Nous allons parler des empathes, ceux qui ressentent tout plus fort que les autres. C'est peut-être votre cas : vous avez peut-être l'impression de ressentir des choses que les autres gens ne ressentent pas, et peut-être même que ça vous a joué des tours dans la vie. Si jamais tu es une personne qui a beaucoup d'empathie, tu passeras par trois phases. Je te propose de te parler de ce parcours, parce que tu es probablement dans l'une de ces phases. Sachant que la phase numéro 2 est la plus compliquée.
Phase 1 : l'amour sans limite
La toute première s'appelle l'amour sans limite. Tu aimes tout le monde autour de toi. Tu étais peut-être un petit garçon ou une petite fille qui aimait tout le monde. Dans ton univers, il n'y avait pas de méchant. Chacun avait ses différences, ses spécificités, tu ne voyais même pas forcément le mal là-dedans. Tu aimais les gens sans aucune prudence, tu te confiais aux autres sans réfléchir à ce qu'il fallait dire ou ne pas dire. Et peut-être même que tu as pensé que ta valeur dépendait de ce que tu donnais aux autres.
D'où vient ton empathie
Derrière une personne qui a beaucoup d'empathie se cache souvent un attachement anxieux. L'empathie marche comme ça : parce que tes parents ne t'ont peut-être pas donné de l'amour de la bonne manière, tu as développé cette empathie. Un exemple caricatural, extrême : admettons que ton père soit quelqu'un de violent. Tu devais développer ton empathie pour savoir s'il allait devenir violent ou pas. Là où d'autres enfants auraient juste joué à des jeux vidéo ou lu des bandes dessinées, toi, tu étais devenu expert dans le fait de pouvoir lire ton père. Si ton père n'est pas violent, c'est peut-être ta mère qui ne montrait pas beaucoup d'amour. Tu t'es entraîné à lire plus que les autres ce que ta mère ressentait. Tu es comme dans ce film, dans un sous-marin, celui qui devait écouter les bruits. Il a une oreille absolue, il peut mieux écouter les bruits que n'importe qui d'autre dans ce sous-marin pour venir voir une menace. Toi, c'est pareil. Tu as développé dans ton enfance cette capacité incroyable à avoir de l'empathie, à mieux lire les autres, parce que c'était important pour ta survie.
Et c'est ce qui crée généralement de l'attachement anxieux. Maman est distante, papa n'est pas tellement là, ou l'un des deux a une forme de violence ou ne montre aucun signe d'amour. Du coup, je développe cet attachement anxieux, à me dire que je dois être plus pour être aimé. Ça vient de : si je ne plais pas suffisamment, alors je serai rejeté. Souvent, c'est un enfant qui doit deviner l'état émotionnel de l'un de ses parents, soit un parent qui ne montre pas assez, soit un parent qui peut exploser, qui est aléatoire et qu'il faut deviner à l'avance. Donc tu crées un faux self, un masque qui est adapté, poli, plus gentil, plus aimable, plus serviable, pour que tes parents t'aiment. Et bien évidemment, ce masque qui s'appelle le faux self, tu vas le garder quand tu seras à l'âge adulte également.
Le masque qui finit par te coller à la peau
Le faux self, le faux soi, est déconnecté de ton vrai toi-même, de ton vrai self. Il y a une différence entre qui tu es à l'intérieur, ce que tu ressens vraiment, et ce que tu montres, qui est comme une espèce de masque de Venise. Sauf qu'au bout d'un moment, à force de donner de l'amour à tout le monde, à force de vouloir être tout le temps gentil, tout le temps accepté, tu finis quasiment par fusionner avec ce masque. Une personne normale, par exemple, s'habille en jean t-shirt. Lorsqu'elle va à son travail, elle va mettre un costume, une cravate, ou alors une jupe, un tailleur, avec un certain type de langage. Elle aura deux personnalités, tout en sachant très bien qu'en journée, elle met une forme de personnalité en avant. Lorsqu'elle rentre le soir à la maison, elle peut s'étaler sur son canapé, dire n'importe quoi, être en t-shirt troué et rigoler. Son vrai self, c'est cette personne sur ce canapé. Son faux self, le masque qu'elle met en journée, c'est celui de quelqu'un de distingué. Mais elle met ce masque en conscience. Elle sait que ce sont les codes à respecter, et elle sait qu'elle n'est pas, au fond d'elle, cette personne avec ce costume cravate. C'est là la différence avec un empathe : il devient quasiment collé à son masque, collé à son déguisement de personne extrêmement gentille, serviable. Ça devient quasiment sa personnalité, comme si Spider-Man était collé dans son déguisement et ne pouvait plus en sortir à la fin.
Voici quelques exemples concrets, qui vont généralement de l'enfance jusqu'à une partie de l'âge adulte. Tu passes une soirée à maintenir la bonne ambiance alors qu'en vérité, tu es fatigué, tu en as marre, tu veux juste rentrer chez toi. Après une dispute avec ton partenaire, tu te dis : qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Même si ce n'est pas toi qui es fautif là-dedans, même si c'est la faute de l'autre. Ou encore, tu vas finir par attirer des vautours qui adorent ces gens qui sont gentils comme toi, ces gens qui sont pleins d'empathie. Ils vont pouvoir profiter de toi. Le résultat, c'est que tu t'oublies, tu te fatigues, tu n'en peux plus, tu enchaînes les relations toxiques, ou tu peux même faire des burn-out.
Phase 2 : la nuit noire
À la fin de cette phase 1, il y a un déclencheur qui peut avoir différentes formes selon les personnes. C'est la grande bascule entre l'ancien monde où tu aimais tout le monde et ce nouveau monde où tu réalises qu'il y a un problème. La grande bascule, c'est la fin du schéma. Tu donnais pour être aimé, tu réalises que ça ne marche pas. Ce que tu as essayé en vain de faire avec papa maman, j'en fais plus, je vous aime encore plus, je vous rends encore plus service, n'a pas marché avec eux. Mais tu comprends que ça ne marche pas non plus à l'âge adulte, avec tes relations, qu'elles soient professionnelles ou amicales. La personne empathe réalise qu'elle a passé des années à croire que sa gentillesse allait lui garantir de l'amour infini, de la sécurité et de la loyauté. À la place de ça, tu as été utilisé, trahi, voire même massacré émotionnellement. Ce qui est caractéristique de cette phase 2, en pleine nuit noire, c'est que tu n'oses même pas en parler aux autres, de peur de les déranger. Tu restes cette personne gentille, bienveillante, qui veut être acceptée par tout le monde. Donc tu restes avec cette espèce de noirceur, dans cette douleur solitaire, sans même oser en parler.
Voici quelques exemples de déclencheurs de cette phase 2. Ça peut être une rupture, un divorce ou une trahison : tu as tout donné pour ce mariage, ça ne marche pas, tu finis par être trompé par ton mari ou par ta femme. Tu as donné tout, quasiment même ton âme, et ça ne marche pas. Ça peut être aussi une trahison avec un ami proche, ou une rupture où tu as l'impression que tu t'es complètement perdu dans la vie de l'autre. Ça peut être dans d'autres domaines, comme un épuisement professionnel : tu fais un burn-out, tu as tout donné dans ce travail pour que ça fonctionne, et ce n'est pas suffisant, on t'en demande encore plus. Ça peut être une amitié toxique : tu réalises tout d'un coup qu'une grande partie de tes amis profitent de toi. Ça peut être aussi une crise existentielle à 40 ou 50 ans : tu te dis, je ne vais pas faire une deuxième partie de ma vie en donnant autant aux autres pour en recevoir si peu. Tu commences à lire, à consulter. C'est la fin du masque, qui s'effrite doucement.
Ce qui a toujours fonctionné, ce que tu pensais marcher, être gentil, aider, réparer, pardonner, ne marche plus. Tu réalises que ça ne donne pas le résultat que tu attends. Tu comprends que tu ne peux pas continuer dans le même système. C'est ça qui est perturbant quand tu arrives dans cette phase 2 : ce que je faisais avant ne fonctionne pas, et même si j'en faisais deux fois plus, ce qui serait impossible, ça ne marcherait toujours pas. Toute ta programmation interne s'effondre. Tu pensais que tes parents t'aimeraient comme ça, tu pensais que tes amis t'aimeraient, tu pensais qu'à ton travail, ça marcherait, et tu découvres l'inverse. Ce n'est pas que perdre une relation amoureuse, ce n'est pas que perdre un ami, ce n'est pas que perdre un travail : c'est perdre les fondements entiers de ta vie. Tout s'écroule, parce que ton système de croyances, ton système de fonctionnement, ton OS, ta programmation comme pour un ordinateur, ne fonctionne pas. Il faut tout recommencer à zéro. Parfois, on regarde en arrière et on ressent de la rage vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis des autres aussi, mais surtout vis-à-vis de nous. Comment est-ce que j'ai pu accepter tout ça ? Comment est-ce que j'ai fait pour être aussi naïf, pour faire confiance à cette personne ? Tu découvres que tu avais mis une étiquette sur ta tête, celle du gentil, celle de la personne géniale, celle qui est toujours là pour rendre service. Une étiquette a toujours deux faces. Sur cette même étiquette, on pourrait lire personne gentille, et si on la retourne, on pourrait aussi lire autre chose : j'ai agi parce que j'avais peur de ne pas être aimé. La grande révélation, à la fin de cette phase 2, c'est que tu as été conditionné par la peur du rejet toute ta vie. L'attachement anxieux est une prison de verre autour de nous. On est enfermé dedans, on ne vit qu'à travers le prisme de la peur d'être rejeté.
Il va se passer quelque chose que peut-être seules les chenilles peuvent vivre. Une chenille se balade sur un arbre, sur une branche, et tout d'un coup, elle devient un cocon. Après ça, vous connaissez l'histoire, ça va devenir un papillon. Mais je pense que chaque chenille qui, à un moment donné, se retrouve enfermée dans un cocon, complètement transformée, doit penser : là, c'est vraiment sûr, c'est la fin. Ce n'est pas ça qui se passe. Le cocon se transforme ensuite en papillon. Pour une personne qui a de l'empathie, la fin de cette phase 2, elle est exactement là : c'est foutu, ça n'a pas de sens, je ne sais pas où je vais. Alors qu'en fait, il se passe quelque chose d'ailleurs.
Phase 3 : la reprise du pouvoir personnel
La dernière phase, c'est la reprise du pouvoir personnel. C'est la paix intérieure. Tu as l'impression d'une force tranquille en toi, l'impression d'une renaissance. Le papillon, encore une fois, est une image géniale. Tu arrêtes d'attendre qu'on te choisisse. Tu sais enfin dire non. Tous tes mouvements dans ta journée ne sont pas guidés par le simple fait d'être accepté. Tu sais maintenant que personne ne t'abandonne, parce que finalement, tu te trouves assez bien avec toi-même. Tu finis même par adorer passer du temps tout seul avec toi. Par exemple, tu reçois un SMS blessant. Dans le temps, tu aurais répondu par panique, en cherchant en quoi tu étais en faute, en cherchant comment t'excuser. Aujourd'hui, tu respires, tu choisis le silence, ou peut-être même que tu enverras juste la bonne réponse dans quelques heures, voire même dans quelques jours. Tu sais dire non sans honte. Tu sais aller au restaurant et dire exactement ce que tu veux, et dire si c'était mauvais. Je prends des exemples bêtes parce que je veux que vous compreniez à quel point, quand on a beaucoup d'empathie, on n'ose plus rien dire de peur de faire du mal. Lorsqu'on est passé dans cette phase 3, même des choses toutes bêtes, comme au restaurant, comme dans son couple, comme à son travail, on finit par arriver à les dire, et on est même surpris que ça se passe bien, qu'il n'y ait pas de problème.
Tu sais quitter une relation où tu n'es pas respecté, en te disant : je préfère être seul et tranquille que d'être avec ce genre de personne. Quand tu vas aider quelqu'un, c'est parce que tu le décides, et non pas parce que tu as peur d'être abandonné par l'autre. Et ne pense pas que cette phase 3, c'est moins ressentir, c'est moins aimer. Au contraire, tu ressens exactement la même chose, tu ressens tout autant les choses, sauf que maintenant, tu as réussi à prendre de la distance et à décider de te choisir toi, et non plus de choisir les autres. De ne plus avoir peur d'être abandonné.
Tu es en pleine phase 2 et tu n'oses en parler à personne ? C'est exactement le genre de traversée qu'on peut faire ensemble en coaching.
Questions fréquentes
Pourquoi les empathes attirent-ils les personnes toxiques ?
Tu finis par attirer des vautours qui adorent ces gens gentils, pleins d'empathie. Ils vont pouvoir profiter de toi. Le résultat, c'est que tu t'oublies, tu te fatigues et tu enchaînes les relations toxiques.
D'où vient une grande empathie ?
Derrière une personne qui a beaucoup d'empathie se cache souvent un attachement anxieux. Tu as développé dans ton enfance cette capacité à mieux lire les autres, parce que c'était important pour ta survie.
C'est quoi, le faux self ?
C'est un masque adapté, poli, plus gentil, plus serviable, créé pour que tes parents t'aiment, et déconnecté de ton vrai toi-même. L'empathe finit quasiment par fusionner avec ce masque.
Est-ce que la phase 3 veut dire ressentir moins ?
Non. Tu ressens exactement la même chose, sauf que tu as réussi à prendre de la distance et à décider de te choisir toi. Quand tu aides quelqu'un, c'est parce que tu le décides.
Tu te retrouves dans ces dynamiques ?
J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.
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