Si tu as vécu une relation toxique, tu as peut-être l'impression de devenir fou aujourd'hui, ou folle. Par exemple, tes clés, tu ne les retrouves plus. Dans le temps, tu savais exactement où elles étaient. Aujourd'hui, c'est compliqué. Tu as des rendez-vous que tu oublies. Tu ne sais plus exactement ce que tu as dit il y a 10 minutes. Parfois, dans une soirée, tu es là mais tu n'es plus là, tu es comme dissocié de ton propre corps. Parfois, on te parle mais c'est comme si tu n'entendais pas exactement ce qu'on te disait. Si on te demande ce que tu as fait la veille, ça devient compliqué.
Alors, ce n'est pas une démence précoce, c'est juste les effets d'un traumatisme dû à une relation toxique. Ça m'est arrivé, j'en ai encore quelques petites traces pour ma part aujourd'hui. Et j'aimerais te déculpabiliser, te rassurer, t'expliquer exactement ce qui s'est passé et comment faire pour réparer cette belle machine qui est ton cerveau.
Le cortisol, une hormone utile qui devient corrosive
Commençons par pourquoi ça arrive. Il y a une hormone qui s'appelle le cortisol. Le cortisol, ce n'est pas une hormone méchante. En principe, c'est censé t'aider dans la vie. Si par exemple un chien te court après dans la rue, c'est ce qui fait que ton système va tout focaliser sur l'énergie pour courir et non pas sur les autres fonctions du corps. C'est aussi ce qui vient réguler ton énergie, c'est aussi ce qui te lève le matin. Le cortisol a plein d'effets bénéfiques lorsque le stress est temporaire.
Le souci qu'on a avec une relation toxique, c'est que le stress est permanent. Que ce soit dans une relation amoureuse toxique ou avec un patron tyrannique, tu as trop de stress de manière continue et ton cortisol va se déverser en permanence. Et quand c'est fait de manière prolongée, à haute dose, il y a ce qui s'appelle un effet corrosif. Typiquement, le cortisol va venir grignoter les connexions entre tes neurones. C'est un peu comme si les câbles de ton ordinateur commençaient à fondre ou à être rouillés. Donc tes neurones sont attaqués. Mais ce n'est pas tout.
L'amygdale s'enflamme, l'hippocampe rétrécit
Il y a aussi l'hippocampe. L'hippocampe se trouve juste sous l'amygdale. L'amygdale, c'est le centre de tes émotions. L'hippocampe a deux grandes fonctions principalement : c'est le siège de ta mémoire et c'est aussi le siège de ton orientation spatiale, où tu es sur terre quand tu vas faire des courses, où se trouve le magasin, où se trouve ta maison, où se trouve ta voiture. Et sous l'effet du cortisol permanent, il va se passer deux choses. On pense souvent que l'amygdale, le siège de nos émotions, va diminuer. Ce n'est pas le cas. Au contraire, elle va comme s'enflammer, devenir plus réactive ou plus grosse. C'est un peu comme si une alarme de voiture devenait ultra sensible. Quand tu es dans une relation toxique ou quand tu en sors, tu peux te retrouver dans un état dit d'hypervigilance. Si jamais un ton de voix change un peu, dans ta tête il y a danger. Un regard différent, danger. Un bruit que tu ne connais pas, danger également. Et c'est peut-être ton cas aujourd'hui : au quotidien, tu es comme plus réactif que ce que tu l'étais précédemment. Tes émotions sont déclenchées plus vite et plus fort.
L'hippocampe, qui est plus au cœur de notre sujet, c'est ta capacité de mémorisation. Elle va se rétrécir. On peut même l'observer sur un scanner : tu verras que ton hippocampe perd de la taille. Tu as moins de capacité de mémorisation et tu sais moins mettre dans le contexte ce qui t'arrive. Ton cerveau a fait ça pour que tu puisses survivre. Il a fait un choix économique. Maintenir des souvenirs nécessite beaucoup d'énergie. Il s'est dit : cette personne est en danger, on va plutôt venir activer l'amygdale de manière à ce qu'elle puisse ressentir les émotions plus fort et pouvoir fuir en cas de problème. Peut-être même qu'aujourd'hui tu te rappelles de certaines émotions que tu as eues pendant des disputes avec cette personne toxique, mais tu as du mal à relater le fait précis.
Le gaslighting, un facteur aggravant
Il y a un facteur aggravant à ça, c'est ce qui s'appelle le gaslighting. Ton partenaire t'a peut-être contredit ou a transformé la réalité, et ta mémoire est comme brouillée. Tu lui as prêté 100 euros la veille, le lendemain il te dit : tu ne m'as jamais prêté 100 euros. Il t'a dit quelque chose la veille, le lendemain il te dira : je n'ai jamais dit ça, c'est toi qui l'as dit. C'est ce qui s'appelle une dissonance cognitive. Le manipulateur est en train de nier ta réalité. Je n'ai jamais dit ça, je n'ai jamais fait ça, toi par contre tu as fait ceci et cela. Vous partez d'une soirée en voiture, vous n'êtes plus qu'à deux alors qu'il y avait plein d'amis dans cette maison, et il va te dire que tu t'es mal comporté. Sauf que la dissonance cognitive, ton cerveau, il n'aime pas beaucoup ça. Et pour éviter la souffrance, il finit par douter de lui-même. Et pour que ça s'arrête, il arrête d'enregistrer les informations : comme ça, il n'a plus à gérer le conflit.
Un mini test : compte le nombre de oui
Je te propose un tout petit test pour savoir où ton cerveau en est. Compte le nombre de oui que tu as dans la liste que je te donne. Premier point : est-ce que tu as une forme d'amnésie au travail ? Tu commences des tâches, tu ne sais plus exactement si tu les as démarrées ou pas, ou là où tu en es par rapport à ce que tu dois rendre. Deuxième : tu as comme une espèce de brouillard temporel. Les 6 derniers mois ou les 12 derniers mois sont comme un espèce de flou sans repère, tu te trompes parfois sur des dates. Troisième : parfois, à la place de dire les bons mots, les vrais mots qui vont dans une phrase, tu vas mettre truc, bidule ou machin. Tu as du mal à te rappeler précisément certains mots de vocabulaire. Quatrième : tu peux aussi parfois bégayer ou chercher tes mots, uniquement dans certains types de situations ou avec certaines personnes.
Cinquième point : tu peux avoir ce qui s'appelle une désorientation spatiale. Tu es perdu dans un lieu familier. Tu devais tourner à droite pour rentrer chez toi, tu vas tourner à gauche. Tu savais exactement où se trouvait tel objet, tu ne sais plus où il est aujourd'hui. Sixième : tu peux avoir une forme d'amnésie de certains conflits. Tu te rappelles très bien de l'émotion, mais pas exactement de ce qui s'est passé. Septième point : lorsque les gens te parlent, parfois ils démarrent leurs phrases mais c'est comme si tu n'enregistrais pas ce qu'ils te disaient. Tu vois leurs lèvres bouger, tu entends parfaitement les mots, mais au bout de quelques secondes, tu es perdu dans leur récit. Et huitième : tu peux avoir une forme de dissociation. Tu vas par exemple dans une soirée avec des gens, tu es là physiquement mais mentalement tu es absent, comme déconnecté de ton propre corps.
Est-ce que c'est irréversible ?
La question suivante, bien évidemment, c'est : est-ce que je serai endommagé à vie ? Est-ce que mon cerveau va rester comme ça ? Parce que parfois on a l'impression que ça dure depuis des semaines, des mois ou même des années et qu'on n'arrivera jamais à guérir. Et j'ai une très bonne nouvelle pour toi : oui, c'est réversible. Mais il faut que tu saches quelque chose. Plus vite on part d'une relation toxique, plus vite on va guérir. Plus tu as été exposé à ce stress, plus tu as généré de cortisol et plus c'est venu modifier ton hippocampe et ton amygdale. On pourrait dire que 6 mois d'emprise, par exemple, pourraient créer quelques sentiers de la peur, et 10 ans vont créer plutôt des autoroutes. Mieux vaut que ce soit le plus court possible, mais il n'y a pas qu'une question de durée, il y a aussi une question d'intensité. Si jamais cette personne a été intensément toxique pendant 6 mois, c'est probablement équivalent à quelqu'un qui l'aurait été de manière modérée pendant 10 ans.
Les meilleurs rituels pour aller mieux rapidement
Tout d'abord, se mettre dans une réelle sécurité, au calme. Bien évidemment, tant que tu seras en danger, ça ne fonctionnera pas. Évite de recroiser cette personne, évite de recroiser les amis de cette personne, évite de fréquenter les lieux où traîne cette personne, évite d'aller regarder l'Instagram de cette personne. Mets ce problème loin de toi, c'est ce qui fait que tu te sentiras au calme et en sécurité. Fais du sport : de 15 à 30 minutes suffisent pour booster ce qui s'appelle le BDNF, qui est l'engrais du cerveau. Mets-toi au calme, mets-toi dans le silence, mets-toi dans la nature. Tu peux aller faire quelques séances d'EMDR. Pour rappel, dans le temps, on réservait ça à ceux qui revenaient de guerre pour débloquer leur mémoire traumatique. Il s'avère que ça fonctionne très bien et, en quelques séances, tu peux retrouver beaucoup de tes capacités.
Le journaling aussi. Les Québécois parlent de flusher, comme quand on appuie sur la chasse d'eau des toilettes. Tu sors tes idées de ta tête, tu les écris dans un journal. C'est ce qui fait que ces problèmes ne sont plus en toi, ils sont externalisés : parce que je les ai écrits, je n'y pense plus, ou en tout cas j'y pense beaucoup moins. Fais-toi des cures de sommeil, ne sois plus efficace du tout le temps d'un week-end, repose-toi. Tu peux éventuellement te renseigner sur tous les aliments qui contiennent des oméga-3, notamment les poissons, mais aussi les œufs, les noix ou les graines de chia. Et le dernier point, c'est de comprendre ce qui s'est passé. Pour que ta mémoire revienne, le cerveau doit arrêter de dépenser de l'énergie à comprendre seul quelque chose qu'il n'arrive pas à résoudre. Une personne externe pourra t'aider à comprendre plus vite, que ce soit un thérapeute, un psychologue ou un coach.
Beaucoup de gens sont impatients, voient ça comme une fatalité et se disent : ça y est, je suis endommagé à vie. Ce n'est pas le cas. Il faut juste de la patience, de la bienveillance, du calme et de la compréhension. Tu verras que ton cerveau, c'est un peu comme une forêt qui aurait été partiellement brûlée, mais qui a toujours un terreau fertile. Il y a toujours des graines, il y a toujours des racines qui peuvent repousser avec un peu de patience, un peu de soleil, un peu d'eau et beaucoup de bonne humeur. Je suis passé par là, je sais exactement ce que vous ressentez. Et rassurez-vous, ça finit par aller mieux, et tu finis par avoir une plus belle vie que celle que tu n'as jamais eue précédemment, même avant la relation toxique.
Si tu veux comprendre plus vite ce qui s'est passé et réparer ta mémoire avec une personne externe, tu peux réserver une séance de coaching avec moi.
Questions fréquentes
Est-ce que mon cerveau est endommagé à vie ?
Non, c'est réversible. On parle de la neuroplasticité du cerveau : ton cerveau n'est pas un bout de plastique qui serait endommagé, c'est quelque chose de mou et qui peut se réparer. L'hippocampe est une des rares zones capables de générer de nouveaux neurones.
Combien de temps faut-il pour récupérer ?
Ce sont des durées estimées : si pour toi c'est beaucoup plus court ou beaucoup plus long, il n'y a absolument pas de problème. De 0 à 3 mois, tu sors de l'alerte rouge, généralement avec une énorme fatigue : tout ton système nerveux retombe. On peut beaucoup dormir, beaucoup ruminer, ou au contraire dormir extrêmement mal parce que le cerveau reste en hypervigilance. Ensuite, jusqu'à 1 an, l'hippocampe va reprendre son volume tout doucement et ta mémoire va revenir. Au-delà d'un an, il y aura stabilisation : tu découvres que d'anciens souvenirs te reviennent.
Pourquoi est-ce si difficile pour les victimes de porter plainte ?
Si jamais on t'interroge à la police, tu sais très bien dire ce que tu as ressenti, mais tu es comme en train de bafouiller quand tu dois détailler exactement, minute par minute, ce qui s'est passé. C'est pour ça notamment qu'il est si difficile pour les victimes de porter plainte : il y a une espèce de confusion qui est tout à fait normale, due à ce type de relation.
Comment mesurer sa guérison ?
Le premier test s'appelle le test du livre : es-tu capable de lire quelques pages d'un livre et de t'en souvenir le lendemain ? Le deuxième, c'est le test de la clarté mentale : est-ce que ce grand brouillard mental se dissipe le matin au réveil, est-ce que tu sais exactement ce qui s'est passé les jours précédents ? Et le dernier point : est-ce que tu as maintenant des flashs positifs de choses qui te reviennent du passé ?
Tu te retrouves dans ces dynamiques ?
J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.
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