Au cours des dernières semaines, plusieurs femmes m'ont dit : « Antoine, je me forçais à faire l'acte intime avec mon copain de peur qu'il parte. » Et j'ai trouvé le sujet suffisamment intéressant pour l'approfondir. Si tu arrives à comprendre ça, que tu sois un homme ou une femme, si tu arrives à comprendre la pression qu'on peut s'imposer soi-même de peur de perdre l'autre, alors il y a de fortes chances que tu aies un couple qui soit bien plus heureux.

Consenti sans désir : la zone grise du couple

Il y a des pressions dans le couple pour l'acte intime, mais ce n'est pas ce à quoi on pense. Quand je vous parle de pression pour un acte intime dans le couple, vous devez penser à un homme qui serait là en train de hurler ou de forcer sa femme à faire la chose parce que sinon il partira, il ira voir ailleurs. Et que ce soit des menaces physiques ou que ce soit même juste dit à l'oral, on parle d'acte consenti sans désir. Il faut comprendre à ce moment-là que l'autre peut le dire oralement, l'autre peut te faire peur physiquement si tu ne le fais pas, l'autre peut te forcer à le faire.

Mais là, on va parler de cette zone grise qui est beaucoup plus fine et beaucoup plus complexe, qui est celle de « l'autre me le fait comprendre indirectement et je vais m'exécuter sans même être forcée ». Ou encore même plus compliqué : mon partenaire ne m'a rien dit, ne m'a pas dit qu'il voulait que je le fasse, ne m'a pas forcée à le faire, ne m'a même pas menacée de partir. Mais c'est juste moi, en tant que femme, qui ai peur qu'il aille voir ailleurs, qu'il parte si je ne le fais pas. Donc je vais m'autocontraindre à le faire de peur de le perdre.

Ce que disent les études sur les rapports non désirés

On a de la chance, il y a plein d'études américaines, françaises et européennes à ce sujet. Tout d'abord, la première qui dit que 55 % des femmes et 35 % des hommes ont déjà accepté un rapport intime qu'ils ne désiraient pas. Que le couple soit long dans la durée, que ça dure 20 ans, ou même que ça ne dure que quelques jours. Et 93 % des Finlandaises ont dit avoir déjà cédé à ça au moins une fois. Donc la première découverte, c'est que le consentement, une fois le couple formé, n'est pas quelque chose de simple ou d'évident.

Il y a parfois, et c'est peut-être le cas le plus simple à observer parce que c'est mesurable, un homme qui te fera des menaces d'abandon explicites. En gros, si jamais tu ne t'exécutes pas, s'il n'y a pas d'intimité, alors dans ce cas-là, j'irai voir ailleurs. Il va exploiter bien évidemment la faille de l'abandon et il va te culpabiliser, par exemple avec une petite manipulation qui est assez commune en couple : si jamais tu m'aimais vraiment, alors tu le ferais. Parce que tu es ma femme, parce qu'on s'est mariés, alors tu dois le faire. Dans ce cas de figure, le consentement est arraché. Il n'est pas forcé au sens où tu es plaquée contre le mur ou le lit, les mains attachées, mais il est forcé dans le sens où tu as quand même une forme de manipulation, tu as un chantage affectif dessus. Et c'est enfin reconnu depuis quelques années comme étant une violence sexuelle déguisée. Donc oui, le fait de te contraindre, de te forcer même à l'oral à le faire, de te dire « je partirai si tu ne le fais pas », « j'irai te tromper si tu ne le fais pas », dans ce cas-là, oui, c'est répréhensible par la loi.

Se forcer par peur de perdre l'autre

Si ce cas de figure-là est assez simple à voir, à enregistrer, à rapporter à ses amis, on va arriver dans quelque chose d'un peu plus complexe : se forcer par peur de perdre l'autre. C'est le cas de figure où la femme va se mettre elle-même la pression de le faire par crainte de perdre l'autre. Dans ce cas-là, c'est une contrainte qui est intériorisée, sachant que le partenaire en face a pu ne pas le dire du tout, ne même pas le suggérer. C'est juste elle qui se met cette contrainte toute seule. Elle va se dire : « Si je ne le fais pas, il y aura infidélité ou il y aura une rupture. »

Alors, quelles femmes sont principalement sujettes à ça ? Bien évidemment, celles qui ont l'attachement dit anxieux, qui pourrait se résumer par la peur de l'abandon. Mais au-delà de ça, il y a aussi quelque chose de l'ordre de la société. Ce n'est pas qu'un attachement mal formé dans l'enfance. C'était peut-être plus le cas il y a 20, 30 ou 40 ans, mais ça reste toujours comme une espèce d'héritage moral. Les femmes considèrent encore aujourd'hui inconsciemment qu'elles doivent faire un effort et aller à l'encontre de leur propre désir, ou ne même pas écouter leur propre désir. Dans la culture populaire, par exemple, on retrouve le fait qu'on pense que les hommes ont un besoin sexuel plus irrépressible que celui des femmes. La femme peut penser que son partenaire ne pourra pas se contrôler et que donc elle doit se laisser faire. Autre sondage un peu effrayant : 30 % des femmes ont déjà accepté un rapport intime parce qu'elles pensaient que l'homme était trop excité pour pouvoir s'arrêter. En plus, socialement, on est toujours dans la valorisation du sacrifice féminin dans le couple. Et donc, elles se forcent en allant contre leurs désirs, contre leurs envies, en se disant que c'est pour le bien du couple. Deuxième découverte : ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de menace qu'il y aura absence de contrainte. Même sans aucune menace, une femme peut être amenée d'elle-même à se forcer, à se contraindre à faire l'acte même si elle ne le souhaite pas.

Cette peur est-elle réelle ou imaginaire ?

La question que vous devriez vous poser, c'est la suivante : est-ce que cette peur que cet homme me quitte si je n'ai pas de relation intime, c'est une peur qui est réelle ou une peur qui est imaginaire ? Alors, malheureusement, il y a un peu de vrai là-dedans. La sexualité est un besoin relationnel. On dit d'ailleurs que la qualité de la relation de couple compte notamment sur la qualité des relations intimes. Imaginons, tu vas prendre demain un TGV, tu peux avoir une enquête derrière sur ton taux de satisfaction. Es-tu globalement satisfait ? Oui, non. Imagine le couple comme un autre type de train, où il y a aussi un taux de satisfaction. D'ailleurs, lorsqu'il y a une rupture amoureuse, on va plus facilement se remettre ensemble s'il y avait un fort taux de satisfaction dans le couple. On restera plus ensemble dans un couple s'il y a un bon taux de satisfaction, et la sexualité en fait partie.

Donc si par exemple dans un couple, tout d'un coup, il n'y a plus du tout de sexualité alors qu'il y en avait avant, l'autre partenaire peut ressentir de la frustration, du rejet, ne même pas comprendre ce qui se passe. En gros, à chaque fois qu'il y a un déséquilibre des besoins entre l'un et l'autre, il y aura un problème. Les sexologues expliquent que le problème n'est pas le refus en soi, c'est le fait de ne pas en parler. Donc en gros, le problème dans le couple, c'est le silence autour du refus. On garde en tête la chose suivante : la sexualité ne fait pas toute la satisfaction du couple. Ce n'est qu'une petite partie. Ça signifie que même s'il y a une baisse ou un arrêt, le fait que ça se passe bien dans les autres domaines peut aussi suffire. Troisième découverte : ce n'est pas qu'une question de paix des ménages lorsqu'une femme s'autocontraint à faire l'acte même si elle ne le souhaite pas. C'est une angoisse d'abandon qui est très concrète et qui pourrait être résolue par le fait d'en parler à son partenaire.

Pourquoi se forcer finit par tout abîmer

Ça veut dire qu'il suffit de se forcer pour qu'il n'y ait pas de problème ? Eh bien figurez-vous que pas du tout. Parce que lorsqu'on va céder à des rapports non désirés, lorsque la femme va s'employer à le faire même si elle ne le souhaite pas, à long terme, il y aura perte de l'estime de soi, baisse de la satisfaction sexuelle pour l'un et aussi pour l'autre, qui va se rendre compte qu'il y a un souci, petit malaise voire un dégoût de soi après avoir cédé sous la pression, tristesse, ressentiment. Et à long terme, le fait que l'acte sexuel soit une corvée entraîne un détachement émotionnel : tu es comme dissociée de ton propre corps. Dans certains couples, à force de se forcer, on peut même aller jusqu'à des troubles psychotraumatiques. Donc on parle bien de stress post-traumatique. En gros, si on résume tout ça : oui, à court terme, tu te forces, ça ira mieux. Le souci, c'est qu'à long terme, ça vient tout bousiller.

Les hommes ont-ils plus envie que les femmes ?

La réponse est oui, mais pas que. Tout d'abord, regardons un peu la biologie. Les hommes produisent en moyenne 7 à 10 fois plus de testostérone que les femmes. Et cette hormone, c'est l'un des moteurs du désir sexuel. Le cycle féminin, lui, varie selon les phases, ovulation, menstruation. Il est plus sensible à d'autres facteurs comme le stress, la fatigue ou la prise de contraceptifs. Là, on parle bien d'une moyenne générale. Maintenant, si on regarde chaque personne une par une, tu peux aussi tout à fait tomber sur une femme qui aura une très forte libido et un homme qui aura une toute petite libido. Il y a aussi d'autres facteurs qui viennent fatiguer la libido féminine : le stress, la charge mentale, la maternité, les préoccupations, l'anxiété. Il y a aussi des différences d'éducation émotionnelle. On valorise la virilité masculine liée à sa sexualité. Plus il a de partenaires et mieux c'est. C'est ce qui traîne dans nos traditions, dans notre culture depuis des millénaires, même si ça commence à changer aujourd'hui. Tandis que les femmes sont plutôt encouragées à la retenue.

Et je vais finir par la partie légale. Il y avait longtemps ce qui s'appelait le devoir conjugal. En Angleterre par exemple, un mari ne pouvait pas être coupable du viol de sa femme et donc il avait tous les droits sur elle, même jusqu'au 20e siècle dans certaines législations. Ce n'est qu'aux États-Unis, à partir des années 70, que les choses ont commencé à changer. Dans le cas d'une relation non consentie, on va parler aujourd'hui de viol conjugal, mais ce n'est pas si vieux que ça. Encore jusqu'à 2010, c'était à peine reconnu dans certains pays. Pour rappel, aujourd'hui, on a le droit de dire non. Et si vous avez une seule chose à retenir, c'est que d'avoir des libidos différentes selon les périodes, selon les phases de votre couple, selon vos envies, c'est tout à fait normal. Mais n'oubliez pas d'en parler avec l'autre. La seule chose qui pourrait tuer votre couple, ce serait de garder ce sujet tabou et secret.

Tu te reconnais dans cette peur de perdre l'autre au point de t'oublier ? On peut dénouer ça ensemble lors d'un coaching.

Questions fréquentes

C'est quoi, un rapport consenti sans désir ?

C'est cette zone grise où l'autre me le fait comprendre indirectement et je vais m'exécuter sans même être forcée. Ou encore plus compliqué : mon partenaire ne m'a rien dit, ne m'a pas menacée de partir, mais c'est juste moi qui ai peur qu'il aille voir ailleurs si je ne le fais pas.

Est-ce que se forcer peut sauver le couple ?

À court terme, tu te forces, ça ira mieux. Le souci, c'est qu'à long terme, ça vient tout bousiller : perte de l'estime de soi, baisse de la satisfaction sexuelle pour l'un et pour l'autre, dégoût de soi, et à long terme un détachement émotionnel.

Le chantage affectif pour obtenir l'acte, est-ce reconnu comme une violence ?

Oui, c'est enfin reconnu depuis quelques années comme étant une violence sexuelle déguisée. Le fait de te contraindre, de te dire « je partirai si tu ne le fais pas », c'est répréhensible par la loi.

Que faire quand nos libidos sont différentes ?

Avoir des libidos différentes selon les périodes, selon les phases de votre couple, selon vos envies, c'est tout à fait normal. Mais n'oubliez pas d'en parler avec l'autre. Les sexologues expliquent que le problème n'est pas le refus en soi, c'est le fait de ne pas en parler.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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