Contrairement à ce qu'on pourrait penser, une personne évitante peut tomber amoureuse. Et ça va se passer en quatre étapes qu'on va détailler aujourd'hui. La toute première s'appelle l'amour conceptuel : les évitants aiment bien l'idée de l'amour, mais ils n'en ont pas fait l'expérience. Ils savent que l'amour existe, mais ils ne savent pas exactement comment faire pour l'obtenir. Ensuite viennent l'engagement, la crise, puis, pour certains, la reconstruction.
Phase 1 : le jour où il t'a trouvé, parfait sur le papier
À un moment donné, les évitants auront envie d'autre chose. Ils vont vouloir quelque chose de plus sérieux, quelque chose de plus stable. Et l'évitant, qui intellectualise toujours sa relation amoureuse, va choisir un, deux ou trois candidats potentiels. Il crée toujours des conditions secrètes. Par exemple : cette personne doit être toujours positive, elle doit m'exciter en permanence, je dois avoir mon pic de dopamine pendant des années. Ou encore : elle ne doit pas me mettre en insécurité, donc elle ne doit jamais me critiquer, elle ne peut pas trop en demander. On ne doit pas non plus me mettre la pression pour m'engager dans le temps. Mais attention, ces conditions ne seront jamais indiquées clairement. Tu ne les connaîtras jamais. Tu vas les découvrir après.
Ce jour précis où ils ont eu envie de plus, ils t'ont rencontré, toi, peut-être par hasard. Tu as été trouvé parce que tu étais parfait sur le papier. De manière intellectuelle, tu remplissais les critères. Tu avais quelque chose de plus, et tu as peut-être même vécu une phase de love bombing qui était intense pendant les premiers mois. Parce que parfois, oui, ça arrive : un évitant est submergé de manière très intense par quelqu'un d'autre. Ce sera souvent une personne qui a un attachement anxieux, ou encore borderline ou désorganisé. Cette personne va envoyer énormément d'attention sur eux. Ça va créer une intensité émotionnelle extrême en eux. Et oui, il peut y avoir à ce moment-là un afflux de dopamine, évidemment, mais aussi un afflux d'ocytocine, ce qui va créer une confusion totale chez eux. Ils n'ont jamais ressenti ça, ils n'en ont jamais fait l'expérience, et tout à coup ça arrive.
Phase 2 : l'engagement, le rôle du partenaire idéal
Ça se passe très bien au début, pendant les 6 à 12 premiers mois. On veut aller plus loin, on veut s'engager, et là, il va jouer le rôle du partenaire, le rôle de l'homme idéal, le rôle de la femme idéale. De manière surprenante, l'évitant peut décider de s'engager. Il y aura une relation officielle, il y aura peut-être même des fiançailles, peut-être même un mariage, peut-être même le fait de penser à avoir des enfants ensemble. Pourquoi, alors que cette personne évite ? Premièrement, parce qu'il se dit que l'amour viendra avec le temps. Il n'a jamais réussi précédemment ; il suffit peut-être, dans son cas, d'être patient. Probablement aussi parce qu'on est tous, même si on pense que ce n'est pas le cas, sous une forme de pression sociale : tous les gens autour de moi sont en couple, je ne veux pas passer pour le vilain petit canard, je veux également être en couple.
Alors, ils vont commencer à jouer un rôle, un peu comme un acteur à qui on aurait filé un script. Ils vont essayer d'être parfaits de manière intellectuelle et non pas émotionnelle. Ils vont jouer le script pour sembler cohérents. Ils vont offrir parfois de la sécurité matérielle, de la protection, ce qui ressemble à de la stabilité. Ça peut être un homme qui travaille beaucoup, ça peut être une femme qui va fournir un cadre. Mais il y a deux choses que tu n'auras pas là-dedans. Tu n'auras pas de sécurité émotionnelle : tu as toujours cette espèce de chose en toi qui ressent qu'il y a un problème depuis le début de la relation. Tu ressens qu'il est un peu différent d'une personne qui serait vraiment amoureuse. Ça a le goût de la relation amoureuse, mais c'est bizarre. Et il ne t'offre pas non plus de connexion émotionnelle. C'est une personne avec qui tu passes beaucoup de temps, mais ça reste un mystère pour toi. Tu n'arrives jamais à être vraiment proche de lui.
La chute de dopamine, comme la chute d'une falaise
Le décalage commence à se faire de plus en plus gros au fil des mois. Toi, tu as des émotions et des besoins. Toi, tu es en train de créer de l'attachement. Par exemple, tu as une journée difficile, tu rentres le soir, tu as envie de partager ce qui t'est arrivé avec ton partenaire. Ce n'est pas comme ça qu'il va le prendre. Il ne va pas se dire : tiens, on se connecte enfin, on va pouvoir se rapprocher. Lui, il ressent de la pression, de l'engagement, une demande à laquelle il ne sait pas répondre. Il devient irritable. Vous habitez ensemble, vous êtes en couple, et pourtant cet événement-là marque votre différence de fonctionnement. Pour toi, c'est un besoin humain de connexion pour venir calmer ta journée. Pour lui, c'est le cortisol qui démarre, l'hormone du stress.
La dopamine commence à s'effondrer au bout de 3 à 7 mois. Imagine ça comme la chute d'une falaise. C'est gigantesque, la chute de la dopamine est quasiment visible à l'œil nu. Ça tombe un grand coup. Il commence à voir que tu n'es pas le partenaire idéal, et dans son modèle intellectuel de la relation, il voit ça comme une entreprise. Le coût émotionnel augmente chaque jour. Tu demandes de plus en plus de connexion intime, parce que toi, ce que tu veux, c'est t'engager réellement dans la relation. Malheureusement, si les coûts augmentent pour lui, ses bénéfices diminuent. La relation est beaucoup moins excitante, les attentes augmentent, les discussions sur l'engagement commencent à être présentes. Tu étais la personne la plus excitante au monde parce que tu créais de la dopamine chez lui. Tout à coup, tu deviens la personne la moins excitante, et tous les autres deviennent mieux que toi. Par exemple, un ex devient plus attirant que toi, parce que ça pourrait recréer ce pic de dopamine. Ou encore quelqu'un au travail, ou un inconnu sur les réseaux sociaux.
Il peut même te proposer des plans pour continuer à maintenir sa dopamine. Par exemple, il te dit : et si on ouvrait notre couple ? Et si on faisait un plan à trois ? Et toi, tu réponds : je ne sais pas, ce n'était pas exactement ce que j'avais prévu, j'avais plutôt envisagé qu'on pourrait s'engager, créer une famille, faire quelque chose d'autre qu'un plan à trois. Il cherche désespérément à recréer cette excitation. Il n'arrive plus à la trouver en interne. Qu'on se comprenne bien : il ne veut pas forcément te quitter, mais il a besoin d'avoir des sources externes de dopamine. Il peut donc fréquenter d'anciennes relations, il peut draguer. Et si au début il tente maladroitement de trouver des réponses externes pour compenser le manque interne, ça va malheureusement vite se transformer en autre chose. Les solutions externes ne fonctionnent pas pour compenser l'interne. Il doit s'échapper.
Phase 3 : la crise et le cycle anxieux évitant
On en arrive à la phase 3, la crise. Celle-ci, tu l'as vue arriver, tu ne peux pas être passé à côté. C'est compliqué. Cette personne se ferme. Tu essayes de lui parler, tu n'y arrives pas. Il peut parfois se dire qu'intellectuellement tu es parfait mais que ça ne fonctionne pas, donc que c'est peut-être lui le problème. Mais malheureusement, ce n'est pas très fréquent. Tu seras plus souvent pointé du doigt. Il va devenir silencieux, distant, introspectif. Cette phase peut durer de quelques semaines à quelques mois. Le conflit éclate. L'évitant te dit : je ne ressens plus la même chose. Pour toi, c'est l'abandon. On arrive dans le fameux cycle anxieux évitant. Quand il se retire, tu te dis que personne sur terre ne voudra de toi. Tu lui dis : parle-moi, écoute-moi, dis-moi ce qui t'arrive. Tu es dans l'incompréhension la plus totale. Tu ne comprends pas comment on a pu passer du couple parfait à ça. Pour toi, ça n'a absolument aucun sens. Et lui, ce qu'il va ressentir, ce ne sera pas un besoin de communiquer : il va ressentir de l'étouffement. Plus tu veux te rapprocher de lui et comprendre, plus il se sent sous pression, plus il se retire. Trois pas en arrière chaque fois que tu avances vers lui. On arrive dans un cercle vicieux parfait. Et à un moment donné, il décide tout seul que cette relation ne fonctionnera pas, et il prend la décision sans même te concerter.
La bifurcation : la fuite ou la remise en question
À ce moment-là, il y a deux chemins possibles, une bifurcation. Certains évitants choisissent la fuite. Ils vont prendre dès le lendemain une application de rencontre, ils vont se mettre dessus et ils vont chercher de nouvelles aventures, à la quête de la dopamine perdue, le titre d'un film. Ça revient temporairement, mais ça repartira juste après. Le chemin 2, c'est celui de la remise en question. Il se dit : et si ce problème venait de moi ? Malheureusement, ça peut arriver très tard. J'ai notamment un homme de 62 ans qui m'a contacté, qui a enfin compris que son problème venait de lui et qui a perdu sa vie entière à ne pas comprendre comment fonctionnait réellement l'amour. Heureusement, pour certains, un vrai travail, un vrai chemin d'acceptation et une reprogrammation du cerveau sont possibles.
Phase 4 : la reconstruction
Cette phase de reconstruction doit démarrer avec un partenaire qui est sécurisé, qui est stable, qui est calme, qui est patient, qui est clair. Et là, dans ce cas-là, la discussion devient possible. La phrase que tu lui as peut-être dite, c'était : qu'est-ce que je dois faire pour te plaire ? Ce n'est pas du tout la bonne phrase. La vraie phrase serait : de quoi est-ce que tu as besoin pour te sentir bien et apaisé dans cette relation ? Lorsqu'il travaille sur lui, l'évitant va apprendre à calmer son système nerveux. Dans le temps, il va quitter son mode de stress permanent. Il va sortir du mode guerre pour enfin entrer dans un mode de paix. Ça peut prendre quelque part entre 1 et 2 ans. Il va apprendre à faire la différence entre ce qu'il a vécu dans son enfance et sa vie adulte. Il va apprendre à se montrer vulnérable. Il va apprendre que se connecter proche de quelqu'un peut libérer une hormone géniale, sans aucun stress. Il va apprendre à exprimer ses émotions sans devoir picoler.
Cette nouvelle sensation, c'est : je peux baisser ma garde près de toi. Et cette découverte va pouvoir se déclencher dans d'autres sphères de leur vie, comme par exemple à leur travail, ou en amitié, ou même dans leur famille. Ils arriveront dans une phase de sécurité relationnelle. La communication sera plus simple. Plus besoin de se cacher, plus besoin d'avoir peur. La relation peut être transparente, stable, sécurisante, bienveillante au quotidien. La confiance se rétablira par les mots bien sûr, par votre façon d'aborder le sujet, de rassurer, de communiquer, mais aussi par les actions que vous allez partager ensemble.
Tu vis ces phases avec un partenaire évitant et tu veux savoir quels comportements adopter ? Réserve une séance de coaching pour travailler ta situation.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la dopamine en début de relation ?
Il y a une durée en biologie pour ça dans une nouvelle relation : ça va durer statistiquement quelque part entre 3 mois et 7 mois. Puis la dopamine va diminuer progressivement, laissant place massivement à l'ocytocine, l'hormone de l'attachement, que l'évitant, lui, n'a malheureusement pas.
Pourquoi l'anxieux et l'évitant se choisissent-ils ?
Si vous vous êtes rencontrés, ce n'est pas totalement un hasard. L'anxieux a été attiré par l'évitant parce qu'il incarne ce qu'il pense ne pas avoir : cette personne est forte, indépendante, elle ne dépend de personne. Et l'évitant a pensé d'autres choses sur toi : cette personne est vivante, cette personne ressent intensément, c'est exactement ce qui manque chez lui. Avec elle, la vie est en couleur. Au début, ça a été passionné. Malheureusement, au bout de 6 à 12 mois, c'est devenu infernal.
Est-ce que l'évitant comprend ce qui lui arrive ?
Au tout début, quand ça commence à chuter, ça le surprend lui-même. Il ne comprend même pas ce qui lui arrive. Si tu lui poses la question de pourquoi il se comporte comme ça, il ne saura même pas précisément te le dire.
Que dire à un évitant pour ouvrir la discussion ?
Pas « qu'est-ce que je dois faire pour te plaire ? », ce n'est pas du tout la bonne phrase. La vraie phrase serait : de quoi est-ce que tu as besoin pour te sentir bien et apaisé dans cette relation ? Et elle ne fonctionne qu'avec un partenaire sécurisé, stable, calme, patient et clair.
Tu te retrouves dans ces dynamiques ?
J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.
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