Les personnes évitantes ne tombent pas amoureuses comme toi ou moi. Elles tombent amoureuses différemment. Elles tombent amoureuses d'un concept, de ce qu'elles imaginent être une relation amoureuse, mais elles n'en ont pas vraiment fait l'expérience. Typiquement, elles aiment bien l'idée de l'amour. Chaque être humain sur terre a besoin d'amour, et c'est un peu comme un enfant qui jouerait au papa et à la maman : on fait semblant d'être comme ces gens amoureux sans pour autant savoir, ou avoir fait l'expérience, de ce que c'était réellement.

Un amour conceptuel, appris sans jamais être vécu

En biologie, il y a une hormone qui sert à l'amour. Elle s'appelle l'ocytocine. Typiquement, quand tu étais petit, quand ta mère te prenait dans les bras, tu dégageais en toi de l'ocytocine. C'est ce qui provoque du calme, de l'apaisement. C'est aussi ce qui crée le lien durable avec quelqu'un. Cette hormone te permet de te sentir bien avec l'autre, de te sentir accepté. Malheureusement, chez beaucoup de personnes qui sont évitantes, ce lien avec la mère a été perturbé. Ça ne s'est pas passé exactement comme prévu. Par exemple, la mère a été froide ou instable, ou encore elle a été envahissante, ou tout à coup elle a disparu de leur vie. La chose que ça leur a appris dès leur plus jeune âge, c'est que le lien émotionnel avec un autre n'est pas sûr. Donc, en gros, ils savent que l'amour existe, mais ils ne savent pas exactement comment faire pour l'obtenir. C'est un concept mental, un concept intellectualisé dont ils n'ont pas fait l'expérience.

Un problème d'ordre biologique : l'ocytocine bloquée par le cortisol

Alors, pourquoi est-ce qu'ils ne connaissent pas l'amour, le vrai, et notamment les effets de l'ocytocine ? Parce qu'il y a un problème qui est de l'ordre biologique. Les récepteurs de l'ocytocine, l'hormone de l'attachement, sont bloqués par une autre hormone : l'hormone du stress, le cortisol. Ça signifie que même s'ils essayent, même s'ils tentent de créer ce lien, malheureusement le cerveau ne perçoit pas ce lien correctement. Et comme ils ont fait une mauvaise expérience étant jeunes avec leur mère, ils vont éviter ensuite toute expérience qui pourrait les mettre dans une situation qui irait générer de l'ocytocine. Par exemple, ils ne se montrent jamais vulnérables, ils sont complètement indépendants émotionnellement, et lorsque ça parle d'intimité, ils s'éloignent. On arrive donc sur un paradoxe : ce sont des personnes qui cherchent l'amour, qui en comprennent intellectuellement le concept, mais leur système biologique interne les empêche de ressentir l'amour, le vrai.

Le modèle intellectuel du partenaire idéal

Du coup, les évitants créent un modèle intellectuel du partenaire idéal. Ils vont réfléchir à l'amour comme une équation logique. Ce modèle repose sur trois critères principaux de sélection du partenaire. Premier critère : le partenaire qu'ils vont rencontrer ne doit pas trop demander, parce qu'ils ne doivent jamais se mettre en situation de vulnérabilité. Par exemple, pas de discussion émotionnelle trop profonde, pas non plus de conflit intense qui montrerait chez eux une vulnérabilité. Le deuxième critère, c'est l'absence de pression. Le partenaire idéal, à leurs yeux, dans leur logique, ne doit pas trop s'engager, ne doit pas imposer ses attentes. Et si jamais tu es anxieux toi-même et que tu rencontres un partenaire évitant, c'est exactement la chose que tu auras : tu auras besoin d'engagement et tu auras besoin d'imposer des attentes. Donc au début, ces partenaires seront à fond, et puis après ça, tu as des drôles de phrases qui viennent contredire ça. Au bout de quelques mois, il va te dire : et si on attendait un peu avant d'aller plus loin, avant de s'engager ? Oui oui, ne t'inquiète pas, on va peut-être se marier un jour, on verra.

Le partenaire évitant projette la relation compliquée qu'il a eue avec sa mère, qui n'a pas créé d'ocytocine, en se disant : vu que ça n'a pas fonctionné dans ce lien-là, le lien maternel qui est extrêmement important pour l'être humain, alors chaque expérience de relation intime émotionnellement créera le même désastre. Son troisième critère pour toi, c'est que tu viennes générer chez lui de la dopamine de manière permanente. Ils veulent de l'excitation, de la stimulation et de la nouveauté. Le souci là-dedans, c'est que la biologie humaine ne fonctionne pas comme ça. Typiquement, la dopamine, celle qu'on a souvent en phase de lune de miel au début d'une relation amoureuse, finit par disparaître au bout de 7 mois. On arrive donc sur un modèle qui est impossible à tenir dans le temps. Il cherche quelqu'un qui n'a aucune attente, qui va créer une excitation, de la nouveauté, de manière infinie. En gros, c'est : je veux que tu sois génial, je veux que tu sois surprenant chaque heure, je veux que tu aies une jambe en l'air, un bras sur le sol et un vase sur la tête. Ça ne pourrait pas tenir dans le temps.

Ce que son passé lui a appris

Revenons un instant sur leur enfance. C'est probablement quelque chose que tu ne sais pas, parce qu'ils ne s'en vantent pas. Personne n'aime se vanter du fait que ça a été compliqué dans sa jeunesse, qu'ils ont échoué. Pour rappel, ils sont évitants et ils veulent le cacher. La chose qu'ils veulent te montrer, c'est que oui, ça a très bien fonctionné auparavant, mais il y a eu quelques soucis qui font qu'ils sont célibataires au moment où tu les croises. Leurs premières relations dans leur jeunesse, vers 15 ans, 18 ans, 21 ans, ont mal fini, parce que l'évitant, comme on l'a vu, ne comprend pas l'amour, et il vient aussi saboter inconsciemment chacune des relations dans lesquelles il entre. Par exemple, il finit toujours par devenir distant, il finit toujours par se retirer, par créer de la frustration, et il conclut à chaque fois de la mauvaise manière en disant : les relations amoureuses, ça ne fonctionne pas, et ce n'est pas de ma faute, c'est la faute de l'autre. Un exemple classique, c'est un évitant qui aurait été blessé d'une relation amoureuse à 20 ans, qu'il a lui-même sabotée, et qui te dirait 30 ans après, lorsqu'il arrive sur la cinquantaine : je ne peux plus faire confiance, parce que mon expérience m'a montré il y a 30 ans de ça que ça ne marchait pas.

Suite à ça, dans leur jeunesse, ils vont tester différents types de relations, parce que si ça n'a pas fonctionné une fois, c'est peut-être qu'il faut se comporter différemment. Ils ont pu essayer de sortir avec plusieurs personnes en même temps. Ils ont pu aussi avoir des relations intimes mais sans engagement. Et on est dans un monde aujourd'hui où les applications de rencontre permettent facilement de masquer le comportement d'un évitant. Ça ne fonctionne pas, c'est de la faute des autres, je ne suis pas en tort. Je vais juste retrouver un nouveau partenaire avec qui ça marchera mieux la prochaine fois, avec qui il y aura plus de dopamine pour toute la vie, sans réaliser que cette attente est impossible. Ils peuvent aussi parfois, dans leur modèle intellectuel, se contenter de quelqu'un qui pourrait faire l'affaire potentiellement. Oui, j'ai un modèle, oui, j'ai un idéal. Cette personne en face de moi n'est pas exactement celle que je cherche, mais bon, on peut quand même passer un bon moment. Tant qu'à ne pas s'engager, autant s'amuser.

Dopamine et ocytocine : le sirop de fraise sans fraise

Quand une relation démarre, toi, tu vas ressentir de la passion. Mais chimiquement, entre vous deux, il y a un immense décalage. Tu ne vis pas du tout, d'un point de vue hormonal, ce que l'autre vit. Toi, tu vas recevoir de la dopamine, ce qui est normal en début de relation amoureuse, mais tu auras aussi de l'ocytocine, l'hormone de l'attachement. Lui, par contre, ou elle, n'aura que la dopamine. Ça ressemble à ces produits qu'on trouve en grande surface avec des produits chimiques : ça ressemble à peu près à un sirop de fraise, mais ce n'est pas de la fraise, c'est juste de la chimie.

Voici l'amour dopamine, que vous avez tous les deux au début : l'excitation, la nouveauté. Je pense tout le temps à cette personne. J'ai besoin de la voir. Elle est incroyable, je l'idéalise. La relation est spéciale, la relation est magique. J'ai l'impression, quand je marche chez moi, que je flotte dans l'air. J'ai mon cœur qui bat plus vite quand je la vois. Je suis nerveux avant qu'on se retrouve. J'ai une sensation d'énergie, d'euphorie. Parfois, j'ai même du mal à manger. J'ai des frissons quand je reçois un message, je consulte mon téléphone en permanence. Le corps humain qui sécrète cette hormone est fonctionnel, c'est normal. Et il y a une durée en biologie pour ça dans une nouvelle relation : ça va durer statistiquement quelque part entre 3 mois et 7 mois. Puis la dopamine va diminuer progressivement, laissant place massivement à l'ocytocine, ce que toi tu as, ce que l'autre malheureusement n'a pas. Je me sens bien avec cette personne. Je peux être moi-même. Je peux lui faire confiance. J'ai une impression de stabilité, un sentiment d'appartenance, moins d'obsession. Mon corps est détendu quand on dort l'un près de l'autre. J'ai un apaisement au moment où on se prend dans les bras, un sommeil plus facile. Je me sens apaisé après une journée difficile juste en parlant avec cette personne-là, et j'ai envie de construire sur le long terme. Cette hormone peut durer pendant des années, et elle va même se renforcer avec la confiance, avec la proximité, avec tout ce qu'on va partager ensemble, avec la complicité. Une relation stable va commencer par la dopamine, puis va survivre grâce à l'ocytocine.

Ces moments où l'évitant se confie quand même

Tu vas me dire : Antoine, je suis perturbé en écoutant ça, parce que j'ai l'impression que mon évitant était quand même capable parfois de se confier, de me parler pendant des heures. Et si tu te souviens bien, il y a probablement eu des fois où, en effet, tu avais l'impression que vous étiez connectés tous les deux. Il te raconte son passé, il devient très émotionnel et vous semblez réellement connectés. Il y a des conditions très spécifiques où un évitant peut se confier. Par exemple, lorsqu'il y a de l'alcool, parce que l'alcool vient stimuler la dopamine. Pour compenser la chute de dopamine à un certain moment, ton évitant peut boire pour se restimuler, ou encore l'alcool peut faire tomber ses défenses et tout d'un coup il peut se livrer. Il parle de son enfance, de ses blessures, de ses émotions profondes, et toi tu prends ça vraiment pour toi. Tu te dis : ça y est, on est réellement connectés. Sauf qu'en réalité, cet état est temporaire, parce que le lendemain, il devient extrêmement froid et distant.

Cas numéro 2 : cette personne peut se confier lorsque la relation est temporaire. Vous n'êtes restés ensemble que 3 mois, il n'avait pas l'intention de rester dedans, il s'est confié. C'est toujours plus facile de raconter sa vie à un inconnu dans un bar qu'à quelqu'un qui est proche. Là, c'est pareil : il sait que ça ne durera pas, il ne te connaissait pas avant, il sait qu'il ne te connaîtra pas après, et donc il se livre. Cas numéro 3 : au début de la relation amoureuse, il n'y avait pas encore d'attente, pas encore de pression, pas encore d'engagement, et il s'est senti en sécurité pour se livrer. Cas numéro 4 : lorsque la conversation est complètement contrôlée. Tu as l'impression que cette personne se livre sur sa vie, mais en réalité il y a quelques sujets sur lesquels il n'y a pas beaucoup d'engagement de sa part. Et cas numéro 5 : dans le cadre d'un effondrement temporaire. Il y a une rupture, une dépression, un burnout, un deuil intense, un gros stress. Dans ce cas-là, il peut se livrer, il peut même pleurer. Mais dès qu'il a réussi à rassembler ses esprits, il redevient distant.

Même s'il y a une base commune entre chaque évitant, ils sont pour autant tous différents. Ils ont tous des parcours de vie différents. Votre relation est différente de celle de votre voisin. On est tous des cas uniques : votre situation doit être étudiée, pour établir une bonne communication, pour mettre les bons actes au quotidien, de manière à ce que cette personne se sente enfin en sécurité.

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Questions fréquentes

Est-ce qu'un évitant ressent quand même des émotions ?

Oui. De manière biologique, naturelle, beaucoup d'évitants ont aussi des émotions. Ils veulent aussi avoir une famille, une vie stable. Ils y aspirent, même s'ils ne savent pas ce que c'est. Mais derrière tout ceci, il y a toujours ce doute : peut-être que l'amour, peut-être que le bonheur, ce n'est pas fait pour moi.

Pourquoi l'évitant ne montre-t-il jamais sa vulnérabilité ?

Comme ils ont fait une mauvaise expérience étant jeunes avec leur mère, ils évitent ensuite toute expérience qui pourrait générer de l'ocytocine. Ils ne se montrent jamais vulnérables, ils sont complètement indépendants émotionnellement, et lorsque ça parle d'intimité, ils s'éloignent.

Est-ce que l'évitant sabote ses relations exprès ?

Non, il sabote inconsciemment chacune des relations dans lesquelles il entre. Il finit toujours par devenir distant, par se retirer, par créer de la frustration, et il conclut à chaque fois de la mauvaise manière en disant que les relations amoureuses, ça ne fonctionne pas, et que ce n'est pas de sa faute, c'est la faute de l'autre.

Un évitant peut-il apprendre à aimer vraiment ?

Lorsqu'il travaille sur lui, l'évitant va apprendre à calmer son système nerveux, à quitter son mode de stress permanent, à sortir du mode guerre pour enfin entrer dans un mode de paix. Ça peut prendre quelque part entre 1 et 2 ans. Il va apprendre à faire la différence entre ce qu'il a vécu dans son enfance et sa vie adulte, et à se montrer vulnérable.

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