Le sujet du jour va peut-être complètement changer votre vision de votre couple, ou peut-être même d'un couple que vous avez vécu précédemment. Pourquoi est-ce qu'une personne toxique pense sincèrement, fondamentalement, être quelqu'un de bien ? Quand tu regardes dans ses yeux, ce que tu vois, ce n'est pas un mensonge. C'est quelqu'un qui te fait du mal en pensant être bon.

Si toi, tu es câblé normalement, a priori, quand tu fais du mal à quelqu'un, tu le sais, tu en as conscience. Ton empathie se déclenche et tu te dis : là, j'ai fait quelque chose de mal. Quand ça t'arrive, tu t'excuses, peut-être même dix fois trop au passage. Et tu remarqueras que là, ce n'est pas le cas. Il devrait s'en vouloir, ce n'est pas le cas. Il devrait s'excuser, ce n'est pas le cas non plus. Et toi, ça vient bouffer ta vie de couple et ta santé mentale, parce que tu y penses tout le temps.

La blessure de la honte, une racine invisible

Je vais parler de ce qu'on pourrait appeler la blessure de la honte, qui est totalement invisible. Si la personne qui est en face de toi dans ton couple a vécu une honte étant jeune, très probablement son père a créé ça, ou sa mère. Le terme « blessure de honte », ce n'est pas un terme clinique. Le vrai terme clinique, c'est la propension à la honte. Cette racine de honte va venir créer une forme de violence qui te fera souffrir et qui ne sera pas reconnue, même pas par l'agresseur. Garde ça en tête : la honte va déclencher de la colère et va créer une certaine forme de violence.

Il y a des disputes que tu n'arrives pas à comprendre. Des disputes où, à la fin, c'est toujours toi le problème. Des disputes où on va te dire : ma réaction est normale parce que j'ai juste réagi à ton comportement d'hier soir. Cette personne peut aussi aller fouiller ton téléphone parce que tu n'inspires pas confiance. Ou encore, on va t'humilier devant tes amis en disant que c'est de l'humour. Ce que tu veux, toi, c'est résoudre. Mais à chaque fois que tu tentes de résoudre, l'équation s'inverse. C'est toi le problème, et tu finis par t'excuser et par consoler l'autre pendant que tes amis te disent : tu as bien de la chance d'être avec lui.

Les cinq mécanismes que tu observes au quotidien

Le premier, c'est la comparaison avantageuse. Il te dit par exemple : « Tu as vu comment le mari de Sophie lui parle ? Moi, au moins, je ne suis pas comme ça. » Dans son mécanisme, cette personne va prendre en référentiel le pire. Là où on se dit que nos valeurs morales devraient être guidées par une espèce de conviction qu'il faut être bon, lui, sa valeur, c'est de prendre le pire et de dire : je suis mieux quand même. Moi, au moins, je ne te frappe pas. Moi, au moins, je ne te mens pas. Une femme pourra dire : moi, au moins, je ne te fais pas des crises, pas comme sa femme à lui.

La deuxième chose que tu observes, c'est l'euphémisme. C'est un changement total de dictionnaire. Après coup, vous débriefez et il te dit : « J'ai un peu haussé le ton, mais il faut dire que j'étais fatigué, tu as dit ceci, tu t'es comportée comme ça. » Hurler est remplacé par hausser le ton. Humilier devient : moi, je suis cash, moi, je dis les choses. Surveiller, c'est en fait simplement s'inquiéter pour toi. Punir par le silence, c'est avoir besoin de calme. Contrôler, c'est avoir des valeurs.

La troisième chose, c'est un déplacement de responsabilité. Si tu n'avais pas fait ceci, alors je n'aurais pas fait ça. C'est toi qui cherches. C'est toi qui m'as déclenché. Cette personne n'agit pas, ce n'est pas de sa faute, elle se contente de réagir.

La quatrième chose, c'est la réécriture des souvenirs. Là, on parle de dissonance cognitive. C'est une personne qui ne va retenir de cette soirée que la partie qui l'arrange. Et c'est ça qui est perturbant : une personne qui ment, tu sais la reconnaître. Là, tu observes une personne qui est sincèrement convaincue d'avoir vu autre chose que toi. Son cerveau, sur les 20 000 choses qu'on peut observer dans une journée, n'a gardé que les cinq points qui arrangeaient sa propre histoire.

Et le cinquième et dernier point, c'est le DARVO. Tu arrives avec des captures d'écran, des faits, des témoins qui ont vu que quelque chose n'allait pas. Il récupère l'info et te la renvoie. DARVO, c'est nier, attaquer, inverser la victime. C'est lui qui devient victime de toi, et non pas l'inverse, et toi, tu deviens son bourreau.

Les quatre postures de cette violence

Si je demandais à quelqu'un qui n'y connaît rien en psychologie ce qu'une blessure de honte peut créer comme violence, il me dirait probablement : je pense que c'est une forme de brutalité. Quelqu'un qui va hausser le ton, qui peut même parfois taper dans les murs. Et ce n'est pas faux, ça arrive. Chacun va utiliser l'arme qu'il possède. Mais le brutal, c'est peut-être pas celui qu'on retrouve le plus souvent, parce qu'il est vite repéré. Le brutal, c'est juste la partie visible de l'iceberg. Il y a plein d'autres violences beaucoup plus fines, et qui peuvent faire souffrir encore plus.

Il y a par exemple cette étude qui dit qu'une personne qui ne te parle pas, ce qui s'appelle du stonewalling, une personne qui est froide, fera encore plus souffrir que certains types de violence physique.

Tout nouveau depuis deux ans, c'est le therapy speak sur les réseaux sociaux. C'est quelqu'un qui va avoir les bons mots, quasiment comme un thérapeute pourrait parler. Il va te dire, par exemple : tu projettes, tu es dans le déni, c'est ton anxiété d'abandon qui parle, tu manques de régulation émotionnelle. Parler comme un thérapeute, c'est un peu comme monter sur une chaise. Ça signifie : je suis plus haut que toi. C'est malin, c'est fin, c'est prendre le discours du psychologue pour t'analyser. Mais tu remarqueras une chose : ça analyse toujours dans son sens. Toi, tu es analysée au microscope. Lui, par contre, il ne s'analyse jamais.

Mais la blessure de honte peut aussi avoir un autre visage qu'on ne verrait pas arriver. Cette femme gentille, cet homme adorable, c'est indétectable. À la fin, tu as pitié de lui. Il va te dire : je suis un monstre, je suis le pire des copains, je ne mérite pas tout ça, tu mérites mieux que moi, je ne sais même pas pourquoi tu restes avec moi. Tu as juste envie de le prendre dans les bras et de dire : non, ça va, tu n'es pas un monstre, je t'aime. C'est une personne qui va amplifier les problèmes pour que tu la rassures.

Un ego menacé, pas un manque de confiance en soi

La plupart des gens pensent qu'une blessure de honte crée un manque de confiance en soi. Mais il s'avère que c'est faux. La violence ne vient pas d'un manque de confiance en soi, elle vient d'un ego qui est menacé. À huit ans, le petit garçon renverse son verre et le père dit : « Tu es vraiment bon à rien, arrête de chialer. » On vient de dire à ce garçon qu'il ne vaut absolument rien. On n'a pas critiqué le geste, on a critiqué sa personnalité entière. Un enfant ne peut pas vivre avec l'idée qu'il ne sert à rien. Alors, il va construire une carapace au-dessus : une personne qui a extrêmement confiance en elle. Mais il y a une honte cachée, qui est inconsciente.

Donc, une personne qui a une propension à la honte a construit sa personnalité sur le fait d'avoir confiance en elle. Le danger, ce n'est pas qu'elle manque de confiance. Le danger, c'est lorsque cette confiance est ébranlée, quand il se passe quelque chose qui vient contredire sa confiance en lui, lorsque l'ego est menacé.

On parle d'une triade. Tout d'abord, il y a une violence qui est subie ou observée, par exemple sur le frère, sur la sœur ou sur la mère. Ensuite, une humiliation qui attaque le soi global : tu es un enfant qui ne sert à rien. Mais aussi de l'attachement insécure, le principe de donner de l'attention ou de la critique de manière intermittente. L'enfant va apprendre ça et il va garder ça pendant toute sa vie. S'il a 40 ans, il gardera cette propension à la honte. La honte, pour lui, c'est la mort. Ça, c'est la racine. La colère, ce qui va en découler, ce sera la sortie de secours de la honte.

Culpabilité ou honte : la différence qui change tout

Il faut faire une différence entre la culpabilité et la honte. La culpabilité, c'est : j'ai fait quelque chose de mal. On juge un geste et non pas la personne. Un comportement problématique, ça se corrige. Une mauvaise personne, par définition, ça ne se corrige pas. La honte, c'est : je suis quelqu'un de mauvais. La culpabilité, ce n'est pas agréable, mais ça se gère, ça se répare. Je me sens coupable, je vais changer des choses en moi. La honte, ça ne se répare pas. Tu ne peux pas t'excuser d'exister.

Et pense aussi à quelque chose qui est un gigantesque détail : la honte, elle est égocentrique. Un partenaire qui est submergé par la honte, même de manière inconsciente, n'est plus du tout occupé par ta douleur. Pourquoi est-ce qu'il se pense être la bonne personne ? En réalité, il est occupé par sa propre honte. Il ne peut pas être dans l'empathie de ce que toi, tu vis, quand lui est centré uniquement sur lui. La colère vient anesthésier la honte. Toute la violence est une tentative de remplacer la honte par de la fierté.

Et là, erreur de parcours : tu dis à l'autre « tu m'as blessée ». Tu penses que ça va arriver dans sa case culpabilité. Malheureusement, tu te prends un mur. Ça va arriver dans une autre case, celle que tu voulais surtout ne pas déclencher : la case honte. Et là, c'est le départ de l'incendie dans la maison. C'est le départ de la violence.

Le menteur sincère : pourquoi il ne voit pas le mal qu'il fait

Imaginons que tu aies une blessure dans le dos, une brûlure. Dans une soirée, une personne passe près de toi et te touche exactement là. On parle d'un réflexe. C'est-à-dire que c'est ton corps qui va bouger avant même que ton cerveau décide quoi que ce soit. Dans le cas de la propension à la honte, on est exactement dedans, de l'ordre du réflexe. Cette personne va agir avant même d'avoir conscience de quoi que ce soit.

Toi, tu arrives avec tes captures d'écran, tes dates, et tu viens réactiver un trauma très ancien qui va se transformer, dans une temporalité de l'ordre du réflexe, en agression. Et si tu te demandes pourquoi cette personne te regarde dans les yeux en étant aussi sûre d'elle, c'est parce que son cerveau vient créer une auto-illusion qui ne doit pas réactiver la honte. Tous ces souvenirs vont se transformer pour ne surtout pas venir retoucher cette fameuse honte initiale. Tu as affaire à ce qu'on pourrait appeler un menteur sincère. Dans ses yeux, quand il te regarde, c'est toi le problème.

Comment est-ce qu'on résout ça ? Il faut que cette personne aille traiter sa blessure de honte, sa propension à la honte. Ça ne se fait pas dans une vidéo de quinze minutes. Ça se fait avec un professionnel. Et aujourd'hui, ce n'est plus à toi de marcher sur des œufs pour ne pas déclencher cette honte. Vivre vingt ans avec quelqu'un qui se traîne ça, relire trois fois son SMS avant de lui envoyer, se demander si chaque soirée va dégénérer ou pas, ce n'est pas vivable. Et ça se travaille, et ça se résout.

Tu passes ton temps à t'excuser dans des disputes que tu ne comprends pas, et tu veux enfin y voir clair sur ta situation ? On peut la poser à plat ensemble en coaching.

Questions fréquentes

Pourquoi ne se rend-il pas compte du mal qu'il me fait ?

C'est la question légitime que tu te poses depuis des mois. Est-ce qu'il ment ? Est-ce qu'il le fait exprès ? Pourtant, c'est lisible sur ton visage : tu ne dors plus, tu t'énerves, tu es sur la défensive. Il voit que tu vas mal. Mais une personne submergée par la honte est occupée par sa propre honte, et son cerveau transforme les souvenirs pour ne surtout pas venir la retoucher.

A-t-il conscience de sa blessure de honte ?

Parfois, dans une minorité de cas, ils n'en sont pas conscients. Majoritairement, ils s'en rappellent. Peut-être que tu as été à un dîner de famille avec les beaux-parents, qu'on t'a rapporté des scènes où le père était un peu dur, la mère un peu dure aussi, ou l'un des deux dur et l'autre laxiste. Et cet enfant est venu créer cette personnalité, ce masque, ce costume de quelqu'un qui a toujours confiance en lui.

Est-ce que seuls les hommes fonctionnent comme ça ?

Ne pensez pas que ce sont que les hommes qui sont là-dedans. Il y a eu des études conjointes sur la violence conjugale des hommes et sur la violence des femmes. Les hommes et les femmes ont des armes différentes et ne se comporteront pas exactement de la même manière, mais on retrouve le même mécanisme des deux côtés.

Que faire si je vis ça dans mon couple ?

Au final, tu as deux choix. Le premier, c'est d'accepter sa mauvaise foi, sa violence. Le deuxième, c'est de partir. Le souci, c'est que tu l'aimes, cette personne. Tu as envie de résoudre et tu as l'impression qu'à un rien près, ça pourrait s'arranger. Une tierce personne dont c'est le métier d'aider les gens à aller mieux peut te donner de la clarté sur la situation, pour que tu saches quoi dire et quoi faire de manière concrète.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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