Évidemment que les manipulateurs progressent. La preuve en est : il existe une chaîne entière avec 2000 vidéos sur les stratégies. Au bout d'un moment, elles sont connues. Quand c'est connu, ça ne marche plus. Pense à un virus qui doit progresser pour faire encore du mal. Eh bien, le manipulateur a changé ses phrases, ses comportements. Ce sont des choses qui sont plus douces, qui sont plus psychologiques, et je me suis permis de les regrouper aujourd'hui.
Chaque année, je regroupe les dernières stratégies de manipulation. Celles-ci sont tellement surprenantes. La toute première, tu n'étais pas prêt : je l'ai vue arriver cinq fois en coaching la semaine dernière, chez des hommes comme chez des femmes.
« On n'a pas une bonne connexion émotionnelle »
Ça s'appelle la connexion émotionnelle. C'est un mot de pop psychologie, c'est en gros ce qu'on trouve sur TikTok et Instagram, c'est un peu un buzzword qu'on peut placer aujourd'hui à n'importe quelle sauce. Et la phrase type que tu peux entendre, c'est : « on n'a pas une bonne connexion émotionnelle. » Alors qu'est-ce que c'est, la connexion émotionnelle ? La base derrière ce mot qui ne veut pas dire grand-chose au final, c'est partager sincèrement ses sentiments et ses vulnérabilités. Sauf qu'en fait, dans ton couple, on te le sort à toutes les sauces.
Je vais te faire une analogie par rapport au monde du travail. Quand ton boss te dit « si tu travailles mieux, tu seras augmenté », c'est flou. Travailler mieux, ça veut dire quoi ? Qu'est-ce qu'on cherche à atteindre comme jalon précis ? Et à ce moment-là, combien est-ce que je gagnerai ? En gros, il faut spécifier le travail à faire, spécifier la date de réussite et spécifier un gain. Eh bien là, c'est pareil : on est sur un reproche invérifiable. Il faut que tu améliores ta connexion émotionnelle. Qu'est-ce que ça veut dire ? Comment ? Et la phrase pour désarmer ça, ce serait : donne-moi un moment précis où tu ne t'es pas senti connecté, et ce que tu aurais voulu à la place.
Et la réalité, dans certains cas qui vont plus loin que ça, c'est que ces personnes veulent juste ouvrir tes yeux, que tu sois forcé de regarder, d'écouter leurs histoires pendant des heures. Si tu n'écoutes pas tout ce que je vais te balancer pendant des heures, alors tu n'es pas capable d'une bonne connexion émotionnelle. Sauf que toi, en réalité, tu n'as peut-être pas envie d'entendre l'autre se plaindre pendant cinq jours. Et peut-être aussi que quand tu donnes un conseil, l'autre ne t'écoute même pas. La seule chose qu'il veut, c'est que tu regardes, que tu écoutes, attaché à ta chaise, et qu'il puisse déverser en toi tout ce qu'il raconte.
« ChatGPT dit que tu es un pervers narcissique »
Dans le temps, on disait : « mon psychologue a dit que tu es le problème. » Et d'ailleurs, au passage, ce n'est même pas vérifiable : tu n'étais pas dans la séance, tu ne sais pas ce qui a été raconté, tu n'en sais rien. Là, maintenant, c'est un genre de validation scientifique. Cet outil extrêmement puissant dit que tu es pervers narcissique, dit que tu as un problème, dit que c'est inacceptable.
Sauf qu'en réalité, ces outils, c'est juste des caisses de résonance. C'est-à-dire que c'est juste l'amplification de ce que tu leur dis. Quoi que tu dises, quoi que tu penses, ça va dire comme toi et ça va l'amplifier. Ça va te donner même les bons arguments pour venir bousiller l'autre. Et j'ai eu le cas en séance de personnes dans un couple qui viennent chacun avec leur outil sur leur téléphone pour montrer que c'était l'autre le problème, et chacun pointait l'autre du doigt.
Une autre technique dérivée de celle-ci, c'est : « tous mes amis pensent que tu es ceci, cela. » Peut-être même des gens que tu ne connais pas, à qui tu as assez peu parlé, tu as juste dit bonjour au revoir. Mais encore une fois, le message central part de cette personne qui est en face de toi. C'est juste son récit et son interprétation qui font que ça revient à toi ensuite. Si cette personne raconte avec son prisme, que ce soit à une intelligence artificielle ou à tous ses amis, le résultat sera le même : c'est sa propre pensée, dans sa vision des choses, qui est envoyée à tout le monde et qui t'est ensuite répétée. Alors n'utilise pas ces outils pour ton couple, et ne reste pas en couple avec quelqu'un qui les utilise pour te diagnostiquer. Jamais de la vie.
Jouer le faible : une incompétence stratégique
Le troisième point, c'est jouer le faible. C'est une forme d'incompétence qui est stratégique. Et dans un pays où c'est le sport national de jouer le faible, le faible gagne : plus tu es faible, plus tu as raison, plus on t'écoute. C'est des choses comme « je ne sais pas faire ça, c'est compliqué, toi par contre tu gères tellement mieux ». Et au final, c'est toi qui portes tout sur tes épaules : la charge mentale, l'organisation, les allers-retours. C'est aussi à toi de mieux comprendre votre couple. L'autre ne fera pas d'effort, c'est à toi de tout comprendre pour deux.
Voici un test très simple : dans les domaines qui l'intéressent, lui ou elle, est-ce qu'il est capable de se bouger les fesses ? Est-ce qu'il est capable de prendre des décisions ? Est-ce qu'il est capable d'être moteur ? Si oui, s'il est capable dans un domaine, il est capable dans tous les domaines.
Cette faiblesse stratégique rapporte aux deux, en fait, si on veut être un peu dans notre propre autocritique. Elle rapporte à l'autre parce qu'il n'a rien à faire, tu fais tout. Mais elle nous rapporte aussi à nous, parce qu'on se sent utile : par défaut je ne vaux pas grand-chose, si j'aide alors je suis aimable. Souvent, la meilleure chose, c'est d'arrêter de compenser, de laisser le vide exister. Tu n'es pas capable de le faire ? Dommage. Pas capable de réserver un billet d'avion ? Dommage, moi j'ai le mien. Et tu remarqueras qu'à partir du moment où tu arrêtes de compenser, l'autre se met enfin à fonctionner.
Jouer la victime : elle perce ses propres bouées
La quatrième manipulation, c'est de jouer la victime. On a vu juste avant jouer l'incompétence ; jouer la victime, c'est encore autre chose. C'est des personnes qui vont faire exprès de se placer dans ce rôle. C'est une personne qui est dans l'eau, qui est en train de couler juste suffisamment pour que tout le bateau la regarde, et quand on lui envoie des bouées, elle va les percer. « Non, je me noie toujours, je me noie toujours. » Dans une soirée, cette personne, c'est celle qui va raconter ses pires choses, c'est celle que tout le monde regarde. La victimisation, c'est son identité, c'est sa direction artistique.
Et le gain pour elle est direct : je ne suis pas responsable. C'est la faute du gouvernement, c'est la faute de mes parents, c'est la faute de mes ex, c'est ta faute à toi. Je ne suis responsable de rien, je suis juste victime. Et ses amis vont l'appeler : « mon pauvre, ma pauvre, qu'est-ce que tu deviens ? C'est dur quand même pour toi. » Si jamais tu veux savoir si c'est juste ou pas, regarde ses dernières décisions. Est-ce que ces dernières décisions sont faites pour résoudre les problèmes, ou est-ce qu'à chaque fois que ça pourrait s'arranger, cette personne ne prend pas la perche qui est tendue ? Elle ne prend pas la bonne décision qui lui permettrait de ne plus être victime.
Et qu'on se mette d'accord : être faible, ça arrive à tout le monde, moi le premier. Être victime de quelque chose, ça arrive aussi, c'est humain. Il y a une grosse différence entre « ça arrive » et « c'est ma vie, c'est mon identité, c'est qui je suis ».
Jouer l'évitant : un diagnostic qui autorise tout
La dernière, elle est phénoménale : c'est de jouer l'évitant. C'est un diagnostic qui te permet de faire ce que tu veux. J'ai mis jouer l'évitant, j'aurais pu mettre jouer l'asperger, j'aurais pu mettre jouer le TDAH, ça marche dans les trois cases. La chose se passe comme ça : cette personne en face de toi ne te dit pas qu'elle est évitante, mais quand tu poses ton diagnostic sur elle mentalement, tu te dis « c'est marrant, je pense qu'il est évitant ». Ce n'est pas qu'il m'ignore, ce n'est pas qu'il n'en a rien à faire de moi, ce n'est pas qu'il baisse exprès son implication dans le couple : il n'y peut rien, il est évitant.
Et cette personne, qui l'est peut-être au passage, dans plein de cas ne l'est pas et le sait très bien. C'est juste qu'il y a une telle vague autour des évitants que jouer l'évitant discrètement, en quelques phrases, il vient s'arranger pour que tu poses ce diagnostic. Il te décrit qu'il a parfois du mal à s'impliquer dans le couple, qu'il ne sait pas pourquoi mais qu'il a du mal à ressentir des choses, qu'il a besoin de beaucoup de temps pour lui, que là c'est un peu trop oppressant. En trois phrases subtiles où il ne t'a même pas dit qu'il était évitant, tu vas le penser, et à partir du moment où tu le penses, tu vas tout lui pardonner. Là où en réalité, si ça se trouve, il n'a juste rien à faire, il en fait le minimum.
Et si jamais tu insistes, parce que tu veux le sauver, parce que tu cherches à créer cette fameuse connexion émotionnelle, et au passage ce n'est pas un gros mot, une connexion émotionnelle ça existe vraiment, c'est juste quand c'est poussé tout le temps que ça devient problématique, il va te dire que tu ne respectes pas son fonctionnement, que tu es insensible, qu'il ne marche pas comme ça, lui, dans sa tête.
La manipulation en 2026 est douce
On se rend bien compte que la manipulation en 2026, elle est soft. Elle utilise du vocabulaire thérapeutique, il y a un flou émotionnel, il y a des outils qui sont sensationnels pour n'importe qui de mauvaise foi pour t'en mettre plein la figure. Et ces cinq stratégies exploitent la même faille en toi : tu as peur de passer pour le méchant de l'équation. En gros, c'est « je ne veux pas être dépassé par tout ce qui arrive, je suis quelqu'un qui a aussi ce vocabulaire, donc je le comprends et donc je dois le tolérer ». Ce qui n'est pas le cas.
Tu reconnais une ou plusieurs de ces cinq techniques dans ta relation et tu ne sais plus quoi en faire ? On peut démonter ça ensemble en coaching.
Questions fréquentes
Comment répondre à « on n'a pas une bonne connexion émotionnelle » ?
C'est un reproche invérifiable, comme un boss qui te dit « si tu travailles mieux, tu seras augmenté ». La phrase pour désarmer ça, ce serait : donne-moi un moment précis où tu ne t'es pas senti connecté, et ce que tu aurais voulu à la place.
Peut-on se fier à une intelligence artificielle pour diagnostiquer son partenaire ?
Non. Ces outils sont juste des caisses de résonance : quoi que tu dises, quoi que tu penses, ça va dire comme toi et l'amplifier, et te donner même les bons arguments pour bousiller l'autre. Ne les utilise pas pour ton couple, et ne reste pas en couple avec quelqu'un qui s'en sert pour te diagnostiquer.
Comment savoir si l'incompétence de mon partenaire est stratégique ?
Un test très simple : dans les domaines qui l'intéressent, est-il capable de se bouger, de prendre des décisions, d'être moteur ? S'il est capable dans un domaine, il est capable dans tous les domaines. Et à partir du moment où tu arrêtes de compenser, l'autre se met enfin à fonctionner.
Comment repérer quelqu'un qui joue la victime ?
Regarde ses dernières décisions. Est-ce qu'elles sont faites pour résoudre les problèmes, ou est-ce qu'à chaque fois que ça pourrait s'arranger, cette personne ne prend pas la perche qui est tendue ? C'est quelqu'un qui coule juste assez pour que tout le bateau la regarde, et qui perce les bouées qu'on lui envoie.
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