Tu postes des photos de vacances sur Instagram et vingt minutes plus tard, tu as reçu trois messages. Un inconnu, un collègue du bureau, un ex. À ce moment-là, ton mec ne dit rien, et pourtant il l'a vu, ou alors il le sait rien qu'en voyant ton sourire. Une heure plus tard, c'est lui qui est en train de liker une fille en bikini à la plage. Toi, bien sûr, tu ne dis rien. Tu prends ton téléphone, tu vas observer qui est cette femme, tu vas regarder son historique frénétiquement. Et dans ce bazar moderne des relations amoureuses, en une demi-heure, partant de rien, il y a une tension. Tu es tendu, il est tendu.
Tu as peut-être connu, comme moi pour ceux qui ont mon âge, un autre type de relation amoureuse. Il n'y avait pas les réseaux sociaux, ou beaucoup moins en tout cas, on s'affichait beaucoup moins dessus, et il y avait deux modes de fonctionnement. Soit tu étais célibataire, et tu pouvais t'afficher sur les quelques sites qui existaient à l'époque ou sortir dans des soirées, et les gens te repéraient, les gens te draguaient. Soit tu étais en couple, et là il y avait un panneau marqué fermé. Nous reviendrons plus tard, il n'y a personne. Et tous tes prétendants s'évanouissaient dans la nature. Ils savaient que tu allais probablement te marier, avoir des enfants, construire un truc, ils ne pouvaient plus être là.
Depuis Instagram, tout le monde reste en vitrine
Il n'y a plus de petit panneau marqué fermé dessus. C'est ouvert tout le temps. Un ex peut venir te pinguer une fois par an en lâchant juste un like, avec juste une touche du doigt, c'est-à-dire dans l'exercice qui lui demande le moins d'ego possible. Ce petit bonhomme qui avait l'ego fragile n'a même pas à déclarer sa flamme, à venir devant chez toi avec des fleurs : il peut juste effleurer son écran à 23 h, bourré, faire like, et tu te rappelles qu'il existe, non stop, toute ta vie. Ça peut durer pendant les trente prochaines années.
Certains pourraient me rétorquer : oui, mais Antoine, s'il n'y avait pas Instagram et si on est dans un bar, ce serait pareil. Peut-être même que dans la vraie vie c'est pareil, même en étant en couple on peut se faire draguer dans la rue. Sauf que là, c'est un petit peu différent. C'est comme avoir dans sa poche un bar rempli de célibataires, et d'hommes mariés aussi au passage, ouvert 24 h sur 24 toute ta vie, de gens qui savent exactement où te trouver. Et l'intensité crée une grande différence. C'est la même différence qu'entre « je bois un verre en soirée pour m'amuser » et « je picole depuis 7 h du matin, du lundi au dimanche ». Dans un cas tu t'amuses, dans l'autre cas tu es un gros alcoolique. L'intensité change tout, et Instagram a changé l'intensité.
Si jamais tu veux une preuve concrète, regarde Tinder, qui a perdu 20 millions d'utilisateurs en trois ans. C'est énorme. Tinder affiche aujourd'hui dans le profil de la personne son flux Instagram, c'est-à-dire que Tinder est devenu un moteur de recherche Instagram. Et au passage, c'est bien naturel, parce que sur Tinder tu as accès à quoi ? À des photos qui ont été truquées : la personne a mis ses photos d'il y a dix ans, quand elle avait 10 kg de moins. Il peut changer son prénom, il n'a pas 42 ans, il a 62 ans. Et surtout, sur Tinder, il peut se cacher : tu n'as pas de groupe social derrière lui, il peut maquiller complètement tout son passé.
Sur Instagram, c'est plus dur. On va trouver toutes tes photos de toute ta vie, et pas que des photos de toi. Tu peux savoir ce que l'autre mange, où il vit, tu peux même aller voir ses amis et probablement savoir s'il est marié ou pas. C'est un petit peu plus compliqué de cacher que tu as une femme, Monique, et trois enfants.
Les célibataires qui attendent dans les buissons
On pourrait penser depuis le début qu'Instagram est un outil uniquement à la gloire du physique féminin. La réalité, c'est que c'est un outil pour les deux sexes. Imagine que tu es en couple et qu'il y a dans les buissons plein de célibataires qui attendent juste une chose : le signal que tu es enfin disponible, le signal de la prochaine dispute. Qu'est-ce qu'il faut avoir comme ego aujourd'hui pour pouvoir supporter ça ? À quel point il faut être confiant ? Tu n'es pas en train de battre que les hommes de ta ville ou que les femmes de ta ville : tu dois battre toute la planète pour te dire que dans tous les cas, mon mari restera.
Moi, c'est encore très différent : j'ai une forme de confiance en moi démesurée, où je me dis « si elle part, c'est qu'elle est folle, je suis tellement bien, elle serait dingue de partir ». Oui, certes, il est milliardaire, oui, certes, il est musclé, mais je suis mieux, non, avec ma brioche juste ici. Parce que pour l'homme lambda de 22 ans, qui est en train de construire son ego, comment est-ce que tu vis le fait d'avoir tous ces ex qui, tous les trois mois, viennent faire un petit like poli sur sa plus belle photo ?
Comme pour chaque phénomène en psychologie, il y a un nom pour ça. Ça s'appelle les back burners en anglais, c'est-à-dire la poêle qui mijote à feu doux. Dans ce buisson, il y a des hommes qui attendent tranquillement. Et ce n'est pas une salle d'attente temporaire, comme quand on va chez le docteur et qu'à un moment donné on y passera. Non, c'est une salle d'attente permanente. Si tu as encore 40 ans à vivre, il y aura pendant 40 ans ces hommes-là dans le buisson.
Ce que dit la caverne
Que nous dit la caverne, d'un point de vue de la reproduction ? Une femme populaire sur les réseaux sociaux ne gagne pas de points. C'est juste que sa couronne est plus grosse, plus de gens, plus de prétendants la voient. Mais un homme ne se dira pas « parce qu'elle est extrêmement populaire, c'est précisément elle que je veux ». Au contraire, ça risquerait plutôt de l'inquiéter. Et si jamais elle publie des photos d'elle dénudée, elle perd des points. Ce n'est pas moi qui le dis, encore une fois, je ne me permettrais pas ça, ce sont les études. Elle sera plus mal jugée, et surtout le pire tribunal, ce seront les autres femmes.
Petit bémol quand même. Je ne t'interdis pas de poster exactement ce que tu veux sur les réseaux sociaux. Mais il faut savoir que le cerveau masculin a deux pistes de notation : relation long terme et relation court terme. Et il s'avère que poster des photos dénudées te fait augmenter l'une des deux pistes, je te laisse deviner laquelle. Ce qui signifie qu'Instagram peut te faire marquer des points sur une piste où tu n'as pas forcément envie de jouer.
Mais on arrive aussi sur une première différence. Un homme qui est populaire sur les réseaux sociaux marque plus de points. Non pas parce qu'on va apprécier son physique, ce qui peut être le cas, mais généralement ce n'est pas ça : c'est plutôt qu'il obtient un statut, parce que cet homme est reconnu par ses pairs. Ça signifie donc qu'il est influent, qu'il est reconnu comme étant puissant, et donc il est intéressant. En gros, ça devient le chef de la caverne, c'est lui que tout le monde regarde.
Ai-je le droit de fouiller son téléphone ?
Ça ne répond peut-être pas à ta question : il y a un malaise régulier dans notre couple à cause des réseaux sociaux, comment est-ce qu'on résout ça ? Typiquement, ai-je le droit d'aller fouiller de temps en temps sur le téléphone de mon mari quand il part se doucher ? Le moment de la douche étant apparemment le moment où tout le monde se fait découvrir, en tout cas c'est ce que j'observe en coaching tous les jours. Tu as une double vie ? Arrête de te doucher.
Certains me diront « parce que j'ai un faisceau de preuves suffisant, je peux me permettre d'aller voir sur le téléphone de mon partenaire ». Forcément, si jamais j'ai une suspicion, ça pourrait être aussi simple que « montre-moi ton téléphone et on va trancher ensemble pour savoir si ton comportement est correct ou pas ». Mais ça pose tout un tas de questions. Jusqu'à combien de preuves ou de suspicions faut-il y aller ? Est-ce que le fait simplement d'envoyer un message est suffisant pour que ce soit une tromperie ? Certains sondages vont dire que même un message à quelqu'un de l'autre sexe serait déjà une tromperie, d'autres diraient que non. Faut-il faire comme le FBI, qui perquisitionne au moment où il a suffisamment de preuves que vous êtes dangereux pour la sécurité nationale ?
La bonne question, ce n'est pas « ai-je le droit »
Plutôt que de partir sur ça, je vous propose de partir sur une piste qui est celle du retour aux valeurs. Peut-être celle dont personne n'a envie d'entendre parler aujourd'hui. La vraie question, c'est : est-ce que je fais du mal à l'autre en faisant ça ? Pour certains, liker une belle photo, c'est juste soutenir une copine qui manque de confiance en elle et lui montrer que oui, elle a de la valeur. Pour d'autres, ce sera vu comme : oui, mais elle est en maillot de bain, donc en likant tu valides publiquement que tu la trouves sexy, et ça, pour moi, c'est un peu une humiliation.
Donc revenons aux valeurs. La bonne question là-dedans, ce n'est pas « ai-je le droit », parce que tu as tous les droits du monde. Tu peux poster des photos autant que tu veux, tu peux liker qui tu veux dans l'absolu, tu peux envoyer des messages à qui tu veux. La vraie question, c'est : est-ce que ça blesse l'autre ?
On va différencier deux cas de figure. Dans le premier, tu es bien dans tes baskets, tu t'es adapté à l'autre, tu as bien compris que certains messages, certaines connexions, certaines personnes le mettaient mal à l'aise, et tu as adapté ta vie pour que ça se passe bien. Tu es droit, tu es honnête, tu ne tromperais pas. Et là, tu sens que même sans créer aucune ambiguïté, ton partenaire est toujours jaloux. Quoi que tu fasses, tu réalises qu'il sera toujours maladivement jaloux. Il l'a toujours été avant toi, il l'est pendant toi, et il le sera après toi aussi. Dans ce cas-là, tu n'as pas à rassurer quelqu'un à l'infini, parce que quoi que tu fasses, l'autre ne sera jamais rassuré, et tous les prétextes seront bons sur les réseaux sociaux pour te mettre un pic. Dans ce cas-là, ce n'est pas un changement qu'il faut faire, ce n'est pas une discussion de couple, c'est une thérapie.
Mais ce n'est pas tant ce cas-là que le second qui nous intéresse aujourd'hui : celui de « mon partenaire pense ne rien faire de mal » alors qu'en réalité ça me blesse. Et dans ce cas-là, une bonne discussion de couple peut régler ça. Le fin mot de l'histoire, ce n'est pas « est-ce qu'il a le droit de le faire ou pas ». La question, c'est : ça me blesse, est-ce que tu vas continuer de le faire ou pas ? Et si dans cette discussion il y a de l'empathie, de la compréhension, s'il y a un changement de comportement, il y a un retour aux valeurs.
Je parlais de photos dénudées, mais ça peut être aussi parfois des citations Instagram qui veulent dire quelque chose, où tu affiches quelque chose au monde entier. Tu affiches un mal-être en couple au monde entier, comme Batman avec son rayon dans le ciel. Tu affiches à tous les célibataires : venez, ça commence à se détériorer. Non, ça ne se fait pas. Avoir une bonne discussion, dire à son partenaire « ça, ça me fait du mal, ce n'est pas exactement le genre de valeurs que j'aimerais que notre couple prône, j'aimerais qu'on soit un peu plus discrets sur notre vie de couple ». Un couple, c'est aussi des valeurs. C'est aussi toute la différence entre nous et des animaux, dans un monde qui nous pousse à l'égoïsme, à l'individualité, à n'avoir rien à faire des autres. C'est ça qui fera de nous de bons humains. Et prendre conscience de ce qui se passe, arriver à communiquer juste ça simplement avec l'autre, ça te place déjà dans le top 1 % des gens merveilleux sur terre.
Les réseaux sociaux mettent une tension permanente dans ton couple et la discussion tourne toujours au procès ? On peut poser ces valeurs ensemble en coaching.
Questions fréquentes
Est-ce qu'Instagram a vraiment changé les relations de couple ?
Avant, quand tu étais en couple, il y avait un panneau marqué fermé et les prétendants s'évanouissaient dans la nature. Depuis Instagram, tout le monde reste en vitrine, c'est ouvert tout le temps. C'est comme avoir dans sa poche un bar rempli de célibataires ouvert 24 h sur 24. L'intensité change tout, et Instagram a changé l'intensité.
C'est quoi, les back burners ?
C'est la poêle qui mijote à feu doux : ces prétendants qui attendent tranquillement dans les buissons le signal que tu es enfin disponible. Ce n'est pas une salle d'attente temporaire comme chez le docteur, c'est une salle d'attente permanente : si tu as encore 40 ans à vivre, ils y seront pendant 40 ans.
Ai-je le droit de fouiller le téléphone de mon partenaire ?
Ça pose tout un tas de questions : jusqu'à combien de preuves ou de suspicions faut-il y aller ? Plutôt que de faire comme le FBI qui perquisitionne, ça pourrait être aussi simple que « montre-moi ton téléphone et on va trancher ensemble pour savoir si ton comportement est correct ou pas ».
Mon partenaire est jaloux quoi que je fasse : que faire ?
Si tu es bien dans tes baskets, que tu t'es adapté et que tu ne crées aucune ambiguïté, et qu'il est quand même toujours jaloux, alors il l'a toujours été avant toi et il le sera après toi. Tu n'as pas à rassurer quelqu'un à l'infini. Dans ce cas-là, ce n'est pas une discussion de couple, c'est une thérapie.
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