En 1908, un psychiatre invente le mot schizophrénie. En 1943, on décrit pour la première fois l'autisme infantile. En 1980, on parle de trouble de stress post-traumatique : ça entre officiellement dans les manuels de psychiatrie. La même année, le trouble anxieux généralisé et le trouble dépressif majeur deviennent des catégories à part entière. Le TDAH, lui, prend son nom définitif en 1987. Est-ce que vous voyez ce qui s'est passé ? À chaque époque, on a isolé un trouble. On lui a donné un nom, une case, une définition. Comme si chaque souffrance psychique était un objet distinct, bien séparé des autres. Et si on s'était trompé depuis le début ?
Toi, peut-être qu'aujourd'hui tu as obtenu un diagnostic, quel qu'il soit. Et quand tu regardes les symptômes d'autres troubles, tu as l'impression de cocher toutes les cases, de tous les troubles. Alors, pourquoi quand on a un trouble psy, on en a souvent deux ou trois ? Pourquoi la dépression vient rarement seule ? Pourquoi l'anxiété traîne souvent un trauma derrière elle ? Pourquoi le TDAH et l'autisme se croisent si souvent ?
La comorbidité, c'est la norme en psychiatrie
Commençons par un constat. Quand tu vas voir un psy pour la première fois, on te pose souvent un diagnostic. Vous êtes en dépression, vous avez un trouble anxieux généralisé, vous êtes TDAH. Et ce diagnostic, tu le prends avec toi comme une étiquette. Ça te rassure un peu, peut-être, parce qu'il y a enfin un mot sur ce que tu vis. Sauf qu'au fil des mois ou des années, un autre mot arrive, un autre trouble, puis parfois un troisième. Et là, tu commences à te demander : est-ce que ce n'est pas moi qui suis juste cassé ?
Pourtant, si on met de côté la santé mentale, on est habitué à ce que certains de nos proches cumulent des pathologies. Tu as du diabète, mais tu as aussi des problèmes de tension. Et en psychologie, c'est pareil. C'est ce qu'on appelle la comorbidité : le fait d'avoir plusieurs troubles en même temps. Et ce qu'il faut savoir, c'est qu'en psychiatrie, c'est la norme. La plupart des personnes diagnostiquées avec un trouble psychiatrique recevront au moins un deuxième diagnostic au cours de leur vie. Certaines études parlent même de deux tiers des patients concernés. Et pendant très longtemps, personne n'a vraiment su pourquoi. On se disait que c'était peut-être la faute à pas de chance, ou que les patients s'inventaient des choses parce qu'ils adoraient s'autodiagnostiquer, ou encore que les diagnostics des professionnels étaient juste mal posés. Jusqu'à ce qu'on aille regarder dans l'ADN.
L'étude génétique qui remet en question un siècle de classification
En décembre 2025, le Psychiatric Genomics Consortium, un réseau international de centaines de chercheurs, publie la plus grande étude génétique psychiatrique jamais réalisée. 6 millions de personnes analysées, plus d'un million avec un diagnostic psychiatrique, et 14 troubles passés au crible. L'objectif ? Comprendre ce qui, dans notre ADN, relie ces troubles entre eux. Et ce qu'ils y trouvent remet en question un siècle de classification. Les 14 troubles étudiés ne sont pas génétiquement indépendants. Ils se regroupent en cinq familles qui partagent des fondations biologiques communes.
Commençons par les troubles internalisés : dépression, anxiété, PTSD. Ces trois-là partagent environ 90 % de leur risque génétique. Au niveau de l'ADN, c'est quasiment le même trouble qui s'exprime de trois manières différentes selon ce que la personne a vécu. Ensuite, on peut citer schizophrénie et trouble bipolaire : environ 66 % de chevauchement génétique. Il y a aussi les troubles neurodéveloppementaux, comme le TDAH et l'autisme, qui ont également des ponts vers le syndrome de Tourette, ou des troubles compulsifs comme les TOC, l'anorexie et l'anxiété. Au final, il y a des variants génétiques qui apparaissent dans plusieurs troubles à la fois, et des zones sur les chromosomes où ces variants se concentrent de manière particulièrement dense.
Maintenant que tu sais ça, est-ce que tu te souviens des cases bien propres et bien séparées du début ? Ce que cette étude montre, c'est que la biologie n'a jamais fonctionné comme ça. Ces troubles ne sont pas des maladies séparées, ce sont des branches différentes d'un même arbre.
Ton terrain génétique : pourquoi tu collectionnes les diagnostics
Rendons ça concret, parce que les chiffres c'est bien, mais ce qui t'intéresse, c'est : pourquoi moi ? Imagine que ta génétique, c'est un terrain, un sol, avec un certain type de sol, un certain climat, une certaine exposition au soleil, au vent. Il ne décidera pas de ce qui va pousser dessus, mais par contre il détermine ce qui peut y pousser. Et si ton terrain génétique est celui des troubles internalisés, dépression, anxiété, PTSD, alors un événement de vie difficile comme une rupture, un deuil, un trauma va activer ce terrain. Et comme 90 % de la base génétique est commune, l'activation peut produire d'abord de l'anxiété, puis une dépression, puis les deux en parallèle. C'est en gros un seul système qui s'allume et qui va émettre plusieurs signaux. Pense à un orage. Un orage peut produire du vent, de la pluie, de la grêle en même temps. C'est une seule perturbation qui vient s'exprimer de plusieurs manières.
Et ça explique ce que beaucoup de gens vivent au quotidien. Tu traites la dépression et tu te dis « c'est bon, je vais mieux », mais l'anxiété débarque. Ou alors tu règles ton TDAH et tu risques de découvrir que derrière, il y avait un trouble anxieux qui se planquait depuis des années. Ce n'est pas que tu es en train de créer des nouveaux problèmes au fur et à mesure, c'est juste que le terrain était là depuis le départ.
Qu'est-ce que ça change pour toi, concrètement ?
D'abord, si jamais tu as reçu plusieurs diagnostics dans ta vie, de la part peut-être même de l'autodiagnostic sur internet, d'un psychologue ou de plusieurs psychiatres, fous-toi la paix, lâche-toi un peu la grappe là-dessus. C'est la preuve que tes troubles ont une racine commune, et cette racine s'est exprimée de différentes manières selon les périodes de ta vie, selon ce que tu as traversé, selon aussi ton environnement. Et la prochaine fois que tu vois ton psy ou ton psychiatre, pose cette question : est-ce que mes différents troubles pourraient avoir une base commune ? Parce que ça, ça va changer l'approche thérapeutique. Au lieu de traiter chaque trouble séparément, un médicament pour ça, une thérapie pour ceci, on va chercher le mécanisme sous-jacent.
Également, ne t'accroche pas trop à une étiquette. Le diagnostic est un outil. Le DSM, par exemple, va tout bien découper en catégories nettes, ou la CIM. Dépression case A, anxiété case B, TDAH case C. La biologie ne fonctionne pas avec des cases. Elle fonctionne en spectre, en réseau, en famille. Et l'étude dont on a parlé confirme la chose sur 6 millions de personnes, de manière écrasante. Kenneth Kendler le résume en une phrase : « La psychiatrie est la seule spécialité médicale qui n'a aucun test en laboratoire. On se base juste sur des symptômes, et les symptômes, malheureusement, ça se chevauche. La génétique, elle, commence à nous montrer enfin ce qu'il y a en dessous. »
Tes troubles ne sont pas des tiroirs séparés
Si tu retiens une chose, retiens ça : tes troubles ne sont pas des tiroirs séparés, et la plus grande étude de génétique psychiatrique vient de le montrer sur 6 millions de personnes. Comprendre ça, c'est le premier pas pour arrêter de te battre contre toi-même. C'est aussi l'information essentielle pour commencer à te soigner différemment.
Tu cumules les diagnostics et tu as l'impression que c'est un labyrinthe sans fin ? Le plus important, c'est d'être accompagné par quelqu'un qui comprend cette complexité : on peut en parler ensemble en coaching.
Questions fréquentes
C'est quoi, la comorbidité ?
C'est le fait d'avoir plusieurs troubles en même temps. En psychiatrie, c'est la norme : la plupart des personnes diagnostiquées avec un trouble psychiatrique recevront au moins un deuxième diagnostic au cours de leur vie. Certaines études parlent même de deux tiers des patients concernés.
Pourquoi dépression, anxiété et trauma vont-ils si souvent ensemble ?
Ces trois-là partagent environ 90 % de leur risque génétique. Au niveau de l'ADN, c'est quasiment le même trouble qui s'exprime de trois manières différentes selon ce que la personne a vécu. Un événement de vie difficile, une rupture, un deuil, un trauma, vient activer ce terrain commun.
Avoir plusieurs diagnostics, est-ce que ça veut dire que je suis cassé ?
Non. C'est la preuve que tes troubles ont une racine commune, et que cette racine s'est exprimée de différentes manières selon les périodes de ta vie, selon ce que tu as traversé et selon ton environnement. Fous-toi la paix, lâche-toi un peu la grappe là-dessus.
Quelle question poser à mon psy ou mon psychiatre ?
Pose cette question : est-ce que mes différents troubles pourraient avoir une base commune ? Parce que ça va changer l'approche thérapeutique. Au lieu de traiter chaque trouble séparément, un médicament pour ça, une thérapie pour ceci, on va chercher le mécanisme sous-jacent.
Tu te retrouves dans ces dynamiques ?
J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.
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