernier instant. Désolé, je ne peux pas venir, ou même tu n'envoies rien. Ou alors tu vas te retirer lorsque les gens deviennent trop potes avec toi. Ou encore tu fais des blagues où tu vas t'autocritiquer, ou alors où tu vas rabaisser les autres de manière à ce que tout le monde baisse ses attentes. Tu peux aussi essayer de convaincre les gens que tu n'es pas si intéressant, et ensuite, bizarrement, tu souffres d'être seul.

Le quatrième visage du saboteur, c'est le saboteur silencieux, et c'est le plus fourbe. Tu ne sabotes pas en faisant des actions, mais par de l'inaction. Par exemple, tu ne postules pas, ou encore tu ne rappelles pas, ou encore tu ne dis pas ce que tu ressens, ou alors tu ne saisis pas l'opportunité quand elle est là, juste devant toi, parce que tu préfères imaginer 500 histoires dans ta tête qui pourraient se passer plutôt que d'agir. Et puis tu te dis : de toute façon, ce n'était pas pour moi. Sauf qu'en réalité, tu n'as jamais essayé. Tu peux aussi être dans plusieurs catégories. La question, maintenant que tu l'as identifié, c'est pourquoi est-ce que tu fais ça ? Et surtout, comment faire pour le résoudre ? Il y a trois mécanismes de l'autosabotage qui sont bien distincts.

Le handicap volontaire

Le tout premier, c'est le handicap volontaire, et je vais t'expliquer une expérience qui a eu lieu en 1978. Deux chercheurs, Berglas et Jones, ont fait une expérience. Ils ont donné à des étudiants le choix entre deux pilules juste avant un examen qui était très important. La première pilule améliore la concentration, l'autre la détériore. Résultat : les étudiants qui pensaient que leur récente bonne note était due à la chance ont choisi la pilule qui les rendait moins performants. Parce que si je prends cette pilule qui me rend moins performant, en cas d'échec, je peux dire que c'est à cause de la pilule. Et si je réussis malgré la pilule, alors je peux dire que je suis un génie. Dans les deux cas, leur ego était protégé.

Et c'est exactement ce que tu fais quand tu sors par exemple la veille d'un entretien important, ou quand tu ne révises pas un examen, ou quand tu ne t'entraînes pas pour cette compétition, ou quand tu déclenches une dispute la veille d'un week-end amoureux, ou lorsque tu repousses ce coup de fil jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Tu te fabriques un alibi en cas d'échec. Il y a un signe qui ne trompe pas, et dis-moi si tu l'as, celui-ci : à un moment donné, on dit la phrase « oui, mais je n'avais pas vraiment essayé », ou alors « si j'avais voulu, j'aurais pu ». Cette phrase, c'est la signature du handicap volontaire.

Le thermostat intérieur

Le mécanisme numéro 2 s'appelle le thermostat intérieur. L'autosabotage ne se déclenche pas toujours au moment où ça va mal. Souvent, bizarrement, il se déclenche quand ça va bien. Le psychologue Gay Hendricks appelle ça le upper limit problem, le problème du plafond. L'idée est simple. Chacun d'entre nous a un thermostat intérieur qui définit le niveau de bonheur qu'on s'autorise. Quand tu dépasses ce niveau, trop de bonheur, trop de succès, trop de stabilité, ton cerveau arrive en panique parce qu'il ne reconnaît pas cet état, et il fait tout pour te ramener vers le bas, vers ce qu'il connaît. Le signe qui ne trompe pas, c'est que tes pires décisions arrivent toujours dans les meilleures périodes. Et dans ce mécanisme numéro 2, si tu regardes dans ta vie, dans le passé, tu remarqueras que tu as souvent tout fait exploser au moment où ça allait bien.

La prophétie autoréalisatrice

Le mécanisme numéro 3, c'est la prophétie autoréalisatrice. Tu portes une croyance en toi. Peut-être que cette croyance c'est « je finirai seul », ou encore « je ne mérite pas ». Ou alors « je dois faire comme mes parents », ou plus spécifiquement comme ma mère ou comme mon père. Ou peut-être encore que l'argent n'est pas fait pour moi. Ou peut-être que je ne suis pas fait pour être heureux, ou encore il va forcément se passer une catastrophe. Tu ne la formules pas forcément de manière claire dans ta tête, mais inconsciemment, elle est là, en arrière-plan, depuis longtemps. Et ton cerveau déteste la contradiction. Il va t'amener à agir de manière à confirmer ce que tu penses déjà. C'est pour ça que certaines personnes reproduisent exactement les mêmes schémas avec des partenaires différents, dans des villes différentes, à des années d'intervalle. C'est la cohérence interne du cerveau qui fait son travail. Le signe qui ne trompe pas, c'est que tu as l'impression que c'est toujours pareil, les mêmes fins, les mêmes déceptions, quels que soient les gens, quels que soient les contextes.

Comment désactiver ces mécanismes

Tout d'abord, le premier test, c'est celui qui s'appelle le test du une seule fois, qui est très efficace sur le handicap volontaire. Ton problème, c'est que tu ne t'es finalement jamais vu réellement échouer toi-même. Tu as toujours une excuse, un filet de sécurité. Tu ne sais pas réellement ce que ça fait que d'essayer à fond et de se planter. Alors, l'exercice aujourd'hui, c'est : choisis un truc, un seul, et fais-le à 100 %. Prépare l'entretien sérieusement. Entraîne-toi avant la compétition. Investis-toi dans la relation sans garder un pied dehors. Juste une fois. Et ce qui va se passer est très simple. Soit tu réussis et tu réalises que tu en étais capable depuis le début, soit tu échoues et tu découvres que l'échec réel est moins terrible que l'échec imaginaire que tu évites depuis des années.

La deuxième technique pour mettre fin à cet autosabotage, c'est d'apprendre à rester, ce qui est efficace sur le thermostat. Ça va te paraître bizarre, mais ton exercice, c'est de ne rien faire. Quand tout va bien et que tu sens que tu as envie de provoquer cette fuite, de casser quelque chose, ne fais rien, reste. Ton cerveau va te dire : c'est dangereux de rester, ça ne peut pas durer, il faut que tu agisses. À ce moment-là, n'écoute pas ton cerveau. Assieds-toi avec l'inconfort, laisse passer 10 minutes, une heure, une nuit. Et à chaque fois que tu restes sans saboter, eh bien tu viens déplacer doucement ton thermostat d'un cran. Tu apprends à ton cerveau que le bonheur n'est pas un danger.

Le troisième exercice, c'est celui de trouver la phrase clé, qui est efficace sur la prophétie. Quelque part en toi, il y a une croyance qui dit « je ne mérite pas », « ça finit toujours mal », ou encore « les gens partent ». Et c'est peut-être tellement ancien en toi que tu ne le vois même plus. Mais pourtant, ça dirige aujourd'hui toutes tes décisions. L'exercice est simple. Écris-le noir sur blanc, et ensuite confronte ça aux faits. Est-ce que ça finit toujours mal, réellement ? Est-ce que c'est le cas avec tout le monde ? Fais la liste, et tu vas réaliser que ce que tu appelles un « toujours », c'est peut-être juste deux ou trois fois, mais que ton cerveau a généralisé à partir d'un échantillon minuscule. Parce que j'ai échoué il y a six ans, une fois, alors j'échouerai tout le temps. Non, c'était juste une fois. Ça ne fait pas disparaître la croyance du jour au lendemain, mais ça va créer un doute suffisant pour pouvoir travailler cette croyance par la suite.

Pour conclure, l'autosabotage n'est pas une fatalité. C'est un schéma qui peut se déprogrammer, à condition de comprendre lequel tu portes, et aussi d'avoir envie de travailler sur toi, d'accepter de passer par des moments qui sont désagréables parfois, puis évoluer. Aujourd'hui, tu as identifié ton visage et tu as compris le mécanisme. C'est déjà plus que ce que la plupart des gens font en toute une vie. Toi, tu as ouvert une porte, maintenant va juste voir ce qu'il y a derrière.

Tu as reconnu ton saboteur et tu veux le déprogrammer pour de bon ? Je peux t'accompagner en coaching.

Questions fréquentes

L'autosabotage est-il un manque de volonté ?

Non, l'autosabotage n'est pas un problème de motivation, ni un manque de volonté. Ça ne veut pas dire que tu es nul ou que tu es incapable. C'est ton cerveau qui essaie de te protéger, sauf qu'il te protège tellement bien qu'il t'empêche de vivre.

Pourquoi est-ce que je sabote quand tout va bien ?

Chacun d'entre nous a un thermostat intérieur qui définit le niveau de bonheur qu'on s'autorise. Quand tu dépasses ce niveau, ton cerveau arrive en panique parce qu'il ne reconnaît pas cet état, et il fait tout pour te ramener vers ce qu'il connaît. C'est pour ça que tes pires décisions arrivent toujours dans les meilleures périodes.

Comment reconnaître le handicap volontaire ?

Il y a un signe qui ne trompe pas : à un moment donné, on dit la phrase « oui, mais je n'avais pas vraiment essayé », ou alors « si j'avais voulu, j'aurais pu ». Cette phrase, c'est la signature du handicap volontaire. Tu te fabriques un alibi en cas d'échec.

Une thérapie peut-elle aider contre l'autosabotage ?

L'avantage de la thérapie, c'est qu'on peut voir des choses qu'on n'est pas capable seul de voir. Chaque être humain ne peut pas voir ses propres zones d'ombre, sinon on serait des demi-dieux sur terre. Il faut un tiers pour nous aider parfois à les voir et à mieux les comprendre, pour ne pas souffrir seul pendant des années.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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