Je vois beaucoup de publications sur les réseaux sociaux sur le nerf vague. Je me suis documenté, j'ai posé la question à ChatGPT et je suis complètement perdu. Le livre de Sandy Koffman s'appelle S'ouvrir à l'amour, et si la solution se trouvait du côté du nerf vague. Le nerf vague est devenu à la mode dans les cinq dernières années, et c'est quand même une science qui est relativement récente. La théorie polyvagale, qui a été développée par Stephen Porges, est arrivée dans les années 70, donc ce n'est pas si vieux que ça. Et il y a plusieurs écoles, il y a plusieurs orientations. Ce qui fait qu'on peut avoir l'impression qu'il faut aller stimuler son nerf vague et puis on a tout réglé.
Pourquoi est-ce que j'attire toujours le même type de personne ?
Pendant plus de 7 ans, Sandy a répété le même schéma, où les hommes la quittaient pour une autre personne. « Honnêtement, je n'avais pas un problème de volonté. J'étais vraiment prête à me remettre en question. Mais je voyais bien qu'il y avait quelque chose qui était plus fort que moi. J'étais toujours attirée, ces fameux papillons dans le ventre, par des personnes qui à la base n'étaient pas dans la capacité de construire une relation saine. Je voyais bien que ce n'était pas dans le cadre de la volonté. »
Être malheureux ou malheureuse en amour, ce n'est pas un hasard. En fait, on répète les modèles qu'on connaît, et c'est ça qui fait qu'on est attiré par certaines personnes et pas d'autres. Alors que dans notre tête, dans notre volonté, on sait très clairement que ce n'est pas sain. On sait très clairement que ce bad boy, cette personne indisponible, elle va nous rendre malheureuse. Mais c'est ce sentiment que c'est plus fort que nous. Et l'explication à tout ça est assez simple. L'attachement, notre capacité d'être en relation avec les autres, est essentielle à notre survie. Et donc tous ces mécanismes qui sont en lien avec l'attachement sont tellement essentiels à notre survie qu'ils sont enregistrés au niveau de notre système nerveux, dont fait partie le nerf vague. Et c'est ça qui gère toute notre manière de nous comporter en relation. Ce n'est pas par la thérapie, par la parole, que tu vas réussir à changer tes schémas, parce que tu cherches à changer quelque chose au mauvais endroit. C'est dans ton corps, c'est dans ton système nerveux.
Les trois états du système nerveux
Ce que la théorie polyvagale a beaucoup apporté, c'est qu'elle a expliqué que finalement on n'a pas seulement deux états, le sympathique et le parasympathique, on en a trois différents. Ton système nerveux autonome peut être dans trois états différents et, selon ce que tu as vécu de ton passé, tu as un état qui est plutôt dominant. L'état vagal ventral, c'est l'état de sécurité. C'est quand tu as une respiration qui est profonde, un rythme cardiaque qui est régulier, les nerfs du visage qui sont plutôt détendus. Et souvent, en termes de sensation, c'est : je suis contente, je me sens en lien avec les autres. Tu sens qu'il y a une connexion, tu sens que tu es bien et que les relations te procurent un bien-être.
Ensuite, tu as deux états d'insécurité. Le premier, c'est l'état sympathique. Quand tu es dans l'état sympathique, tu sens globalement une accélération dans ton corps. Ta respiration s'accélère, ton rythme cardiaque s'accélère, tu sens une tension souvent dans la nuque, le dos. C'est le premier niveau du stress. C'est à ce moment-là que ton corps repère un danger et se mobilise contre ce danger. Dans cet état-là, tu vois ton partenaire amoureux comme un ennemi. Tu vas anticiper le pire, voir toutes les choses qui potentiellement peuvent se passer contre toi. C'est très difficile d'aller aborder des conversations, de communiquer tes besoins et tes limites. C'est souvent là où l'escalade émotionnelle va arriver. Dans ce cas de figure, ça vaut la peine de stopper, de faire une pause, et de revenir quand tu sens que tes sensations sont arrivées à quelque chose de plus apaisé.
Et le troisième, c'est l'état où on s'éteint. C'est le troisième niveau de stress. Quand ton système nerveux ne sait plus comment faire, qu'il n'a plus l'impression qu'il peut faire face au danger, il enclenche le frein à main de sécurité. Il va d'un seul coup ralentir ta physiologie. Tout est au ralenti. Et là, tu te déconnectes de ton environnement. C'est presque comme si tu ne pouvais plus être en interaction avec ton partenaire, parce que tu es déconnecté de tes sensations. C'est souvent le cas de figure du partenaire : il y en a un qui veut continuer à converser et l'autre ne peut plus. Il est absent, il va aller regarder son téléphone. Il est là, mais il n'est pas là. Ça peut paraître passif, mais c'est le troisième niveau du stress : c'est quand le corps pense qu'il n'y a pas d'autre solution que de se couper.
On a tous une dominance par défaut, parce que ça dépend de ton enfance. Déjà, de un, tu hérites du système nerveux de tes parents, et ce système nerveux est ensuite influencé par les expériences de vie que tu as accumulées. Les sept premières années de ta vie vont créer ta base de données de comment je réagis face à certaines situations relationnelles. Si tu as enregistré que les relations, c'est un combat, ou qu'il faut te suradapter pour pouvoir rester dans le lien, ou que finalement on ne tient pas compte de tes besoins, de tes émotions, donc il vaut mieux que tu t'éteignes, eh bien ça va faire que tu vas passer le maximum de ton temps dans un état plutôt d'insécurité, dans un état dérégulé. Et le corps, lui, n'oublie pas. Le corps enregistre tout.
Le nerf vague et les relations toxiques
Quand quelqu'un est dans une relation toxique, il a ces phases de lucidité où il voit clairement que ce n'est pas bon. Et puis, la plupart du temps, il y a une espèce de flou. Il y a aussi cette fuite par la pensée où la personne se rattache aux miettes, aux petites choses qui vont bien, aux petits 5 % qui ne sont pas si mal, et les poutres, les gros problèmes, elle ne les voit pas. Et ça, en fait, ce n'est pas un problème de volonté, c'est vraiment une absence de limite somatique. Quand tu as vécu pendant très longtemps le dépassement de tes limites, et quand c'est répétitif et continu et permanent, tu ne sais plus quand c'est bon pour toi ou quand c'est mauvais pour toi. Pourquoi ? Parce que tu te coupes de tes ressentis corporels. Quand tu commences à te couper de tes ressentis somatiques, tu ne vas pas sentir quand l'eau commence à devenir trop chaude et que tu commences à te brûler.
Les personnes qui sont dans des relations toxiques sont dans ce schéma d'abus. Elles n'arrivent plus à ressentir : est-ce que c'est vraiment bon, est-ce que ce n'est pas bon ? Et ce flou constant va faire qu'il va y avoir des moments de lucidité, et après elles vont se convaincre que non, en fait, il y a quand même des choses bien. Typiquement, quelqu'un qui est dans l'état dorsal en dominance, qui est déconnecté de ses émotions à un niveau suffisamment important, aura beaucoup plus de propension à être dans une relation toxique, parce qu'il ne ressent pas. Quelqu'un qui est dans un état de sécurité dominant a un attachement sécure. Ça veut dire qu'il ne va pas se sacrifier pour être en relation, il ne va pas accepter l'inacceptable et il va être aussi capable de se séparer quand la relation ne va pas. L'idée, ce n'est pas du tout d'aller travailler dans la relation d'abord, c'est d'aller travailler la régulation d'abord, parce que là, les phases de lucidité vont devenir plus grandes, plus stables.
Comment mesurer sa dérégulation
Ta capacité à ressentir tes limites, ça commence par : est-ce qu'il fait chaud, est-ce qu'il fait froid ? Est-ce que j'ai assez mangé ou pas ? Est-ce que j'ai soif ou pas ? Plus c'est difficile de ressentir ces sensations-là, plus c'est un indicateur que tu as un niveau de dérégulation de ton système nerveux qui est élevé. Ça peut être typiquement : est-ce que j'arrive à ressentir ce qui se passe dans mon ventre ? Il y a un test que Stephen Porges a mis en place : c'est l'écart entre moins tu as de sensation de connexion à ton corps et plus tu as de sensation d'escalade émotionnelle, plus ça indique un niveau de dérégulation élevé.
Et sinon, le moyen le plus efficace : qu'est-ce que tu répètes dans ta vie amoureuse ? Si tu sens que tu répètes toujours le même style de schémas, c'est que là, il y a quelque chose en lien avec ton attachement et donc avec la régulation ou la dérégulation de ton système nerveux. Et est-ce que tu as des signes physiologiques ? Un système nerveux qui est dérégulé, ça crée de l'inflammation chronique. Cette inflammation chronique est délétère pour tous tes systèmes. Typiquement, tu vas avoir des problèmes de digestion, des problèmes hormonaux, des problèmes d'allergie. Tu vas avoir cette espèce de brain fog, ce cerveau qui fonctionne au ralenti. C'est chimique, ce n'est pas un manque de volonté.
Attachement anxieux, évitant : la traduction nerveuse
Quelqu'un qui a un attachement anxieux, en traduisant en termes de système nerveux, ça veut dire qu'il passe la plupart de son temps dans l'état sympathique, soit en mode combat, soit en mode fuite. C'est typiquement la personne qui a le sentiment de marcher sur des œufs en relation, qui va se poser 1000 questions, faire 1000 scénarios, anticiper le pire, ou alors, à l'extrême opposé, projeter le meilleur. J'ai eu deux rendez-vous, je sais déjà le nom de nos enfants et où est-ce qu'on va se marier. Tout ça, ce sont des mécanismes de l'état sympathique. La personne qui est dans le modèle d'évitement est majoritairement dans cet état dorsal. Les évitants, ce ne sont pas des méchants. Ce sont aussi des personnes qui ont eu ce mécanisme pour les aider à survivre en relation. Quand on a cet attachement évitant, on a appris que nos besoins émotionnels, tout le monde s'en foutait. Et pourquoi ces deux systèmes s'attirent autant ? Tu vas chercher quelqu'un qui va activer tes modèles. Donc l'anxieux va être attiré par l'évitant, l'évitant va être attiré par l'anxieux.
Est-ce qu'on peut passer d'un attachement insécure à un attachement sécure ? Sandy avait un attachement désorganisé, elle switchait entre anxieux et évitant tout le temps, et elle a maintenant un attachement sécure. Donc on peut le changer. À tous ceux qui disent « je ne tomberai jamais amoureux de quelqu'un de sain, ça va m'ennuyer » : c'est un problème de câblage. Ton système nerveux va chercher ce que tu connais, même si ce que tu connais n'est pas sain. Donc la solution, ce n'est pas de renoncer aux relations saines, c'est de recâbler ton système nerveux, et c'est faisable.
Un exercice à faire seul ce soir : le checking
Voici un exercice qui paraît vraiment bête mais qui va un peu à l'encontre de tous les trucs à la mode : c'est ce qu'on appelle l'outil du checking. Simplement arriver à mettre des mots sur ce qu'on ressent, ça apporte de la sécurité à son système. Installe-toi confortablement. Le but, ce n'est pas de se relaxer, c'est de mesurer ce que tu as actuellement comme sensation, sans chercher à le changer. Observe ta respiration. Est-ce qu'elle est rapide, lente, régulière ? Comment est ton rythme cardiaque ? Porte ton attention sur tes sensations corporelles. Ça peut être une tension, un poids. Essaye de définir avec tes mots. Le simple fait d'aller porter de l'attention dans tes sensations corporelles aide ton système nerveux à se réguler. Quand on ressent, on peut aussi agir. On redevient au contrôle, et ça apporte énormément de sécurité à notre système.
Et les bains froids, la stimulation auriculaire, la cohérence cardiaque ? Tous ces exercices peuvent être utiles dans certains cas ou néfastes dans d'autres. Le bain froid aide ton corps à accueillir du stress et à réguler ce stress. C'est un très bon exercice quand tu n'as pas trop de dérégulation. Si par contre cet exercice est supérieur à la capacité que tu peux tolérer, ça va être néfaste. Pour savoir si quelque chose est bon pour toi, c'est important de voir comment je me sens avant, comment je me sens après. Est-ce que je ressens plus de régulation ou moins de régulation ? C'est tout ça qui va te dire : oui, je suis dans la bonne voie.
Tu répètes toujours les mêmes schémas amoureux et tu veux enfin en sortir ? Discutons-en lors d'une séance de coaching.
Questions fréquentes
Faut-il détendre ou stimuler son nerf vague ?
Quand on parle de détendre ou de stimuler le nerf vague, c'est un peu une illusion. Il faut vraiment travailler sur la régulation de ton système nerveux et surtout reprendre la compréhension de ce qui se passe en toi.
Peut-on changer son style d'attachement ?
On peut le changer. Il y a un chiffre assez vrai : il faut 6 ans de relation saine pour changer son modèle d'attachement, et c'est quelque chose qui évolue toujours avec le temps.
Pourquoi je reste bloqué dans une relation toxique ?
Ce n'est pas un problème de volonté, c'est une absence de limite somatique. Tu te coupes de tes ressentis corporels, tu ne sais plus quand c'est bon pour toi ou quand c'est mauvais pour toi, et tu te rattaches aux petits 5 % qui ne sont pas si mal sans voir les gros problèmes.
Combien de temps faut-il pour réguler son système nerveux ?
Si quelqu'un te donne une réponse toute faite, méfie-toi, parce que ça dépend de ton niveau de dérégulation et de ta vie. Il y a des choses à faire en prévention, pour passer moins de temps dans l'état d'insécurité, et des choses en réaction, pour revenir plus rapidement vers un état de sécurité. C'est différent d'une personne à l'autre.
Tu te retrouves dans ces dynamiques ?
J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.
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