On va voir aujourd'hui quelque chose qui peut réellement changer une vie amoureuse : faire la différence entre de l'amour d'un côté, et du contrôle de l'autre. Parce que oui, c'est ce qu'on devrait nous apprendre à l'école, et malheureusement, ça n'existe pas.
Imagine Sarah et Pierre. Sarah, c'est une femme koala, elle est toujours accrochée à son mec. Et Pierre, lui, ce qu'il aime, c'est être tranquille, avoir de l'espace et respirer. Le besoin de Sarah d'être contre l'autre, le besoin de Pierre d'être tranquille. Jusque-là, c'est facile. Un besoin décrit un état intérieur. Par exemple, j'ai soif : mon besoin, c'est d'avoir de l'eau. C'est ce que je ressens, c'est ce qui manque. Le contrôle, c'est très différent : c'est donne-moi à boire. Et on arrive au début du piège, où amour et contrôle démarrent souvent par « j'ai besoin ».
Le contrôle ne ressemble jamais à du contrôle
C'est là que ça devient piégeux. En réalité, le contrôle ne ressemble jamais à du contrôle. C'est déguisé en amour, déguisé en inquiétude : je m'inquiète pour toi, donc fais ceci. Ça peut être aussi déguisé en une blessure du passé : on m'a beaucoup trompé avant, donc je te contrôle maintenant et je lis tes SMS. Ou encore, ça peut être déguisé en un trait de caractère : je suis comme ça, accepte-le, et c'est tout. Remarque aussi autre chose : lors de ton premier date Tinder dans un bar à la mode à Saint-Germain-des-Prés, l'autre ne t'a pas dit « je suis contrôlant », il t'a montré complètement autre chose. Le contrôle, ça arrive doucement, une phrase après l'autre, et ça peut mettre des années.
Alors aujourd'hui, on va faire un exercice : je vais te donner des phrases, et ce sera à toi de déterminer si c'est sain ou si c'est du contrôle. Mais avant, j'explique quand même deux ou trois clés pour arriver à les repérer. Déjà, la tournure de la phrase : est-ce qu'il te donne son état, son besoin, le fameux « j'ai soif » de tout à l'heure, ou est-ce que ça te force, toi, à avoir un comportement ? Le deuxième marqueur, retiens bien ça : est-ce qu'il y a une porte de sortie ? En gros, est-ce que tu as le droit de dire non, ou pas ? Et le troisième marqueur, c'est la répétition. Si en permanence on te force à faire quelque chose, a priori ce n'est pas une maladresse, c'est plutôt du contrôle.
Niveau 1 : besoin sain ou contrôle ?
En principe, le niveau 1 est censé être simple. Quelqu'un qui te dit : « J'ai besoin que tu me répondes dans les 5 minutes. » Est-ce qu'on est dans un besoin normal ou dans du contrôle ? La réponse est simple : on est ici dans du contrôle. Si par contre cette personne t'avait dit « j'ai besoin de me sentir en sécurité dans la relation », là, c'était un besoin interne. Ça ne te force pas, toi. Remarque une chose : un besoin réel peut devenir un contrôle. Phrase suivante : « J'ai besoin que tu me dises où tu es chaque heure. » On est dans du contrôle. Le vrai besoin derrière, celui qui serait plus sain, serait : « J'ai besoin d'être rassuré. » Donc à partir de maintenant, tu as déjà une compétence en plus : tu peux, derrière une phrase qui contrôle, trouver le besoin réel.
Si tu as bien compris le principe, tu sauras déterminer que « j'ai besoin que tu arrêtes de parler à tes collègues hommes ou femmes », c'est du contrôle. La phrase saine serait : « J'ai besoin de me sentir prioritaire, parlons-en ensemble. » Même différence avec « j'ai besoin que tu te changes parce que tu es trop sexy, ça ne me plaît pas » : c'est du contrôle. Une phrase beaucoup plus saine serait, en se tournant vers soi : « J'ai besoin de me sentir respecté en public. » On dit sur soi, et on ne contrôle pas l'autre.
Je t'en fais quand même deux ou trois autres. « J'ai besoin qu'on passe la soirée ensemble, ça me manque. » Là, ça décrit son manque. C'est : je te laisse le choix, mais j'aimerais bien qu'on passe du temps ensemble. La version contrôlante serait : « J'ai besoin que tu annules ton week-end entre amis, tu dois rester avec moi. » Je t'en donne un qui est un peu plus dur. « J'aime quand tu m'envoies un SMS tous les matins et tous les soirs avant de dormir. » En réalité, on est dans une zone grise, et pour déterminer, il faut d'autres informations. Qu'est-ce qui se passe si tu n'envoies pas de SMS le matin ? Est-ce que l'autre boude, est-ce qu'il te fait des remarques, ou est-ce qu'il te laisse faire exactement ce que tu veux ?
On en arrive au fameux « j'ai besoin de voir ton téléphone pour être bien sûr que tu ne me trompes pas ». En fait, non : cette personne a un problème de confiance en elle, et elle a besoin de venir piller ton intimité pour savoir quoi faire par la suite. L'isolement est probablement l'un des plus gros marqueurs, et le plus dangereux, quand on parle de contrôle. « J'ai besoin qu'on ait des moments rien qu'à nous » : c'est sain. « J'ai besoin que tu arrêtes de voir cette copine » : on est dans le contrôle. Note une chose : plus cette demande va t'isoler du reste du monde, plus a priori on est dans la partie du contrôle. Dans l'intimité également : « j'ai besoin de me sentir désiré », ça, c'est un besoin. Versus « j'ai besoin que tu dises oui même quand tu n'as pas envie » : là, évidemment, on est dans du contrôle.
Niveau 2 : quand le contexte change tout
Il y a des cas où c'est un peu plus compliqué. Reprends « j'ai besoin que tu arrêtes de voir cette amie ». Si ça se trouve, cette amie est vraiment toxique. C'est la voisine qui vient bousiller votre couple depuis des mois, voire des années. Ta compagne ou ton mec va lui raconter toute votre vie de couple, et à chaque fois elle en profite, elle monte ton partenaire contre toi. Donc en fait, oui, il y a une forme de contrôle, ou en tout cas d'impératif : tu devrais ne pas aller là-bas. Sauf qu'en réalité, c'est pour le bien de l'autre. Ou encore, si jamais tu bois trop d'alcool et que ton partenaire te dit d'arrêter, tu pourrais dire : « J'ai vu la vidéo d'Antoine, tu es donc toxique, tu es donc contrôlant, je fais bien ce que je veux. » Et attention : non seulement souvent la personne qui dit ces phrases-là fait ça pour ton bien, mais même pire que ça, lorsqu'elle contrôle, elle pense toujours faire ça pour ton bien, même quand c'est délirant.
Regardons la chose suivante. Quand quelqu'un te dit : « Si tu continues de boire autant, je te quitte. » On pourrait dire d'instinct : ça, c'est du contrôle. Sauf qu'en réalité, si on regarde bien, qui perd sa liberté là-dedans ? La personne en face de toi te dit juste qu'elle récupère sa liberté si tu continues de boire autant. Et au passage, dans sa façon de formuler la chose, elle te dit : « Bois autant que tu veux, je te préviens juste que si tu continues de boire, je ne me suis jamais envisagée en couple avec un alcoolique, et moi, je partirai. Je vais reprendre ma liberté, et toi, ta liberté de boire, tu l'as aussi. »
Le deuxième concept de ce niveau 2 : quand tu vas dire à ton partenaire « arrête de raconter notre vie à la voisine qui détruit notre couple », est-ce que ton partenaire te dit ça pour toutes les personnes que tu fréquentes ? Si jamais toutes les personnes que tu fréquentes ne sont pas fréquentables, c'est bizarre. En fait, on ne choisit pas juste une seule personne, on choisit un groupe. Moi, je ne viens pas seul sur terre : il y a moi, ma famille, mes amis, les enfants, il y a du monde. Donc pose-toi la question : est-ce que cette remarque est lucide, et en effet cette voisine est problématique, et dans ce cas-là merci de m'avoir informé, ou est-ce qu'il m'a coupé de ma voisine, de tous mes amis, de ma famille, de mes enfants et de mes collègues de bureau ?
Niveau 3 : le trauma derrière le contrôle coercitif
On ne devient pas contrôlant par hasard. Souvent, c'est un trauma qui n'est pas digéré, un truc d'enfance. Ou alors c'est un gros pervers narcissique ou un gros manipulateur, et dans ce cas-là, c'est juste pour te détruire, c'est encore un autre sujet. Pense bien à une chose : chaque contrôlant pense te contrôler pour ton bien. Par exemple, ton partenaire va venir surveiller tes SMS pour ne plus revivre le drame traumatique de son couple d'avant, où il était trompé. Ben oui, évidemment : il y a eu un trauma parce que j'ai été trompé juste avant, ou parce que dans mon enfance c'était compliqué. Comme je ne veux plus jamais être autant traumatisé et pleurer pendant des semaines, je vais venir contrôler tes SMS, ça va me rassurer que ça n'arrive plus jamais. Sauf qu'en contrôlant tes SMS, bien évidemment, il est en train de bousiller le couple. Le couple finit par s'éteindre. On se sépare en claquant les portes. Le trauma est alimenté, et ça recommence encore et encore. C'est ce qui fait qu'un trauma d'enfance peut se perpétuer sur toute une vie.
Alors, qu'est-ce que tu en fais, de ça ? Oui, mon partenaire est traumatisé. Est-ce que je déclenche mon empathie, en me disant « oh, le pauvre, il est traumatisé, donc je vais accepter » ? Est-ce que tu essayes de le corriger ? Mais il y a des soucis là-dedans. Le premier, c'est que tu es dans le système. En fait, c'est toi qui es en train de déclencher ces situations. Bien malgré toi, mais tu les déclenches. Il y a eu tromperie avant, tu reçois le SMS d'une copine ou d'un copain, ça crée de la jalousie. Tu es le déclencheur. Tu ne peux pas être et le déclencheur et aussi celui qui résout. Tu ne peux pas être juge et partie.
Deuxième problème : la proximité tue l'autorité. Il y a un dicton qui dit que nul n'est prophète en son pays. Je te garantis une chose : tu peux être coach, aller aider des copains, personne ne t'écoute parce que tu es trop proche. Tu seras le dernier à être écouté dans ton propre couple. Et l'autre souci, c'est que de dire « c'est juste un trauma », ça vient minimiser l'existant. Si par exemple tu rentres bourré à 4h du matin, que ta femme te fait un scandale et que tu dis « ça, c'est juste du trauma, je m'y connais », déjà tu minimises ta propre partie, et puis peut-être que tu minimises aussi ses ressentis dans des situations quotidiennes. Tu dis « elle est pénible, elle exagère à me surveiller », sauf qu'il y a peut-être un vrai gros trauma derrière.
Ton rôle : nommer, tenir bon, pointer vers l'extérieur
Ton rôle aujourd'hui est triple, et retiens bien ça, parce que c'est la partie la plus importante. Maintenant, tu sais nommer le schéma calmement. C'est ça que tu as appris aujourd'hui : je sais nommer exactement le schéma, j'ai compris ce qui se passait, je sais que l'autre pense faire ça pour mon bien, pour son bien. Tu peux le nommer. Tu ne ressasses pas ça 1000 fois, tu le nommes une fois.
Deuxième chose : tu tiens bon sur tes positions. Je ne me soumets pas à la surveillance. Je n'accepte pas que tu viennes piller mes SMS. Quoi qu'on cherche comme problème dans un couple, on le trouvera. Tu penses que ton mari te trompe, tu vas fouiller dans ses SMS : il y a toujours un SMS un peu ambigu qui te fera penser que tu avais raison, qu'il te trompe en effet. Alors qu'en fait, peut-être pas. Et en même temps que tu tiens bon sur tes limites en disant « ne me manipule pas », tu vas faire autre chose : tu vas valider. Je comprends pourquoi tu en as besoin.
Et le troisième point, c'est que tu pointes vers l'extérieur. Tu as le droit de dire : je pense qu'il y a un trauma à résoudre, et je pense que ça bousille notre relation. D'ailleurs, on peut l'observer dans telle situation et telle situation, et ce serait chouette d'en parler. Ce n'est pas à toi d'être le thérapeute, ce n'est pas à toi de guérir, mais transmettre l'idée qu'il y a peut-être un trauma et que ce serait bien d'en parler, c'est super utile. Le fait d'être constant sur ces points-là, le fait de bloquer quand ça contrôle, de manière calme, de manière posée, c'est ça qui va venir réparer l'attachement.
L'erreur classique : se soumettre
L'erreur la plus classique dans ce domaine-là, c'est de se soumettre. Cette pauvre personne a eu un trauma dans son enfance, je comprends son trauma. Il suffit juste que je lui donne accès à ma localisation, à tous mes SMS, que j'arrête de voir tous mes amis, que je fasse exactement ce qu'elle dit, et ça se passera bien. En faisant ça, tu es en train de nourrir le problème. On ne guérit pas un traumatisme en se soumettant. Au contraire, c'est pile l'inverse. Tu peux être aussi parfait que tu veux sur terre, tu peux être autant localisé que tu veux, tu peux donner accès à tout ce que tu as, tous tes comptes bancaires : le trauma restera là, ça ne changera absolument rien. Et tu te dis : « Oui, mais j'ai déjà tellement accepté que là, il ne peut pas y avoir d'autres problèmes. » Il y aura un autre problème demain.
Tu n'arrives plus à distinguer l'amour du contrôle dans ta relation ? On peut poser tout ça à plat ensemble en coaching.
Questions fréquentes
Comment distinguer un besoin sain du contrôle ?
Trois clés : la tournure de la phrase, est-ce qu'il te donne son état, son besoin, ou est-ce que ça te force, toi, à avoir un comportement ; la porte de sortie, est-ce que tu as le droit de dire non ou pas ; et la répétition, si en permanence on te force à faire quelque chose, ce n'est pas une maladresse, c'est plutôt du contrôle.
« Si tu continues de boire, je te quitte », est-ce du contrôle ?
Non. Si on regarde bien, qui perd sa liberté là-dedans ? La personne en face te dit juste qu'elle récupère sa liberté si tu continues de boire autant. Et toi, ta liberté de boire, tu l'as aussi.
Pourquoi devient-on contrôlant ?
On ne devient pas contrôlant par hasard. Souvent, c'est un trauma qui n'est pas digéré, un truc d'enfance. Ou alors c'est un gros pervers narcissique ou un gros manipulateur, et dans ce cas-là, c'est juste pour te détruire. Et chaque contrôlant pense te contrôler pour ton bien, même quand c'est délirant.
Faut-il céder pour rassurer un partenaire traumatisé ?
Non, c'est l'erreur classique. On ne guérit pas un traumatisme en se soumettant, c'est pile l'inverse. Tu peux donner accès à ta localisation, à tous tes SMS, à tous tes comptes : le trauma restera là, et il y aura un autre problème demain.
Tu te retrouves dans ces dynamiques ?
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