La docteure Ramani a publié une vidéo il y a quelques jours sur le fait que les pervers narcissiques n'ont pas de vraies discussions. Et si tu refais le film en arrière du passage de ta vie où tu as fréquenté ce genre de personne, c'est peut-être ce qu'il t'en reste aujourd'hui. Oui, tu étais bien présent face à cette personne-là. Oui, vos lèvres ont bougé l'un et l'autre. Oui, il y a eu des mots échangés. Ça ressemblait à un contact humain, mais très probablement que derrière cette apparence, il n'y avait rien d'humain. Ça avait la forme d'une conversation, mais ça n'en était pas une.
La fausse idée du « je, je, je »
J'aimerais démarrer par une fausse idée. On a l'impression que si je vais faire un sondage dans la rue, que je prends un micro et que je demande aux gens qui passent : à votre avis, comment parle un pervers narcissique ? Les gens vont me dire, très probablement : un pervers narcissique ne parle que de soi. Je, je, je, moi, moi, moi, et c'est comme ça que je pourrais savoir que c'en est un. Si ce n'est que les études révèlent le contraire : un pervers narcissique ne met pas beaucoup de « je » dans les discussions. Une équipe de chercheurs a réuni 5000 personnes avec des grands taux de narcissisme, et il s'avère que le « moi », le « je », ne peut pas révéler ce type d'individu. Donc, le mystère s'épaissit. On sait qu'on n'a pas de vraies discussions avec eux et, bizarrement, ils ne parlent pas tant que ça avec des « je » et des « moi ». Si on veut découvrir le marqueur de la perversion narcissique, il faut regarder ailleurs.
La question sous-jacente : qu'est-ce que je peux récupérer de toi ?
Pour la plupart des gens normaux, une conversation, c'est un échange. Je te donne mes idées, mes ressentis, mes impressions, peut-être même mes bonheurs et mes peines, et tu me donneras la même chose. On échange de manière équilibrée. Avec une personne perverse, ce n'est pas ça. La seule question qu'ils ont en tête, c'est : qu'est-ce que je peux récupérer de toi ? Ce ne sera bien évidemment jamais dit à voix haute, mais dans la relation que tu as eue avec cette personne, le « qu'est-ce que ça me rapporte » a toujours été la question sous-jacente.
Les deux types d'empathie : l'image du joueur de poker
Il y a une deuxième fausse idée sur les pervers narcissiques. On se dit : ces gens n'ont aucune empathie. Sauf que, si on réfléchit bien, comment est-ce qu'ils pourraient autant nous manipuler s'ils ne nous comprenaient pas ? Il faut comprendre qu'il y a deux types d'empathie. Tout d'abord, il y a ce qui s'appelle l'empathie cognitive, la connaissance. En gros, c'est : je comprends ce que l'autre ressent. Un peu comme un joueur de poker qui, ses cartes cachées, pourrait lire précisément tes micro-expressions du visage pour savoir ce que tu ressens. Est-ce que tu triches, ou est-ce que tu dis la vérité ? Et en termes d'empathie cognitive, les pervers narcissiques sont extrêmement bons. Le deuxième type d'empathie, c'est l'empathie affective. C'est : qu'est-ce que je ressens ? Parce que tu es triste, je serai triste. Parce que tu es heureux, je serai heureux. Parce que tu souffres, ça me fera mal au cœur. Il s'avère que dans ce domaine, les pervers narcissiques ne sont pas très bons. Quoi que tu ressentes, ils ne le ressentent pas, mais ils le comprennent très bien.
Revenons à cette image du joueur de poker. Il sait exactement ce que tu ressens, quand tu mens, quand tu dis la vérité. Et ce qu'il veut, c'est te faire perdre. Et si jamais, dans ce tournoi de poker, il gagne et que toi tu pleures, ça ne lui fera rien. Le mystère commence donc à s'épaissir : ils ne parlent pas en « moi » ni en « je », ils comprennent exactement ce que tu ressens, et ils ne ressentent pas grand-chose.
Conversations d'admiration, conversations de rivalité
Tu pourrais signaler quelque chose : « Antoine, j'ai déjà vu ces personnes très intéressées. » Comme par exemple avec moi en début de relation amoureuse, ou encore avec leur patron : quand leur patron leur parle, quand leurs collègues de bureau leur parlent, ils ont l'air super intéressés. Parfois ils semblent l'être, d'autres fois non. Parfois il y a une discussion, parfois pas du tout. Et c'est maintenant que tu vas comprendre précisément comment ces personnes fonctionnent. Il y a deux types de conversations. Il y a tout d'abord des conversations d'admiration, puis il y a ensuite des conversations de rivalité. L'admiration, c'est le charme, c'est le fait d'être brillant, d'être chouette. Cette personne perverse parlait à son patron ? Peut-être que ce patron, c'est la personne qui peut lui permettre de monter en grade. C'est peut-être quelqu'un à recopier, c'est peut-être aussi quelqu'un à exploiter. Ça, c'est de l'admiration, attention, malsaine bien évidemment : je t'admire parce que j'ai quelque chose à te voler. Le deuxième type de discussion, ce sera des discussions de rivalité. En gros, en tant que pervers narcissiques, ils se sentent supérieurs à toi, et donc ils doivent te bousiller.
Ce que tu as vécu avec lui : de la proie à la rivale
Je te donne un exemple concret de ce que tu as vécu avec lui, pour bien comprendre pourquoi tu n'as jamais eu une seule discussion normale avec lui ou avec elle. Tout d'abord, tu étais quelqu'un d'inconnu pour cette personne. Tu as forcément été une forme de défi. Tu étais quelqu'un qui représentait quelque chose de chouette. Peut-être que tu étais beau, belle, peut-être que tu possédais des amis, de l'argent, un statut social, des compétences, de l'intelligence. Tu étais une cible à obtenir. Il te voyait comme un défi, un jeu, il devait te gagner. Donc là, tu étais en mode discussion d'admiration. Il a bu tes paroles pendant des heures, vous avez communiqué, il se rappelait du moindre détail de toute ta vie. Toi, tu t'es dit : « J'ai enfin trouvé la bonne personne, il m'admire, c'est chouette, on communique. » Non, pas du tout : il est en train d'étudier sa proie.
Deuxième étape, beaucoup moins drôle : maintenant, tu es acquis. Tu es à lui, vous êtes ensemble. Et il y a plusieurs choses qui vont se passer en même temps. La première, c'est que l'admiration que tu as pour lui devient banale. Oui, tu l'aimes bien, oui, tu le trouves chouette, mais tu le lui as déjà dit plein de fois. Une admiration répétée, ça ne sert à rien. Ce n'est pas un nouveau défi à obtenir. Et la deuxième chose, c'est que tu commences à voir ses défauts. Cet homme pervers narcissique qui a tellement brillé par ses mensonges est en fait quelqu'un d'assez normal. Ce n'est pas du tout quelqu'un de parfait. Quand on fréquente ces personnes, ce sont des gens somme toute ordinaires, avec des qualités et des défauts. Et là, tu deviens gênant, parce qu'il n'aime pas trop que tu voies ses défauts. Il n'aime pas trop l'idée non plus que lui, superstar, qui se prend pour un demi-dieu sur terre, puisse être critiqué, vu comme étant imparfait, et que toi, simple mortel, simple ver de terre à ses yeux, tu puisses partager la même vie que lui, respirer le même air que lui. Dans sa tête, c'est complètement impossible. Donc entre ton admiration redondante, le fait que tu te sentes son égal alors que ce n'est pas le cas, et l'envie de te détruire, on passe de la phase d'admiration à l'autre phase, la phase de rivalité. Là, quand il communique avec toi, ce n'est pas pour être cool, c'est pour te rabaisser. Comment faire pour se sentir supérieur ? C'est tout simple : on vient marcher sur la tête de l'autre, on le rabaisse, comme ça, on se sent au-dessus.
Pourquoi il n'y a jamais eu de vraie conversation
Alors, pourquoi est-ce qu'une personne perverse narcissique n'a pas de vraies conversations ? Ce n'est pas parce que ça parle trop d'eux. Ça, c'est un mythe, c'est une légende, ce n'est pas vrai. C'est juste qu'ils vont de défi en défi, de marches à gravir de plus en plus grandes. Toi, tu n'es qu'une étape là-dedans. Et cette étape passera par deux phases : admiration, parce que tu es un sacré défi à remporter, puis rivalité, là où on t'écrase. Et là où ça fait froid dans le dos, c'est qu'ils comprennent exactement tes émotions. Toi, tu as vécu ça avec ton cœur. Eux ont juste vécu ça comme un échange transactionnel, un passage vers autre chose.
Tu sors de ce genre de relation et tu veux réapprendre à vivre des échanges normaux, équilibrés ? C'est un travail qu'on peut faire ensemble en coaching.
Questions fréquentes
Un pervers narcissique parle-t-il tout le temps de lui ?
Non, c'est un mythe. Une équipe de chercheurs a réuni 5000 personnes avec des grands taux de narcissisme, et il s'avère que le « moi », le « je », ne peut pas révéler ce type d'individu. Un pervers narcissique ne met pas beaucoup de « je » dans les discussions.
Les pervers narcissiques ont-ils de l'empathie ?
Ils sont extrêmement bons en empathie cognitive : ils comprennent ce que l'autre ressent, comme un joueur de poker qui lit précisément tes micro-expressions du visage. En revanche, en empathie affective, ils ne sont pas très bons. Quoi que tu ressentes, ils ne le ressentent pas, mais ils le comprennent très bien.
Pourquoi était-il si intéressé au début de la relation ?
Tu étais une cible à obtenir, un défi, un jeu qu'il devait gagner. Il a bu tes paroles pendant des heures, il se rappelait du moindre détail de toute ta vie. Ce n'était pas de l'admiration sincère : il était en train d'étudier sa proie.
Pourquoi se met-il ensuite à me rabaisser ?
Parce que ton admiration est devenue banale et que tu commences à voir ses défauts. On passe alors de la phase d'admiration à la phase de rivalité : quand il communique avec toi, ce n'est pas pour être cool, c'est pour te rabaisser. On vient marcher sur la tête de l'autre pour se sentir au-dessus.
Tu te retrouves dans ces dynamiques ?
J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.
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