Il y a quelque chose que personne ne trouve bizarre alors que c'est complètement étrange. Pourquoi est-ce que ceux qui sont très sensibles sortent avec ceux qui ne sont pas du tout sensibles ? Pourquoi est-ce qu'une personne qui a un attachement anxieux, qui a besoin d'amour en permanence, va sortir avec une personne qui sera évitante ? Dans le meilleur des mondes, on mettrait les hypersensibles ensemble, les insensibles ensemble, et puis les évitants seraient bien évidemment très tranquilles entre eux. Ce serait l'équation parfaite. Pourtant, ça n'arrive jamais.

Si ces profils s'attirent autant, la vraie question, c'est : peut-on aimer quelqu'un, rester en couple avec quelqu'un, dont le système nerveux est réglé pile à l'inverse du nôtre ?

Un détecteur trop sensible face à un câble coupé

Imaginons un détecteur de fumée et une alarme. Imaginons que ton alarme soit très sensible et qu'à un seuil trop bas, ça se déclenche. Un gratin qui chauffe de manière normale, et l'alarme se met à sonner. Elle détecte bien qu'il y a du chaud, ce n'est pas faux, mais ça sonne trop vite, trop tôt. Et on va imaginer une personne évitante à côté. Son alarme marche tout autant que la tienne. Le seul problème, c'est que ce seuil est très haut pour déclencher la sirène, et surtout, le câble est coupé. Au bout d'un moment, ça peut ressentir qu'il y a un problème, mais il n'y a aucun son qui sort. Toi, vu de l'extérieur, tu te dis : cette personne ne ressent absolument rien. Ce qui est faux : il y a le même système de détection que le tien, c'est juste que le câble est coupé.

Tu rentres le mardi soir à la maison, tu dis à ton chéri : je pense qu'il y a un truc qui ne va pas entre nous. Et lui, il lève les yeux au ciel et répond : non, non, tout va bien, il n'y a pas de souci. Et il le pense. Ce n'est pas un mensonge chez lui : il n'y a rien qui sonne, rien qui l'alerte. Et toi, tu te dis : je sors avec quelqu'un qui est aveugle, qui ne ressent rien, qui n'a pas d'émotions. Et lui, en face, se dit : je sors avec quelqu'un d'hystérique, elle est en train de faire un drame pour rien. Ce qui signifie qu'elle va passer tout son couple à essayer de prouver qu'il y a un problème, et lui va passer sa vie à prouver qu'il n'y en a pas. Pendant ce temps, on ne s'occupe pas du vrai problème.

Ton super pouvoir est orienté sur une seule personne

Il y a une étude sensationnelle là-dessus, créée par Acevedo et ses collègues en 2014 : on allonge des gens dans un scanner et on leur montre quatre photos : leur conjoint qui sourit ou qui est triste, un inconnu qui sourit ou qui est triste. Ce qui a été découvert, c'est que plus ton score de sensibilité est élevé, plus ça active des zones dans ton cerveau. Mais le plus intéressant, c'est surtout qu'il y a un écart entre ce qu'on va ressentir pour un inconnu et ce qu'on va ressentir pour son propre conjoint. Ton super pouvoir de détection des microexpressions, c'est sur ton conjoint qu'il fonctionne. Donc lorsqu'on t'a dit toute ta vie que tu ressens trop, que tu en fais des caisses, la réalité, c'est que ça se mesure au scanner. C'était réel. Et en 2011, on filme des couples mariés et on découvre que plus tu as une anxiété d'attachement, plus tu es capable de deviner les émotions de ton mari ou de ta femme. L'autre partie de l'étude montre qu'une personne évitante sera moins exacte pour deviner les émotions de son conjoint. Toi, tu devines mieux que l'autre ce qu'il ressent ; lui, en face, te devine beaucoup moins bien, même en cas de dispute.

Ce que tu appelles de l'empathie, en réalité, c'est autre chose, qui a un nom beaucoup moins drôle : c'est de la vigilance. De la vigilance à la peur, à l'abandon. Et qu'on se mette d'accord, ce n'est pas un défaut. C'est quelque chose de réel, quelque chose qui t'a protégé, quelque chose qui a été programmé dans ton enfance, dans une maison en feu au sens figuré. Sauf qu'aujourd'hui, il n'y a plus le feu, et tu as toujours cette compétence, ciblée sur ton partenaire. Je te pose une question toute simple : lorsque l'autre va mal, est-ce que je veux l'aider à aller mieux, ou est-ce que j'ai besoin qu'il aille mieux pour que je puisse respirer à nouveau ?

Ce qui se passe chez lui : une vraie détresse interne

Ce que tu dis peut-être sur cette personne, c'est : elle n'a pas de sentiments, c'est un bloc de glace, il est vide. En réalité, on se trompe. Ce sont des personnes qui sont souvent très sympas, très chaudes en surface. Au début, vous avez rigolé comme des dingues ensemble. Les femmes que j'accompagne me disent même souvent : c'était la personne la plus attentionnée que j'aie connue sur terre. Le souci de ce type de profil, c'est lorsque la température monte. C'est quand vous vous approchez, quand il y a une date qui arrive, un engagement, l'achat d'une maison, l'idée d'avoir un enfant, de se présenter à la famille. Et au bout de quelques mois, voire de quelques années, il devient beaucoup plus froid, toujours présent dans la pièce, mais cette personne ne répond plus.

Il y a une expérience qui a été faite en 92. On a fait passer à des gens ce qui s'appelle l'entretien d'attachement adulte, et on a mis des capteurs sur leur peau pour mesurer leur sueur : autant on peut mentir à l'oral, autant ta transpiration, tu ne peux pas la contrôler. Les personnes qui sont évitantes racontent une enfance où tout s'est bien passé. Ma mère était plutôt une chic femme, mon père un chic type, il n'y a vraiment pas eu de problème. Sauf qu'au même moment, leur peau transpire. Donc lorsqu'on pense qu'ils ne ressentent rien, c'est faux. Ils ressentent, c'est juste qu'ils se forcent à ne pas ressentir ou à éviter le sujet dans leur tête.

Une deuxième expérience mesure, chez une personne détachée, le stress avant et après la désactivation : pendant la suppression, leur taux de stress diminue d'un grand coup. Ce n'est pas une façade, il y a une vraie détresse interne. Plus ils s'approchent de toi, plus ils sont amoureux, plus leur stress monte. Au moment où il désactive net, son corps va mieux. Ce qui signifie qu'un évitant peut être bien pendant six mois, pendant un an, et en dix minutes, le système est complètement désactivé. Porter un masque, venir supprimer ses émotions au quotidien, ça a un coût. En charge faible, il arrive parfaitement à supprimer ses émotions. Mais si tout d'un coup on est en charge forte, une maladie, un problème au travail, un engagement de plus dans votre couple, comme il était déjà quasiment à plein régime, au moment où ça dépasse un tout petit peu, tout craque net.

Pourquoi vous êtes autant attirés l'un par l'autre

Il y a une étude qui a été faite sur 354 couples. Lui anxieux, elle anxieuse : zéro. Il n'y avait aucun couple sur 354. Lui évitant, elle évitante : zéro. Par contre, quand l'un était évitant, il était toujours avec une anxieuse, et réciproquement. Ce premier résultat est pharamineux. Ça signifie que les styles d'attachement ne s'accouplent pas au hasard.

Le cerveau humain crée un système d'attachement. Quand on est enfant, on va vers un symbole de sécurité, ton père ou ta mère. Si jamais cette figure d'attachement n'est pas fiable, il y aura deux stratégies. Ce ne sont pas deux personnalités : c'est un même problème d'enfance qui va créer chez certains une stratégie, chez un autre une autre stratégie. Chez une personne anxieuse, tu as découvert avec ta mère que si tu demandais une fois, ça ne suffisait pas. Il fallait insister, parce que tu pouvais finir par avoir de l'amour si tu le réclamais. Et chez l'évitant, ce qu'il a appris, c'est que montrer un besoin ne rapporte rien. Donc il a abandonné. Sa croyance, c'est : je ne peux compter que sur moi. Au final, dans ce couple qui se forme, elle croit qu'elle finit toujours par être abandonnée, et il finit en effet par partir. Lui croit que la proximité va l'étouffer, sa compagne insiste, et il a la preuve que sa croyance était vraie. On parle de prophétie autoréalisatrice : deux personnes qui, sans s'en rendre compte, passent leur journée entière à démontrer que leurs croyances d'enfance sont vraies. C'est insupportable à vivre, mais c'est stable dans le temps. L'étude ne disait pas que la relation était heureuse, elle disait que la relation était stable : cette relation peut durer très longtemps, mais très longtemps de manière malheureuse.

La boucle demande retrait

On arrive dans une danse qui a même un nom, qui s'appelle la boucle demande retrait. La mécanique est très simple. L'un va faire une demande, une critique, il insiste, il veut une réponse maintenant, ou ce soir. Pendant ce temps, l'autre se retire, il va temporiser, il minimise, il change de sujet ou il quitte la pièce. Et c'est pour ça que ça ne s'arrête pas tout seul : aucun des deux ne peut arrêter en premier sans se sentir en danger. Si c'est elle qui arrête d'insister, elle a l'impression d'abandonner la relation. Sauf que lui, s'il restait dans la relation, il serait submergé physiquement. Certains thérapeutes de couple vous diront : c'est très simple, il suffit juste de communiquer ensemble. Ce n'est pas le cas. On ne peut pas parler du problème parce qu'on est chacun dans le système d'alarme qui se déclenche. Il y a une étude qui a été faite sur 14 000 personnes, c'est gigantesque, qui montre la chose suivante : que ce soit elle qui demande ou lui qui se retire, le résultat sera le même. La réalité, c'est que ce n'est ni lui ni toi. C'est la boucle qui est créée. Et cette boucle s'aggrave dans le temps : le couple va aller en s'empirant, parce que finalement, on ne résout jamais rien. On est chacun en train de rejouer quelque chose de l'enfance.

Il a été déterminé qu'au-delà de 100 battements par minute de ton cœur et du sien, la conversation ne peut plus être constructive du tout. Tu seras débordé par tes émotions, il sera débordé par cette pression. On ne peut rien construire. Dans ce cas-là, mieux vaut en général aller faire un tour dehors une demi-heure pour en reparler tranquillement juste après. Donc comprends bien que son silence aujourd'hui, ce n'est pas un message. Son silence, c'est juste : mon système nerveux a dépassé un certain seuil, je n'arrive plus à couper, à être dans le déni de mes émotions, je dois partir.

Ce qui fonctionne

Ça signifie que pour ne plus rencontrer des évitants, tu ne dois plus être anxieux. La partie du travail que tu peux faire, ce n'est pas la sienne bien évidemment, c'est la tienne. Si j'arrête d'avoir le profil anxieux ou évitant, dans ce cas-là, j'aurai de manière quasiment certaine une relation saine par la suite. Il y a une question à te poser lorsque tu ressens un agacement : est-ce que je suis en train de détecter ce qui m'arrive aujourd'hui, ou est-ce que ça ressemble à un abandon ou à un schéma qui m'est arrivé avant ? Déjà, quand tu arrives à le nommer, tu n'es plus cette espèce de marionnette qui rejoue juste son trauma d'enfance.

Le deuxième levier, c'est demander autrement. Plutôt que d'être énervé, dire par exemple : quand je n'ai pas de réponse de ta part, ça provoque ça chez moi. Ou alors : j'ai juste besoin de savoir quand est-ce qu'on peut en parler. Ou encore : je ne peux pas parler de ça maintenant, mais si tu veux, on en parle à 21 heures. Pour lui, c'est le droit de s'arrêter. C'est couper ce moteur d'enfant intérieur pour enfin passer sur un moteur adulte. Le troisième levier a des chiffres assez solides : 70 % des gens qui vont en thérapie ou en thérapie de couple finissent par aller mieux à la fin. Et avant de rencontrer un psychologue, préparez votre premier rendez-vous. Écrivez sur une feuille : qu'est-ce que je fais quand j'ai peur d'être abandonné ? Qu'est-ce que je fais de mes propres besoins ? Qu'est-ce que je voudrais être capable de faire à la place ? Là, on n'est pas en train de s'orienter vers l'autre, on est en train de s'orienter vers soi-même.

Alors, la question initiale : est-ce qu'on peut aimer quelqu'un qui a un système nerveux réglé à l'inverse du sien ? La réponse est oui, parfois. Si tu bosses sur toi, si tu arrives à calmer ton attachement anxieux ou évitant, et lui aussi, parce qu'il faut être deux, dans ce cas-là, génial, vous resterez ensemble. Si malheureusement il ne comprend pas ça, toi tu vas évoluer, tu ne pourras plus rester dedans. Dans le meilleur des cas, vous êtes deux à progresser dessus, et c'est ce qui fait que le couple s'apaise et que ça peut aller mieux.

Tu te reconnais dans cette boucle demande retrait et tu veux enfin en sortir ? On peut travailler là-dessus ensemble en coaching.

Questions fréquentes

Est-ce que mon partenaire évitant ne ressent vraiment rien ?

Non, c'est faux. Il y a le même système de détection que le tien, c'est juste que le câble est coupé. Quand on mesure leur transpiration, synonyme de stress, ce n'est pas une façade : il y a une vraie détresse interne. Plus ils s'approchent de toi, plus ils sont amoureux, plus leur stress monte.

Pourquoi les anxieux et les évitants finissent-ils toujours ensemble ?

Dans une étude faite sur 354 couples, il n'y avait aucun couple anxieux avec anxieux, et aucun couple évitant avec évitant. Quand l'un était évitant, il était toujours avec une anxieuse, et réciproquement. Les styles d'attachement ne s'accouplent pas au hasard : un même problème d'enfance a créé deux stratégies différentes.

Un évitant revient-il après 21 jours ou 3 mois ?

Il n'y a pas une date précise. Il y a un seuil, ton seuil d'évitement. Certains vont revenir, pas parce qu'ils ont craqué, mais parce qu'une fois redevenus tranquilles après la désactivation, le manque revient. D'autres ne reviendront jamais : leur système leur a dit que s'attacher à quelqu'un est dramatique et qu'il faut partir définitivement.

Comment sortir de la boucle demande retrait ?

D'abord, nommer ce qui se passe : quand tu arrives à voir le scénario que vous répétez, tu n'es plus une marionnette qui rejoue son trauma d'enfance. Ensuite, demander autrement : j'ai juste besoin de savoir quand on peut en parler. Et enfin la thérapie : 70 % des gens qui y vont finissent par aller mieux.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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