Je vais te montrer aujourd'hui cinq compliments qui n'en sont pas. Cinq phrases qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à de l'amour, mais ça n'en est pas. Un compliment, quand c'est désintéressé, quand c'est honnête, quand c'est sincère, c'est une très bonne chose. C'est le signe que ton couple fonctionne. Mais un compliment, en réalité, en neurosciences, ça peut aussi être autre chose. Ça peut être une forme de dressage.

Aucun des cinq messages que je vais te donner n'est une preuve en lui-même. On parle plutôt d'un faisceau d'indices. Chacun de ces messages peut sortir de la bouche d'un homme qui t'aime sincèrement et qui n'a aucune idée qu'il fait quelque chose de mal.

Un compliment, en neurosciences, c'est une consigne

Regarde ce qui se passe dans ton cerveau quand on te félicite. Il y a une toute petite structure au centre du cerveau qui s'appelle le striatum. C'est la même structure qui s'allume quand tu gagnes de l'argent, quand tu manges du sucre ou quand ton téléphone vibre. Et ça te dit une seule chose : ça, c'était bon, et donc je dois le refaire. Et finalement, ça peut aussi devenir un dressage. Plus un comportement est récompensé, plus il augmentera.

Lorsqu'un homme te dit ce qu'il aime chez toi, il ne te décrit pas. Il te dit juste quelle version de toi il veut le plus. Et la seule question qui compte à la fin, c'est : qu'est-ce qu'il veut de plus chez moi ?

« Tu es tellement facile à vivre » : facile pour qui ?

Le tout premier compliment qu'une femme ne devrait pas avoir, c'est « Tu es tellement facile à vivre ». Quand tu l'entends, tu te sens douce, reposante, et finalement tu es contente d'avoir été choisie pour ça. Maintenant, écoute bien le mot facile. Au final, c'est facile pour qui ? Ce mot, ça montre que c'est lui qui n'a aucun effort à faire. Ça signifie peut-être aussi que tu acceptes trop de choses, que tu ne dis rien même quand tu es blessée.

Peut-être qu'il félicite une femme qui est transparente, qui s'est effacée. Tu as tellement été félicitée pour ça que tu as peut-être fini par t'éteindre.

Il y a une version de ce compliment qui est bonne. Cette version, c'est « Je suis reconnaissant pour ton calme et ton intelligence relationnelle ». Ce qui est très différent de « Je suis reconnaissant pour ton silence, pour le fait que tu acceptes toujours ce que moi je veux sans jamais oser t'affirmer ». Et la différence se fait sur un seul détail : il te demande parfois ce qui te ferait plaisir. Essaie de faire une demande cette semaine pour quelque chose que tu souhaites vraiment, quelque chose même de très simple, et guette son comportement. Est-ce qu'il aura l'air déçu quand tu demandes quelque chose de normal, comme si tu venais d'enfreindre une règle ?

« Tu n'es pas comme les autres femmes » : une médaille à deux faces

Le compliment numéro 2, c'est « Toi, tu n'es pas comme les autres femmes ». Ce compliment, c'est un peu comme une médaille. Mais sur une médaille, il y a toujours deux faces. Il y a la face positive, qui est : je suis différente. Et puis de l'autre côté, il y a les autres. Mais c'est qui, les autres ? Ces autres femmes, c'est celles qui ont des exigences normales dans un couple. Mais toi, tu n'es pas de ce côté de la médaille. Toi, tu tolères plus de choses. Tu tolères probablement des choses qu'aucune autre femme de l'autre côté n'aurait tolérées.

Les autres, c'est parfois ta meilleure amie qui te dit « Mais réveille-toi, ce n'est pas normal ce qu'il te fait », ou encore ta sœur qui te trouve bien silencieuse. Ce sont elles, les autres. Et là, en te disant « Tu n'es pas comme les autres », on vient de les placer contre toi. Un jour, cette médaille devient autre chose. Elle devient, au bout de quelques mois, « Tu ne vas pas commencer à faire comme ta sœur ». Et là, on n'est plus dans le compliment, on est sur une forme de laisse mentale. Si tu as un doute, fais le test. Ne demande pas ce que ça veut dire, mais demande-lui : elles font quoi d'autre que moi, les autres ? Et écoute la liste. Tu comprendras si ce compliment est une médaille qui récompense ton silence, le fait que tu te diminues, que tu en demandes moins.

« Avec toi, je peux tout dire » : qui porte le sac mental ?

Le troisième compliment est très différent, c'est « Avec toi, je peux tout dire ». Regarde un peu ce que ça mesure. Ça mesure le poids que toi tu vas pouvoir porter mentalement. Par exemple, chaque soir, il te sort toute sa charge mentale. Son chef tyrannique, sa mère, ses doutes, son ex, ses regrets. Toi, pendant ce temps-là, tu parles de quoi ? Qu'on se mette d'accord : on a tous plein de soucis au quotidien. Mais toi, le tien, est-ce qu'on en parle, ou est-ce qu'on n'écoute que le sien ? Si un seul système nerveux, le tien, porte tout le temps, ce n'est pas normal.

La version où ça devient un problème, c'est quand, à chaque fois qu'il y a une discussion le soir ensemble, toi tu en sors alourdie et lui se sent plus léger.

Alors, comment est-ce qu'on fait le test ? Pose-lui une seule question : c'était quoi, ma pire semaine de cette année ? S'il est capable de répondre, même à peu près, c'est qu'il t'écoute. Si tu lui poses la question et qu'il cherche, qu'il rigole et qu'il te dit « Mais non, tu n'en as pas, tu es toujours en forme », tu viens d'apprendre que tu t'es adaptée à toutes ces discussions depuis le début de l'année.

« Tu es tellement forte » et « Toi au moins, tu ne me mets pas la pression »

Le compliment numéro 4 sonne vraiment comme un vrai bon compliment : « Tu es tellement forte ». Ce qui signifie, dans l'interligne : tu n'as besoin de personne. Mais parfois aussi, c'est autre chose. C'est un homme qui prépare le fait de ne rien faire, de ne rien donner, d'être assis sur son canapé en te disant « Tu cuisines tellement bien, tu gères tellement bien ta vie ». Les enfants, c'est toi qui les gères parce que tu es trop forte. Sa mère, la maison, le mental, toute la famille, c'est toi qui gères tout, toute seule. Il te dit forte. En réalité, tu te retrouves à gérer une intégralité de tâches sans aucune aide.

Il y a bien une version de ce compliment qui est bonne : il t'admire, il te dit que tu es forte, et en plus il est présent et il aide. Le test est très simple : est-ce que cette phrase arrive au même moment où lui ne fait rien ? Dans ce cas-là, ce n'est pas un compliment, c'est une compensation, c'est un dédommagement. Un jour, refuse le compliment une seule fois. Il te dit « Tu es forte », tu réponds « Non, pas ce soir ». Et tu regardes ce qu'il fait. S'il t'aime vraiment, il s'approche et il t'aide.

La cinquième phrase, c'est « Toi au moins, tu ne me mets pas la pression ». Ça sonne bien, mais souvent ça veut dire autre chose. Ça veut dire : toi au moins, tu ne m'as jamais demandé ce qu'on était. Le « pas de pression », c'est le mot qu'il a trouvé pour ne pas répondre à d'autres questions. En réalité, ça fait des mois qu'il est flou, et il te remercie pour le flou. Mais ce flou coûte cher, parce que dans ton cerveau, ne pas savoir, ce n'est pas un état neutre. Ne pas savoir, c'est un stress. L'incertitude est une menace qui n'est pas résolue. Et ce flou, aujourd'hui, est-ce que c'est lui qui le porte ? Non, c'est toi.

Alors toi, dans ta tête, tu vas mettre un délai : fin octobre, je me déciderai. Et puis les mois passent, la deadline est reportée à chaque fois. Il voit bien que tu vas craquer, il te donne deux ou trois miettes en plus, juste assez pour espérer jusqu'au mois prochain. Les miettes, tu les as, mais le gâteau entier, il n'est pas prêt à te le donner. Le test est très simple. Une seule phrase, calme, une fois : « Je ne te mets pas la pression parce que je n'ai jamais posé la question, et je te la pose maintenant. Où est-ce qu'on va ? Où est-ce qu'on en est ? » Puis tu arrêtes de demander et tu commences à observer.

Moins, moins, moins : une seule consigne, tu exiges moins

Tu as peut-être vu le motif qui se répète. Une femme qui est facile à vivre, ça signifie qu'en fait elle exige moins. « Toi, tu n'es pas comme les autres » signifie que tu demandes moins que les autres. « Avec toi, je peux tout dire », ça signifie que tu prends sur toi et que tu réclames moins. « Tu es tellement forte » signifie que tu as besoin de moins. « Tu ne mets pas la pression », c'est que tu demandes moins de clarté. Moins, moins, moins. Cinq compliments et une seule consigne au final : tu exiges moins. Je te complimente d'en vouloir moins que les autres.

À chaque fois qu'il te félicite sur le fait que tu en demandes moins, ton système nerveux va dire : il m'a choisie pour ça. Tu es en train de signer une forme de contrat moral que tu n'as ni demandé ni accepté. Ça a même un nom en psychologie, ça s'appelle l'autosilenciation. Tu es en train de taire ce dont tu as besoin, ce que tu ressens, pour garder la relation stable. C'est très bien documenté en psychologie : plus une femme se tait, plus ses symptômes dépressifs montent. Alors oui, la relation reste stable. Toi, par contre, tu t'enfonces.

Tu avais peut-être 6 ans, 8 ans, et tu as compris, sans que personne ne te le dise, que la manière la plus sûre d'être aimée, c'était de ne pas déranger, de ne pas réclamer et d'être facile. Alors, lorsqu'un homme arrive dans ta vie 30 ans plus tard et te dit les mêmes mots, il n'est pas en train de créer une formule qui te rendrait docile, il est en train de réveiller un vieux réflexe. C'est la chaleur de ta maison d'enfance. Et une maison d'enfance, ce n'est pas toujours un endroit où on a été bien traité. Le test le plus important n'est pas sur lui, il est sur toi. La prochaine fois qu'on te fait un compliment et que tu sens cette fierté, cette chaleur en toi, demande-toi : est-ce qu'on me félicite d'exister, ou est-ce qu'on m'encourage à prendre moins de place ?

Tu t'es reconnue dans ces cinq phrases et tu voudrais réapprendre à demander sans culpabiliser ? On peut avancer là-dessus ensemble en coaching.

Questions fréquentes

Ces compliments sont-ils de la manipulation ?

Non. Ce serait tellement simple de conclure par « c'est un sale type ». Dans la grande majorité des cas, il n'y a pas de plan secret, il n'y a pas de stratégie, il n'y a pas de psychopathe. C'est un homme qui te récompense, sans même en avoir conscience, de lui rendre la vie plus simple. Le souci, c'est que ton cerveau va traiter cette appréciation exactement comme une consigne qui renforce la partie qui l'arrange, lui. Un peu comme on donnerait une friandise à un chien pour qu'il se comporte exactement comme on le souhaite.

À quoi ressemble un vrai compliment ?

C'est celui où il t'admire, c'est génial, et en plus il est présent. Voici ce que j'aimerais que ton homme prononce : « Je veux que tu me dises quand ça ne va pas. J'adore quand tu sais ce que tu veux et quand tu me dis ce que tu as envie qu'on fasse. Avec toi, j'ai envie de faire mieux et plus. » Ce genre de compliment, ça lui coûte quelque chose en plus.

Et s'il ne prononce jamais ces phrases ?

Certains hommes ne sont pas très verbeux et ils vont t'encourager à t'effacer juste par un sourire, juste par un « je t'aime ». Tu es en train de faire la vaisselle, tu es en train de t'occuper des enfants, il vient, il te prend dans les bras et il t'embrasse. Sans rien avoir dit, il vient d'encourager un comportement où tu fais plus et où lui fait moins. Tu sais maintenant analyser un encouragement : est-ce que c'est un sucre qu'on me donne pour exister moins ?

Que faire si je me suis reconnue ?

Ne conclus pas tout de suite. Ça demande beaucoup de force de rester dans la zone grise, alors que mettre un coup de tampon « classé » sur le dossier, c'est un soulagement immédiat. L'enquêtrice en toi ne doit pas conclure, elle doit juste collecter des informations dans les semaines qui viennent. Garde en tête les cinq tests, note une ligne par jour sur ton téléphone, et dans quelques semaines, tu concluras. Ce n'est pas le compliment en lui-même qui compte, c'est ce qui se passe ensuite.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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