Sauf si vous habitez dans une grotte, vous devez connaître la série Friends, et probablement que cet homme qui s'appelle Ross vous dit quelque chose. Ross est présenté comme étant un scientifique gentil et sérieux. Mais si on creuse un peu derrière cette façade, on découvre d'autres choses, comme par exemple le fait qu'il a déjà eu trois divorces, ou encore le fait qu'il puisse s'énerver en cherchant son sandwich.
Ma thèse du jour, monsieur et madame les jurés, c'est que Ross n'est pas malchanceux en amour. Ross est dans un schéma de dépendance affective. Et pour vous prouver ceci, je vais vous parler d'exemples dans lesquels il y a eu fusion, jalousie, contrôle, et on verra ensemble aussi à la fin la piste vers une guérison.
Le besoin de fusion du dépendant affectif
Commençons par le besoin de fusion, qui est caractéristique des gens qui sont dépendants affectifs. Mais parler du besoin de fusion de Ross sans comprendre son origine, c'est-à-dire ses parents, serait une grave erreur. Ross a toujours été le petit prodige, le chouchou de ses parents. Mais pour comprendre Ross, on ne doit pas regarder que ses parents. On doit aussi regarder sa sœur, qui s'appelle Monica. Et on peut se demander comment deux enfants qui viennent des mêmes parents peuvent être aussi différents à la fin. Ils ont été élevés par les mêmes personnes, ils ont grandi dans la même maison, mais leurs deux anxiétés sont complètement différentes. Le point commun de leur anxiété, c'est l'hypercontrôle. Chez Monica, la sœur, elle va être contrôlante sur son environnement. Elle aura besoin de ranger tout en permanence et d'organiser pour se sentir en sécurité. Alors que Ross aura besoin d'être dans l'hypercontrôle sur ses relations amoureuses.
Ross était l'enfant prodige, le petit génie. C'était un miracle. Sa mère d'ailleurs a mis longtemps avant de réussir à l'avoir. On lui a répété en permanence qu'il était une merveille sur terre, et la dépendance affective est née de ça. Au début, c'était le regard de sa mère et de ses deux parents sur lui. Puis, arrivé à l'âge adulte, il a dû continuer ce regard. Il devait continuer le fait que quelqu'un le regarde et qu'il reste aux yeux d'un autre un prodige. Et il se dit : si je fusionne avec l'autre, alors l'autre ne pourra plus m'abandonner, parce que c'est ce qu'il a appris toute sa vie. Monica a eu, elle, une enfance qui est très différente. Elle a été l'enfant invisible. C'est ce qu'on appelle le scapegoat. Elle a grandi dans l'ombre. Elle a été critiquée en permanence par ses parents sur son poids, sur ses cheveux, sur ses décisions, sur sa façon d'être. Elle a utilisé la nourriture en réconfort. Son hypercontrôle chez elle s'est traduit par le fait d'être contrôlante sur tout son environnement. Elle nettoie, elle organise en permanence et elle se dit : si tout est propre et parfait, alors personne ne pourra me critiquer, et dans ce cas, je serai parfaite et je ne serai pas abandonnée moi non plus.
Carole, la faille originelle
Assez parlé de la famille Geller, on va parler du premier grand amour de Ross, qui s'appelle Carole. C'est sa faille originelle. C'est son ex-femme et c'est là qu'il a perdu confiance pour la première fois. Ils ont été ensemble à l'université. Ils se sont connus très jeunes. On peut imaginer que Ross est passé de sa famille à ce couple-là juste après. Elle a été son ancrage pendant longtemps, jusqu'au jour où il découvre qu'elle est lesbienne. Son mariage explose en vol et pour lui c'est une catastrophe, parce que la nouvelle leçon qu'il apprend, c'est : même lorsqu'on est ensemble, même lorsqu'on fusionne, même lorsque tout est parfait, je peux quand même me faire abandonner. Je peux me faire rejeter pour quelque chose dont je n'ai pas la maîtrise. Il devient même paranoïaque. Il a peur d'être le dernier au courant des choses. Ça revient très souvent dans la série.
Rachel et le cycle du dépendant
Cette dépression va durer pendant des mois, mais parce que le scénario est bien ficelé, la saison 1 épisode 1 ne démarre pas par ça. Ça démarre par Rachel qui arrive en robe de mariée. Ce sont les toutes premières secondes de la première scène. Rachel qui vient de fuir son propre mariage et qui débarque chez eux. Pour Ross, qui vient de vivre son divorce, c'est un coup de foudre qui est immédiat. Il était déjà amoureux d'elle au lycée et dès qu'il la voit, il voit là sa chance de réparation. On parle ici de réactivation, et au lieu de prendre son temps pour guérir de son divorce, il va faire immédiatement un transfert sur Rachel. D'ailleurs, à la fin du premier épisode, il va dire : « Est-ce que je peux t'inviter un de ces quatre ? » Il est déjà en mode remplacement. Je suis triste que ce mariage soit fini, je vais remplacer mon ex-femme par Rachel.
Dans le script des épisodes, Ross n'arrive pas à avoir Rachel tout de suite. Au début, elle le voit juste comme un ami. Pour lui, l'attente est insupportable. Dieu sait que lorsqu'on est dépendant affectif, c'est compliqué d'attendre. Son angoisse d'abandon reprend le dessus. Il se sent seul. Il n'arrive pas à tenir. Il est dans une fuite en avant et on est dans ce qui s'appelle le cycle du dépendant. Son seul objectif dans cette souffrance d'être seul, d'être abandonné, c'est de vite calmer cette angoisse en remplaçant celle d'avant par quelqu'un d'autre.
Le syndrome de la place chaude
Une nouvelle femme arrive dans la série. Elle s'appelle Julie. Julie sera la bouée de sauvetage. Ross part en Chine quelque temps, persuadé que Rachel ne l'aimera jamais. Il est en plein désespoir amoureux et il rencontre Julie. Tout de suite, il fait un transfert sur elle de manière immédiate. En une seule semaine, Julie devient l'élue. Pourquoi est-ce que c'est elle plutôt qu'une autre ? Parce qu'elle est paléontologue, exactement comme lui. Et ça, c'est extrêmement sécurisant. Une personne qui est dépendante affective va chercher quelque chose de connu, quelque chose de rassurant. Julie ne sera pas pour lui un coup de foudre, c'est juste un pansement temporaire pour éteindre la douleur et l'angoisse qu'il a aujourd'hui. Il va tenter ensuite de l'imposer à son groupe d'amis. Il va même forcer sa sœur à devenir meilleure amie avec elle.
C'est ce qui s'appelle le syndrome de la place chaude. Le dépendant affectif ne supporte pas que la place à côté de lui soit vide. C'est une place qui est chaude, qui doit toujours être comblée par quelqu'un. Il va donc y placer quelqu'un qui sera sécurisant. Alors, c'est Rachel qui officiellement possède cette place chaude près de lui, mais comme elle ne veut pas être dedans, il va trouver des remplaçantes. On vient de parler de Julie, il y a aussi d'autres femmes. Il ne tombe pas amoureux de ces femmes, il a juste besoin de quelqu'un à côté de lui.
Trois scènes typiques de la dépendance affective
Au fil des épisodes et des saisons, Rachel, son amoureuse de toujours, finit par revenir. Il l'idéalise, il la met sur un piédestal. Et je vais vous donner trois situations qui en représentent énormément d'autres dans la série. Tout d'abord, l'ascension. Rachel, qui était une serveuse ratée dans un bar, finit par obtenir un poste important dans la mode. Mais Ross ne supporte pas qu'elle devienne aussi compétente et autonome, parce que le fait qu'elle soit autonome signifie qu'il n'est plus indispensable. Elle pourrait s'en sortir sans lui et donc potentiellement elle pourrait le quitter. Un dépendant affectif a besoin d'être au mieux important dans la vie de l'autre, et au pire il doit se sentir indispensable.
Deuxième scène très typique des dépendants affectifs, c'est la fameuse « oui, mais on était en pause », « we were on a break ». Rachel, épuisée de la jalousie de Ross, lui demande un peu d'espace. Bien évidemment, pour un dépendant affectif, un « je veux de l'espace » signifie « on se quitte pour toujours, plus jamais on ne sera ensemble ». Il voit ça comme un abandon et, quelques heures plus tard, il couche avec une autre femme. Et là, on n'est pas sur une infidélité qui est dite classique. Il est en train de compenser son sentiment d'abandon. Vite, vite, il faut trouver quelqu'un pour remplacer Rachel sur la place chaude.
Le troisième exemple, on pourrait le nommer le sacrifice de l'autre. C'est au moment où Rachel a une opportunité pour un travail de rêve à Paris. Bien évidemment, pour Ross, ce n'est pas exactement ce qu'il avait prévu. Il va tout faire pour saboter sa promotion et pour qu'elle reste avec lui. Il va tenter de corrompre son patron en secret, et il préférera qu'elle renonce à son travail plutôt que de vivre une relation à distance où éventuellement il pourrait la perdre. Là, on arrive sur la dépendance affective plus plus : sa dépendance affective et son besoin de l'avoir à ses côtés passent au-dessus de tout, même de son bonheur à elle.
Ross s'intéressera ensuite à Émilie, une autre femme, avec une demande en mariage en seulement 6 semaines, ce qui dépasse toute la chronologie de toutes les séries télé au monde. Aucun mariage ne se fait de manière aussi rapide. Pour Ross, le mariage, c'est un peu comme des menottes virtuelles. Si on est mariés, alors tu ne pourras plus me quitter, tu ne pourras plus partir. Et arrivé devant le curé, il fait un lapsus. Au moment de dire oui, il prononce non pas le prénom d'Émilie mais le prénom de Rachel. Ce qui prouve bien que le partenaire n'est qu'une fonction et qu'il préférera toujours une relation qui ne fonctionne pas, ou même une relation toxique, plutôt que d'être dans un statut de célibataire. Émilie là-dedans n'est qu'une figurante dans sa vie. Et lorsque Émilie va exiger qu'il arrête de voir Rachel, il va accepter, parce que sa peur de perdre quelqu'un, même si ce n'est pas la bonne personne, sera plus forte que le fait d'avoir des valeurs. Il ne pourrait pas affronter l'échec d'un deuxième divorce.
Au final, dans tous ces épisodes, on observe à peu près toujours les mêmes scénarios : une forme d'obsession, de la jalousie, l'incapacité à faire le deuil d'une relation, et aussi le fait qu'il devienne un monstre de contrôle sur l'autre lorsqu'il l'a enfin, de peur de la perdre. Si vous avez un doute sur la jalousie et le contrôle, en voici quelques-uns. Lorsque Rachel va prendre son nouveau travail, il va envahir son bureau de cadeaux, de manière à ce que d'autres hommes ne s'approchent pas d'elle et qu'ils voient qu'elle est déjà en couple. Il est aussi en permanence dans cette espèce de gentillesse où il en fait toujours dix fois trop. Ross veut tout régler, tous les problèmes de ses compagnes et aussi de tous leurs proches, avec toujours cette même phrase en pensée : si jamais je suis indispensable, alors on ne pourra pas me quitter. Ce qui vient toujours malheureusement créer un effet paradoxal : plus il a peur, plus il est dans le contrôle, plus il est étouffant, plus ses partenaires veulent partir. Au fil des saisons, il finit avec Rachel. Mais à quel prix ? On parle de 10 ans de relation on-off.
La piste vers une guérison
Pour sortir du schéma de la dépendance affective, il faut déjà commencer par reconnaître ce qui se passe. Si vous l'avez vu dans cette série et que vous le voyez dans votre vie, que ce soit pour vous ou pour votre partenaire, il y a probablement déjà une prise de conscience. Génial, c'est l'action numéro 1. Action numéro 2 : toujours développer des passe-temps et une vie sociale. Là, typiquement, Ross est toujours coincé avec ses amis, ses friends, et ça tourne un peu en boucle. Il n'a pas autre chose à voir à part son propre nombril et ses propres relations. Conseil numéro 3 : n'ayez jamais de plan B. Brûlez tous vos navires. Si on est dans une relation, on y est à fond. Et quand on n'est plus dedans, on fait une pause, parce que c'est extrêmement sain avant de redémarrer une autre relation. Et enfin, conseil numéro 4 : apprenez à exprimer vos peurs. Il aurait toujours mieux valu que Ross dise « j'ai peur de te perdre, j'ai peur d'être abandonné ». Ça aurait été plus constructif que de mettre en place tout un tas de scénarios pour garder l'autre et la contrôler. Pour conclure, ne soyez pas un Ross.
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Questions fréquentes
Pourquoi dire que Ross est dépendant affectif ?
Dans tous ces épisodes, on observe à peu près toujours les mêmes scénarios : une forme d'obsession, de la jalousie, l'incapacité à faire le deuil d'une relation, et le fait qu'il devienne un monstre de contrôle sur l'autre lorsqu'il l'a enfin, de peur de la perdre.
C'est quoi, le syndrome de la place chaude ?
Le dépendant affectif ne supporte pas que la place à côté de lui soit vide. C'est une place qui est chaude, qui doit toujours être comblée par quelqu'un. Il va donc y placer quelqu'un qui sera sécurisant.
D'où vient la dépendance affective de Ross ?
Ross était l'enfant prodige, le petit génie. On lui a répété en permanence qu'il était une merveille sur terre, et la dépendance affective est née de ça. Arrivé à l'âge adulte, il devait continuer le fait que quelqu'un le regarde et qu'il reste aux yeux d'un autre un prodige.
Comment sortir de ce schéma ?
Commencer par reconnaître ce qui se passe, développer des passe-temps et une vie sociale, ne jamais avoir de plan B, et apprendre à exprimer ses peurs. Dire « j'ai peur de te perdre » est plus constructif que de mettre en place tout un tas de scénarios pour garder l'autre.
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