On va parler d'un compliment que certains reçoivent de manière régulière dans leur vie, peut-être même depuis toujours. Cette phrase, c'est : « Toi au moins, tu es facile à vivre. Avec toi, tout est simple. » Peut-être aussi que parfois, dans cette équation, tu craques de temps en temps. Tu es facile à vivre. Facile, facile, facile. D'un coup, boum, ça explose, et les gens ne comprennent pas. Tu es tellement facile, tellement simple en général, qu'ils ne voient même pas pourquoi ça peut arriver.

Et tu remarqueras le premier paradoxe. Si tu es si bien que ça, si ça se passe de manière si simple, si tout le monde t'adore, pourquoi est-ce qu'en coaching, depuis plus de 20 ans, j'ai toujours ces personnes-là qui m'appellent, ces personnes-là qui ont des couples compliqués, ces personnes-là qui se font quitter, ces personnes-là qui tombent sur des manipulateurs ? Donc on commence à comprendre que ce trait de caractère est applaudi d'un point de vue social, mais que c'est aussi ce qui fait qu'on a des relations qui vont échouer, qu'on se sent seul dans notre couple et qu'on se fait manipuler par la suite. Et quand on se fait quitter à la fin, tu as peut-être déjà entendu cette phrase : « Je ne sais pas qui tu es. »

Être facile à vivre n'est pas un trait de caractère, c'est une stratégie de survie

Quand je dis vous, je me place largement dedans : je pense que ça résume 99 % de ma vie. Ce sont probablement des messages qui ont été répétés depuis très tôt dans ta vie. « Ne sois pas difficile. Sois reconnaissante. Les garçons ne pleurent pas. » La règle qui va finir par s'installer, c'est : si jamais je demande moins, si jamais j'exprime moins, si jamais je cache mes envies, si jamais je fais comme les autres veulent, alors les gens m'aimeront. C'est un enfant qui a compris que ses besoins dérangeaient. Et l'enfant a trouvé une solution géniale : faire disparaître toutes ses envies, tous ses besoins. La chose qu'on va découvrir aujourd'hui, c'est que cette équation est fausse, dans deux sens. La première, c'est que si je m'efface, je ne serai pas plus aimé, bien au contraire en réalité. Et aussi que j'ai beau effacer mes besoins, ils existent toujours.

Le coup de volant sur le verglas

Si jamais tu as déjà été à Val Thorens en voiture, tu as dû passer par du verglas. Tu avançais et, tout d'un coup, la voiture part dans la mauvaise direction, vers le fossé, vers le mur. Ton réflexe initial, c'est d'aller dans l'autre sens : je braque pour ne pas aller dans le mur. Et malheureusement, patatra, en faisant ça, la voiture part complètement et encore plus dans le mur. Lorsqu'il y a de la glace, c'est l'inverse : il faut accompagner le mouvement pour ensuite pouvoir s'en dégager. On va appliquer ça à nos relations amoureuses. Ton partenaire te dit quelque chose et pense différemment de toi ? Tu vas accepter, tu vas t'effacer. Je vais me taire, je vais suivre, je vais prendre sur moi pour ne pas finir dans le fossé. Malheureusement, j'y vais quand même, peut-être pas dans ce fossé-là, mais dans le fossé qui est juste en face.

Il existe deux façons d'être facile à vivre. On peut être soit dans l'évitement, soit dans l'anxiété. L'anxiété de l'abandon, c'est : j'ai peur qu'on m'abandonne, donc je vais en faire toujours plus, m'effacer encore plus, être toujours dans le sens de l'autre. L'évitement, c'est : je coupe totalement mes besoins pour ne pas souffrir. Donc comprends bien qu'être facile à vivre, ce n'est pas ta personnalité. C'est plus probablement ton coup de volant, et encore plus probablement une stratégie de survie face à une situation d'enfance qui se répète ou qui se prolonge à l'état adulte.

Le silence de soi : l'activité requise pour être passive

On va commencer par parler de Dana Crowley Jack, qui est psychologue et qui a passé des années à écouter des femmes cliniquement déprimées, et ce que toutes ces femmes racontaient sur leur couple. Elle a une formule que je trouve incroyable. Elle parle de l'activité requise pour être passive. En gros, ce qu'elle explique, c'est qu'être facile à vivre, ce n'est pas un état de calme. C'est un travail à plein temps. Par exemple, il faut scanner l'humeur de son mari, anticiper ce qu'il veut ou ne veut pas. On me fait une remarque, je vais devoir l'avaler. On se moque de moi, je vais devoir ne rien dire et faire en plus un petit sourire. Elle parle d'un travail qui est épuisant, qui est invisible, et elle dit aussi que personne ne vous remercie jamais pour ce type de travail.

Pendant que tu fais toute cette activité pour être passif, à l'intérieur tu peux avoir de la déception, de la solitude, de la colère, mais elles n'ont pas le droit d'exister. On a aujourd'hui 30 ans d'études à ce sujet, et on découvre dans une métaanalyse sur plus de 10 000 personnes, ce qui est gigantesque, que le lien entre se taire, ce qu'ils appellent le self-silencing, et la dépression est gigantesque. Lorsqu'on se tait, on a plus de chances de passer en dépression, qu'on soit un homme ou une femme, de manière égale. Et la dernière différence, c'est que chez les hommes, se taire n'est pas forcément bien vu. Alors que chez la femme, ce silence est applaudi. Socialement, plus tu t'effaces, plus tu disparais, plus tu mets tes besoins de côté, plus toute la société te dit bravo. Tu es une femme parfaite.

Le tableau de bord éteint : pourquoi les partenaires sains partent

Imagine que demain tu doives traverser la France en conduisant une voiture où une partie des cadrans est cassée. Est-ce que tu serais rassuré ? Probablement pas, parce que tu n'as pas l'information. Une personne qui est très facile à vivre va être exactement ce tableau de bord. Quand on te dit « Est-ce que ça va ? » et que tu réponds toujours « Oui, ça va », on ne peut pas savoir quel est ton état interne. Un partenaire qui est sain, qui est sécure, il veut ce tableau de bord. Il veut savoir avec qui il est en couple. Si le seul message que tu envoies, c'est « tout va bien, on fait comme tu veux », en ne disant pas ce que tu veux, l'autre ne te connaît pas.

Alors pose-toi la question : qui est-ce que ça va attirer, qui va rester là-dedans ? Au bout d'un moment, le partenaire sain va se fatiguer, se lasser, il aura l'impression d'une forme de monologue. Mais qui ça arrange, quand tu es silencieux, quand tu ne dis rien, quand tu ne t'affirmes jamais ? Tu le sais au fond de toi : ce sont les personnes perverses narcissiques, les personnes toxiques, les manipulateurs, les gens qui n'en ont rien à faire de ce qu'il y a à l'intérieur de toi. Eux, ils vont rester, parce que tu es bien pratique, parce que tu ne dis rien, parce que tu acceptes tout, parce que tu ne donnes pas tes besoins. Ils peuvent faire exactement ce qu'ils veulent dans la relation. Ce qui fait que le partenaire sain s'épuise, et le partenaire toxique, lui, va rester. On se dit qu'en étant gentil, je vais tout arranger dans mon couple, mais en s'effaçant, on est en train de créer pile l'inverse : on fait fuir les personnes saines, on fait rester les personnes toxiques.

Le don compulsif : générosité ou peur de l'abandon ?

Le troisième type de comportement, qui a aussi été énormément documenté, c'est le don compulsif. Dans l'étude de Fritz et Helgeson, il y a deux notions : celle de communion et celle de communion non mitigée. Dans la partie communion, qui serait saine pour le couple, c'est : je vais prendre soin de mon couple et je vais aussi me préserver. On est dans du bien-être et du soutien réciproque, et le don est un choix. La communion non mitigée, c'est : je te donne pour exister, je te donne inconsciemment pour recevoir un retour, de l'affection, un compliment, pour que tu ne me quittes pas. Et ça, c'est associé à de la détresse. Une étiquette a toujours deux faces. Est-ce que j'appelle ça de la générosité alors qu'en fait c'est juste de la peur de l'abandon ?

Dans cette étude, il y a un détail que j'ai trouvé extrêmement révélateur. Pose-toi la question suivante : lorsque quelqu'un d'autre vient aider ton partenaire, est-ce que tu ressens de la détresse ou pas ? C'est ça que l'étude cite mot à mot : ces personnes ressentent de la détresse quand leur proche reçoit de l'aide de quelqu'un d'autre. Et pour ce type de personne, dont j'ai fait partie, le problème c'est que si je ne donne pas, je disparais. Si je ne paye pas, si je ne suis pas toujours présent, si je ne réponds pas dans les 3 secondes à un SMS, alors je ne serai plus aimable.

Quand le barrage craque : l'expérience de l'ours blanc

La stratégie du silence ne peut pas durer dans la durée, ça ne marchera pas. En 87, il y a une étude qui a été créée par Wegner. On disait à des gens : « Ne pense pas à un ours blanc. » Et dès qu'on arrête de le dire, les gens y pensaient massivement. C'est exactement ce qui se passe chez les gens qui sont faciles à vivre. Tu vas te dire : « Je ne dois pas penser à mes besoins. Je ne dois pas dire ce que j'aime. Je ne dois pas faire de vagues. » Plus tu te dis ça, plus tu y penses. Et bien évidemment, au bout d'un moment, ça finira par sortir de manière gigantesque. Tu t'es retenu pendant des semaines ou des mois, et tout d'un coup, quand ça sort, c'est gigantesque. Ça crée une pression énorme dans le couple. Tu te dis donc : « Je m'en veux, je n'aurais jamais dû dire ce que je voulais. À chaque fois que je prononce mes besoins, ça fait fuir l'autre, donc je dois me taire à nouveau. » Et on rentre à nouveau dans le cycle.

Les microcorrections : ce qu'il faut changer concrètement

Alors, que fait le pilote qui ne veut pas finir dans le fossé à Val Thorens ? Il ne fait pas un grand coup de volant. Il fait ce qui s'appelle des microcorrections. Ce qui peut te sortir de tout ça, ce n'est pas de te transformer en bourreau du jour au lendemain, c'est plutôt de faire des microcorrections, des tout petits ajustements de manière à pouvoir garder la voiture dans le bon sens. Par exemple, tu peux dès aujourd'hui t'entraîner à dire un besoin. Un même silence peut vouloir dire plusieurs choses. Tu peux dire « comme tu veux » par un choix qui est authentique, si tu aimes bien les deux options. La question à se poser, c'est : pourquoi est-ce que j'ai répondu « comme tu veux » ? Si la réponse est « pour éviter d'être quitté », dans ce cas-là, il faut le corriger. Chaque micro-interaction où tu t'affirmes un tout petit peu, tu sors de ce problème-là.

Si jamais tu t'entraînais à ne plus jamais dire la phrase « comme tu veux », ou « qu'importe », ou « choisis, tout m'ira », tu dégages ça de ton vocabulaire et tu apprends à dire. Quand on te demande ce que tu veux faire ce soir, réponds par exemple : « J'aimerais bien qu'on passe du temps ensemble en allant boire un café en terrasse. » En psychologie, une chose qui est essentielle est aussi d'arriver à nommer ce qui se passe. Au moment où tu l'as nommé, tu as déjà fait 90 % du travail. « Là, je suis dans mon réflexe facile à vivre. Ça y est, j'ai recommencé. » Il y a aussi l'outil de la transparence régulée. Ça se passe en trois étapes : ressenti, déclencheur, besoin. « Je me sens un peu seul ce soir quand on est tous les deux sur notre téléphone. J'aimerais qu'on passe 20 minutes ensemble sans écran. » Je me sens, quand, j'aimerais. Rien qu'avec cette formulation, tu sais dire les choses et tu peux formuler un besoin facilement.

Alors, est-ce qu'on peut vraiment changer ce mode de fonctionnement ? Des études le montrent. Non seulement avec l'âge on peut perdre cette anxiété d'abandon et aussi cet évitement. Mais en plus, si jamais tu mets une thérapie dessus, tu vas encore accélérer le fait de te sentir mieux. Et la phrase à supprimer de votre vie, c'est le fameux « comme tu veux ».

Tu t'es reconnu dans ce profil et tu veux apprendre à dire tes besoins sans faire exploser ton couple ? Ces microcorrections, on peut les construire ensemble en coaching.

Questions fréquentes

Pourquoi les gens faciles à vivre se font-ils quitter ?

Parce que les gens détectent quand vous vous retenez. Tous les humains savent quand tu dis oui alors que tu as envie de dire non. Tu es vu comme étant inauthentique, la satisfaction du couple baisse, et à chaque fois qu'il y a baisse de satisfaction dans un couple, il y a rupture tôt ou tard. D'où cette phrase de départ atroce : « Je te quitte parce que je ne sais pas qui tu es. »

Être facile à vivre, ce n'est pas juste de la gentillesse ?

Une étiquette a toujours deux faces. Est-ce que je suis bienveillant ou, si je la retourne, est-ce que je ne suis pas juste dépendant affectif ? Est-ce que je suis patient ou est-ce que je n'ai pas juste éteint tous mes besoins et toutes mes envies ?

Qui reste en couple avec quelqu'un qui ne dit jamais rien ?

Les personnes perverses narcissiques, les personnes toxiques, les manipulateurs. Eux, ils vont rester parce que tu es bien pratique, parce que tu acceptes tout, parce que tu ne donnes pas tes besoins. Le partenaire sain, lui, s'épuise : une personne saine veut savoir qui tu es.

Comment arrêter de dire « comme tu veux » ?

Par des microcorrections, pas un grand coup de volant. Entraîne-toi à dire un besoin, dégage « comme tu veux » de ton vocabulaire, nomme ton réflexe quand il revient, et utilise la transparence régulée en trois étapes : ressenti, déclencheur, besoin. Je me sens, quand, j'aimerais.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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