Il y a des techniques de manipulation que tu connais parce que tu es informé maintenant, parce qu'on est devenu éduqué à ça. Il y a 10 ans de ça, si j'avais dit le mot gaslighting, personne ne savait ce que c'était. Maintenant, même dans les séries Netflix, ils emploient le mot. Le gaslighting, typiquement, c'est lorsqu'on te fait douter de ta propre réalité. Ça, tu le connais. On va te dire : hier, il ne s'est jamais passé ça. Et toi, tu as un doute à la fin.

Mais il y a une forme qui est beaucoup plus sournoise, qu'on pourrait appeler le gaslighting enrobé, ou la double contrainte. Tu es parfois en discussion avec la personne que tu aimes, ou avec un collègue de bureau, ou avec ton chef, ou avec des amis, et on te fait certains types de compliments qui ont une drôle de résonance en toi. Et le soir même ou le lendemain, tu te sens mal sans pouvoir précisément nommer ce qu'il s'est passé. Je vais te donner des phrases précises, parce qu'au moment où tu connaîtras ça, tu ne pourras plus jamais te faire avoir, et tu sauras même quoi répondre.

Le gaslighting enrobé : un compliment et une accusation dans la même phrase

Le gaslighting classique, c'est des phrases comme « tu inventes », « ça ne s'est pas passé comme ça », et ça se termine par « tu es folle ma pauvre », « tu es fou mon pauvre », « je n'ai jamais dit ça ». L'objectif est très simple, très clair : te faire douter de ta propre perception de la réalité.

Mais le gaslighting enrobé, c'est bien plus sophistiqué. C'est une personne qui va, au sein de la même phrase, te faire un compliment puis te critiquer sur une valeur. Peut-être que toi, quand tu étais petit, on t'a appris qu'une personne qui te faisait des compliments, c'était une bonne personne. Sauf qu'en réalité, ça ouvre tes barrières. Tu n'es plus en protection quand tu reçois un compliment, et après ça, il peut te glisser une phrase sournoise. Dans chacune de ces phrases, tu vas entendre un compliment et une accusation. C'est la signature de ce type de manipulation.

Les 8 phrases types, du couple au travail

Voici un exemple de phrase que tu peux entendre dans le couple. « Tu es la femme la plus extraordinaire que j'ai connue, et c'est précisément pour ça que je ne comprends pas comment tu as pu me pousser à aller voir ailleurs. » Donc cette personne te trompe, elle te dit que tu es géniale, et elle ne comprend pas ton comportement. En gros, tu l'as poussée à te tromper. Si tu regardes bien ce type de phrase, tu pourrais quasiment mettre un « mais » entre les deux parties. Compliment, mais problème.

Phrase numéro 2, après une dispute : « Tu sais que je t'aime plus que tout au monde, et c'est exactement parce que je t'aime qu'il faut que tu te soignes. » En gros, il est bien courageux, bien patient d'être resté avec toi, parce qu'en réalité tu es folle, ou tu es fou.

Autre phrase, qu'un parent narcissique pourrait dire à un enfant, peut-être même que tes propres parents peuvent te la dire aujourd'hui : « Tu as toujours été notre fierté, la personne la plus brillante, la plus sensible. Et c'est ça qui rend ton ingratitude encore plus douloureuse pour nous. » Ça signifie que si jamais tu refuses de te plier à leur demande, quelle qu'elle soit, tu deviens ingrat. Et tu ne peux pas te défendre, parce qu'ils te disent qu'ils t'aiment là-dedans.

Dans la même trempe, un frère ou une sœur pourrait te dire : « On t'a toujours dit que tu avais plus d'empathie que nous, et on ne comprend pas comment tu peux abandonner maman comme tu le fais. » Ce qui signifie : tes limites, on n'en a rien à faire. Tu dois te comporter comme ça parce que c'est une qualité chez toi. Et au passage, c'est parce que tu as ces belles qualités que c'est toi qui dois t'occuper de maman, et non pas eux.

Phrase numéro 5, une belle-mère peut dire : « Mon fils a tellement de chance de t'avoir. Mais c'est pour ça que ça me fait du mal de voir à quel point tu l'épuises sans même t'en rendre compte. » Ce qui signifie, en gros : tu es une mauvaise épouse, mais on va enrober ça de manière très polie.

La phrase numéro 6 est probablement la plus sournoise de toutes : « Tu es tellement intelligente que tu devrais comprendre par toi-même ce que tu fais. » On la retrouve aussi parfois déclinée selon ton métier : tu es pompier, tu es docteur, tu es infirmière, tu es chef de projet, tu es intelligent, tu ne devrais pas te comporter comme ça. Tu vas remarquer quelque chose de très précis sur cette formulation-là : l'accusation n'est même plus formulée. On valorise ton intelligence en te disant débrouille-toi pour trouver ce que tu fais de mal. Et si tu ne trouves pas ce que tu as fait de mal, c'est donc le signe que tu n'es peut-être pas si intelligent que ça, au passage. C'est ce qui s'appelle une culpabilité ouverte : on te laisse cocher toi-même les cases de ta propre culpabilité.

J'aimerais faire une petite expérience avec toi. Je vais te dire cette phrase, on va jouer le jeu, je suis la personne perverse narcissique : « Tu es une personne intelligente. Est-ce que tu vois le mal ou les problèmes que tu génères autour de toi ? » Comment est-ce que tu te sens, précisément, là, maintenant ? Tu vois, ton cerveau vient tout seul. Je ne te connais pas, je ne sais pas qui tu es, et tu as tout seul rempli ta propre culpabilité. Parce que notre culpabilité, on l'a déjà. On sait déjà sur quels points on a des comportements qui sont parfois discutables. Lorsqu'on est une bonne personne, on a envie d'être parfait et gentil partout. Sauf que la réalité, c'est qu'on n'est pas parfait. Seuls les pervers narcissiques se pensent parfaits. On a tous nos petites zones d'ombre, et c'est bien normal.

Phrase numéro 7, le manager toxique à ton travail : « Tu es clairement notre meilleur élément, et tout le monde te dit que c'est le cas. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on est extrêmement déçus par ton attitude récente. » En gros, tu vas devoir accepter le travail supplémentaire et ne pas rechigner, parce qu'on t'estime comme étant le meilleur élément. Un immense compliment, une immense déception, et débrouille-toi avec ça. En réalité, s'il y avait un vrai problème, on te dirait clairement sur quoi tu n'as pas été bon et comment ça s'améliore, dans le cadre du code du travail.

La phrase 8 est peut-être la pire de toute cette liste : « Tu es une mère merveilleuse. Comment est-ce que quelqu'un d'aussi aimant que toi peut faire autant de mal à nos enfants avec tout ce que tu fais en ce moment ? » Elle est dure parce qu'elle remet en cause ton pilier central, celui d'être une bonne mère ou un bon père.

Pourquoi tu n'arrives pas à répondre

Parce que cette mécanique est très bien huilée. Elle fonctionne à la perfection. En premier, c'est toujours la même chose : tu as un compliment, ton cerveau s'ouvre, tu te détends. En deuxième temps, avec le petit « mais » entre les deux phrases, il va venir glisser l'accusation. Ta garde est baissée, cette accusation entre directement en toi, et elle est collée dans ton cerveau proche du compliment. C'est ce qui fait que pendant 48 heures tu ne dors plus, alors que lui dort comme un bébé. Ça vient s'associer en toi comme une critique bienveillante, « je fais ça pour ton bien », comme si c'était un ami qui te faisait une critique.

Qu'on se mette d'accord : si demain tu vas dans la rue et qu'un mendiant te dit « tu es fou, tu es folle », tu vas te dire : je ne le connais pas, il ne peut pas me juger. Plus une personne se rapproche, et c'est ce qui se passe avec ce compliment, plus une critique sera douloureuse.

Troisième temps, il te bloque dans une fausse logique. Tu es intelligente, donc tu devrais voir. Tu es aimante, donc tu devrais comprendre. Si tu réponds mal à cette phrase-là, ça veut dire aussi venir nier un compliment que tu as peut-être apprécié. Si tu acceptes l'un, tu dois, dans cette logique-là, accepter l'autre. Et c'est en ça qu'il y a une double contrainte : tu perds quoi que tu répondes. Est-ce que tu pourrais répondre que tu n'es pas une mère géniale, que tu n'es pas le meilleur salarié ? Tu ne peux pas répondre à ça.

Les deux marqueurs pour repérer la double contrainte

Tu sais maintenant qu'il faut repérer un compliment avec un « mais » et quelque chose de vraiment dégueu juste après. Mais il y a un deuxième marqueur qui est peut-être moins évident : c'est celui qui fait que tu te sens mal après, et c'est quelque chose d'indéfinissable en toi. Si tu devais en parler à un ami, tu ne saurais pas précisément comment le faire sans te justifier pendant une demi-heure. « Mon patron m'a dit que j'étais génial mais que sur certains points je devais m'améliorer. » Ton copain te dira : bah, c'est peut-être le cas en réalité. Ça va donc venir avec des ruminations qui durent pendant des heures, et le fait d'avoir du mal à en parler à quelqu'un de proche. Tu te retrouves également à te défendre face à des accusations qui ne sont pas définies clairement, et qu'en plus tu n'as jamais reconnues. S'il te trompe parce que tu n'as pas été une chouette personne : déjà, est-ce que c'est de ta faute ? Qu'est-ce que tu as fait de mal, précisément ? Est-ce qu'il ne pouvait pas se retenir d'aller voir la voisine et de tomber nu par hasard dans son lit ?

Quatre façons de répondre

La première chose, c'est de nommer le mécanisme. Aujourd'hui, tu sais ce que c'est. Tu connaissais le gaslighting, tu connais maintenant la double contrainte. Tu peux même lui dire : « Je remarque que tu me complimentes et que tu m'accuses dans la même phrase, donc je ne vais pas répondre à ça. » Tu ne développes pas, tu ne justifies pas plus. Tout le package avec le compliment et la dévalorisation, tu refuses le tout. Comme le facteur qui arrive avec un gros colis : désolé, ça a l'air sympa, mais je ne le prends pas. Renvoyez-le à l'expéditeur.

Deuxième possibilité, tu fais le tri. Ce colis arrive, tu prends ce que tu aimes bien et tu renvoies le reste. « Je prends le compliment, merci. Par contre, pour le reste, je refuse. » Et là, en fait, tu es en train de démonter la double contrainte. On t'a envoyé deux choses, tu en refuses une.

Troisième option, qui est plus puissante : tu poses une question. Alors ça, si c'est ton boss, il faut oser le dire. « Est-ce que tu peux reformuler ce que tu viens de me dire ? Mais juste l'accusation, pas le compliment. » Encore une fois, tu es en train de démembrer l'intégrité du mécanisme, et là, tu lui dis : donne-moi juste le mauvais. Et 9 fois sur 10, l'autre en face ne dira rien et partira. Tu viens de démontrer que tu comprenais très bien la manipulation et que toi, tu n'en veux pas.

Celle qui est peut-être la plus simple, c'est simplement de t'éloigner. Pas parce que tu as peur, pas parce que tu fuis, mais parce que tu sais très bien qu'une personne qui te fait ce genre de choses n'est pas une bonne personne. Le compliment d'une personne qui te manipule n'est pas un vrai compliment. C'est juste une stratégie de manipulation.

Tu entends ce genre de phrases régulièrement dans ton couple, ta famille ou ton travail ? En coaching, on apprend à les repérer et à y répondre sans te justifier pendant une demi-heure.

Questions fréquentes

C'est quoi, la différence entre gaslighting et double contrainte ?

Le gaslighting, c'est lorsqu'on te fait douter de ta propre réalité : « tu inventes, ça ne s'est pas passé comme ça, je n'ai jamais dit ça ». Le gaslighting enrobé, c'est bien plus sophistiqué : c'est une personne qui va, au sein de la même phrase, te faire un compliment puis te critiquer sur une valeur. Tu pourrais quasiment mettre un « mais » entre les deux parties.

Pourquoi ces phrases me font-elles si mal ?

Parce que le compliment ouvre tes barrières : ton cerveau s'ouvre, tu te détends, ta garde est baissée, et l'accusation entre directement en toi, collée au compliment. C'est ce qui fait que pendant 48 heures tu ne dors plus, alors que lui dort comme un bébé.

Pourquoi je n'arrive pas à me défendre sur le moment ?

Parce qu'on te bloque dans une fausse logique : tu es intelligente, donc tu devrais voir ; tu es aimante, donc tu devrais comprendre. Si tu réponds mal, tu nies un compliment que tu as peut-être apprécié. Si tu acceptes l'un, tu dois accepter l'autre. Tu perds quoi que tu répondes, c'est ça la double contrainte.

Quelle est la meilleure réponse face à une double contrainte ?

Quatre options : nommer le mécanisme sans te justifier ; faire le tri, prendre le compliment et refuser le reste ; demander de reformuler juste l'accusation, sans le compliment, ce qui démembre le mécanisme ; ou simplement t'éloigner, parce que le compliment d'une personne qui te manipule n'est pas un vrai compliment.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

Découvrir le coaching →