Tu as dû voir comme moi les statistiques, les articles qui disent que nos enfants, nos jeunes, ne veulent plus avoir d'enfants. Soit tu l'as lu dans ces articles, soit tu as peut-être même fait quelque chose de plus simple : tu as bêtement demandé à ton fils, à ta fille, « veux-tu des enfants ? » Et ton gamin fait : « non merci papa, non merci maman, je passe mon tour. »

Et tu arrives dans un paradoxe qui est génial : on a été une génération de parents phénoménaux. Tu es sûrement le genre de personne qui a dit « je t'aime » à ton fils tous les jours, peut-être même parfois toutes les minutes, là où ton père à toi ne te l'a peut-être jamais dit. Tu as peut-être été jusqu'à lire des livres sur l'écoute de leurs besoins émotionnels. Tu as probablement joué avec eux, et je te mets au défi de te rappeler d'un moment où tu as joué avec ton père. Peut-être même qu'aujourd'hui tu choisis les vacances avec eux : mon fils, ma fille, où est-ce que tu aimerais qu'on parte ? Est-ce que nos parents auraient fait ça ?

Ils ont tout eu, et pourtant ils ne veulent pas d'enfant

Comment ça se fait ? On s'est occupé de ces enfants comme personne depuis le début de l'humanité ne s'est occupé d'eux. Ils sont super heureux et pourtant ils ne veulent pas d'enfant. Tu as forcément l'image du zoo qui te vient en tête : on met le panda mâle avec le panda femelle ensemble et au bout d'un an ou deux, on constate qu'il y a eu toutes les conditions nécessaires pour qu'ils se reproduisent, et ils ont juste pas envie. Le mâle bouffe son bout de bambou, il toise la femelle du bout des yeux, mais il n'y va pas.

Je te parlais de statistiques tout à l'heure. En France, en 2025, on a 24 % en moins d'enfants par rapport à 2010, un quart en moins. L'indicateur de fécondité : moi quand j'étais jeune, on me disait à l'école qu'on avait en moyenne à peu près deux enfants par famille, on est à 1,56 enfant par femme. Pour la première fois en France depuis 1945, c'est-à-dire depuis une guerre mondiale, on a un solde naturel négatif. C'est-à-dire que chaque année qui passe, on est de moins en moins : les naissances ne compensent pas les décès.

On a beau avoir été bons avec nos enfants, il y a un phénomène qu'on retrouverait forcément avec les pandas, j'imagine : c'est le facteur de stress. Quand tu es bourré de cortisol, quand ça ne va pas, tu n'as pas envie de te reproduire. Pense à un oiseau ou à un cochon qui veut se reproduire : si jamais il y a du stress, la truie va bouffer ses enfants. Elle a considéré que ses enfants étaient en danger, elle les a mangés, elle en refera d'autres plus tard.

Le stress financier, le premier frein

Dans tous les stress que les jeunes peuvent avoir aujourd'hui, il y a, si tu as moins de 30 ans en France, un stress financier. Quand tu n'es déjà pas capable à deux d'acheter un studio à Paris, l'idée d'avoir une chambre en plus vient encore plus écarter la possibilité que tu puisses emménager quelque part un jour. Le bébé, c'est une pièce en plus, c'est une voiture plus grande, c'est des vacances plus chères. Aujourd'hui, quand déjà tu survis, quand tu as déjà la bouche au niveau de la ligne de flottaison, tu te dis : peut-être pas descendre de 5 cm de plus vers le bas, on va rester comme ça et ça ira très bien.

Le sentiment d'inutilité et le stress social

Il y a aussi un autre stress, qui est le sentiment d'inutilité. Depuis que ChatGPT est arrivé, forcément, tu fais des études bac + 5 pour te rendre compte au moment où tu allais être diplômé que finalement ton métier a disparu. Ça a été remplacé par quelque chose qui en un clic, en cinq secondes, fait ton équivalent. Il ne fera pas le travail mieux que toi, mais en tout cas il le fait beaucoup plus rapidement, et une personne peut en remplacer dix aujourd'hui. Comment est-ce que tu peux projeter ta vie sur vingt ans ? Parce qu'un bébé, c'est un projet sur l'avenir, dans un monde où toi-même, déjà dans deux ans, tu ne sais pas où tu es.

La troisième raison, qui est peut-être encore plus triste que toutes, c'est le stress social. On est en train de créer des jeunes qui ne savent plus se rencontrer. Toi, tu t'es entraîné à parler à des gens parce que tu allais dans la rue faire du vélo quand tu étais petit, parce que tu rencontrais des gens. Aujourd'hui, les moins de 30 ans ont été éduqués aux réseaux sociaux, à scroller, c'est-à-dire dans une forme de communication où tu n'as pas à parler. C'est la seule chose sociale que tu sais faire. Et je peux te dire que tu arrives dans un date, tu fais ça sur la tête du mec, il ne se passe pas grand-chose. Imagine un panda qui n'a jamais vu un autre panda en vrai : tu le lui mets devant les yeux, il va manger son bout de bambou en se disant « mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? »

La quatrième raison, c'est qu'on a été parfaits, mais le petit truc qu'on n'a pas fait très bien, c'est qu'on est aussi la génération qui a quand même pas mal divorcé. Et quand un gamin voit ses parents se séparer, la tristesse d'une semaine sur deux, d'un week-end sur deux, la guerre entre parents, et que tu arrives dans une école où tous les enfants de la classe ont des parents divorcés sauf un, sauf Théo, lui, Théo, ses parents sont ensemble, il devient quasiment l'anomalie. Il se fait harceler à l'école parce qu'il est bizarre d'avoir ses parents ensemble. On a beaucoup aimé nos enfants, on a beaucoup donné, on a été bons jusqu'à un point. Et ce point-là, c'est peut-être le taux de divorce.

La raison terrifiante : on les a aimés avec de la peur

On les a beaucoup aimés, mais on les a aimés avec de la peur. Le parent moderne, que ton gamin ait 6 mois ou qu'il ait 32 ans aujourd'hui, le parent moderne est un parent anxieux. Il est terrifié que son enfant n'y arrive pas, pour les raisons qu'on a vues juste avant. Alors on va dire « je t'aime », et dans la même phrase il y aura quelque chose de l'ordre de l'injonction, de l'impératif. « Je t'aime et tu vas avoir des bonnes notes. Je t'aime et tu seras bon à l'école. Je t'aime et tu vas trouver un bon travail et tu seras indépendant. » Et ne dépends jamais d'un homme, et ne te fais pas avoir par les femmes.

Dans un monde en guerre, parce que c'est vraiment le cas aujourd'hui, et je ne parle même pas que de la France, je parle du monde en général : on est dans une forme de guerre psychologique, on est dans une guerre d'économie, on est dans une guerre d'isolement. Dans ce genre de guerre, on va transmettre à nos enfants : sois performant et sois autonome. Et nulle part là-dedans, on a précisé que la chose la plus importante dans ta vie, ce seraient les relations. On a enseigné quelque chose de basique, finalement : en haut de la pyramide, survis. Sois autonome, sois performant, pour survivre. Et on a oublié de dire que ce qui venait à part égale, c'était d'avoir des relations, d'apprendre, d'avoir même la compétence à créer des relations.

Dans tous les sondages récents, qu'ils soient français ou américains, ils sont tous d'accord : les objectifs numéro 1 et 2 des jeunes de moins de 30 ans, c'est d'être célèbre et riche. Les autres objectifs comme la famille, l'enfant, l'amour, ce n'est même pas dans le top 10.

Ce n'est pas « reproduisez-vous », c'est autre chose

Aujourd'hui, je ne suis pas en train de vous dire « reproduisez-vous ». Je vois beaucoup de pays qui ont des initiatives où si jamais tu as des enfants, tu payeras moins d'impôts. Le gouvernement marche pas mal à ça, à l'argent : il se dit « ils ne font pas d'enfants, on va leur en prendre moins, allez, reproduisez-vous, vous aurez moins payé au final ». Et je ne suis pas en train de dire qu'il faut impérativement avoir des enfants. Tu peux être une femme très bien, très équilibrée, très heureuse sans avoir d'enfant, ce n'est pas obligatoire du tout. La seule chose qui est inquiétante, c'est les proportions du phénomène aujourd'hui.

S'il y a peut-être une chose à faire aujourd'hui, c'est de montrer par nos propres vies à nos enfants quelque chose qu'on a probablement oublié de leur montrer : le bonheur d'avoir des relations humaines. Et quand je dis relations humaines, je mets tout dedans, travail, amis, amour. À ces femmes qui me disent parfois « Antoine, je ne peux pas quitter mon mari parce qu'on a des enfants » : est-ce que tu montres vraiment quelque chose de chouette et de reproductible ? Les enfants savent que tu n'aimes pas Jean-Pierre, ils le savent depuis le début. C'est peut-être même eux qui vont te créer ton compte Tinder. « Tiens maman, regarde, vas-y. » « Non, non, je reste là pour vous. » Et les enfants font : « s'il te plaît maman, vraiment on insiste, va te trouver un autre mec, montre quelque chose d'épanoui. »

Tu peux être seule et épanouie. Tu peux avoir des amis. Tu peux être dans un nouveau couple épanoui, tu peux être dans un mariage épanoui. Il y a tout autant de solutions possibles que d'humains sur terre. On a réussi à faire des enfants heureux. On a oublié de leur donner une raison d'en faire.

Tu restes dans un couple éteint « pour les enfants » et tu sens bien que ça ne montre rien de reproductible ? On peut regarder ça ensemble en coaching.

Questions fréquentes

Pourquoi les jeunes ne veulent-ils plus d'enfants ?

Il y a d'abord un stress financier : le bébé, c'est une pièce en plus, une voiture plus grande, des vacances plus chères, et beaucoup survivent déjà. Il y a le sentiment d'inutilité depuis l'arrivée de l'intelligence artificielle, il y a le stress social d'une génération qui ne sait plus se rencontrer, et il y a le taux de divorce de leurs propres parents.

Que disent les chiffres en France ?

En 2025, on a 24 % en moins d'enfants par rapport à 2010, soit un quart en moins. L'indicateur de fécondité est à 1,56 enfant par femme. Et pour la première fois depuis 1945, on a un solde naturel négatif : les naissances ne compensent pas les décès.

C'est quoi, un parent anxieux ?

C'est le parent moderne : il est terrifié que son enfant n'y arrive pas. Alors il dit « je t'aime », et dans la même phrase il y a une injonction. Je t'aime et tu vas avoir de bonnes notes, je t'aime et tu seras bon à l'école, je t'aime et tu vas trouver un bon travail et tu seras indépendant.

Faut-il absolument avoir des enfants ?

Non. Tu peux être une femme très bien, très équilibrée, très heureuse sans avoir d'enfant, ce n'est pas obligatoire du tout. La seule chose inquiétante, c'est les proportions du phénomène aujourd'hui. Et la vraie chose à transmettre, c'est le bonheur d'avoir des relations humaines : travail, amis, amour.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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