J'ai été le genre de personne, je le suis encore un peu aujourd'hui, qui a tendance à idéaliser sa compagne, puis au moment où il y a des problèmes, au moment où il y a la rupture, à la haïr. C'est-à-dire que tu passes de la princesse sur un piédestal absolu à, tout d'un coup, un diable. Et j'irai même plus loin dans mon autocritique : j'ai aussi cette fâcheuse caractéristique de pouvoir plus facilement parler de mes problèmes de couple à mes amis qu'à mon couple. La première concernée devrait être ma compagne. Ce n'est pas ce que je fais, j'en parle à l'extérieur.
Peut-être que, comme moi, tu as aussi cette tendance à devoir haïr quelqu'un après un couple. Peut-être qu'aujourd'hui, si jamais tu regardes les photos de ton ex que tu as dans ton téléphone, c'est dur. Entre les photos du début, où ça se passait bien, où c'était le prince charmant, la princesse charmante, et celles d'aujourd'hui, c'est la même tête, le même visage, le même sourire, peut-être trois ans de plus, peut-être quelques cheveux blancs, peut-être quelques kilos en plus. Mais c'est foncièrement la même personne. Sauf que dans un cas tu l'idéalises, et dans l'autre tu le détestes.
Le clivage, c'est universel
Melanie Klein, une psychologue qui était à Londres, de l'école freudienne, a décrit ça parfaitement à l'époque. Elle a dit que l'être humain a un clivage. L'enfant voit son parent, sa mère disons, soit comme la personne la plus importante sur terre, géniale, soit, s'il n'a pas à manger, il pleure et il la voit comme un monstre. Le clivage, c'est universel : on l'a étant enfant, on le garde à moindre dose étant adulte. Et parfois, il est nécessaire de haïr l'autre pour se détacher, pour prendre de la distance. En gros, détester est normal, mais c'est normal à différentes échelles. Le détester un peu, ça va. Si par contre on pousse un peu l'interrupteur et que cette personne devient le plus bel homme sur terre, la plus belle femme sur terre, et ensuite absolument plus rien, juste un tas de boue, là il y a un problème.
Otto Kernberg, un psychiatre, a poussé ça encore d'un cran. Il a dit que certains profils, comme par exemple les borderline, ou encore les pervers narcissiques et les manipulateurs, peuvent amplifier ceci. C'est la fameuse lune de miel quand tu démarres la relation, qui va se transformer en un cycle de dévalorisation. Puis ça recommence, tu redeviens la personne idéale. Je pense qu'étant jeune, avec mon caractère, sans être borderline ni pervers narcissique, cette défense a marché. Ça m'a protégé, ça a été utile. C'est ce qui fait que quand je souffrais trop, ça faisait comme un disjoncteur, ça claquait. Je devais détester cette personne pendant quelques mois pour pouvoir m'en sortir sain et sauf. Tu es un monstre dans ma tête, tu passes de 100 % blanc à 100 % noir, je dois te rejeter, je ne dois pas y retourner.
Tu le détestais, et tu te remets avec lui
Peut-être même que si tu t'es remis avec un ex récemment, tu as vécu ça. Génial au début, il a fait des erreurs parce que bien évidemment c'est un être humain, il tombe de son piédestal. Quelque temps plus tard vous vous séparez, tu le détestes, tu en parles à toutes tes copines, il te rappelle un samedi soir, ivre, à 23h52, tu lui donnes sa chance parce que tu l'aimes quand même. Là, on le voit, le clivage. Tu détestais cette personne, tu en as parlé à tous tes copains, à toutes tes copines, tu as un SMS, tu y retournes et c'est reparti. Tu n'es pas pervers narcissique, tu n'es pas bipolaire, tu n'es pas borderline, et pourtant tu le réidéalises.
Tu arrives à cet épisode gênant où tu ne sais même pas précisément comment dire à tes copines que, après tout le mal que tu as dit sur cette personne, tu te remets avec elle. Et la toute première question que je te pose aujourd'hui, c'est : est-ce que tu as tendance, un peu comme moi probablement, à idéaliser l'autre au début, beaucoup plus que ce qu'il n'est, sans voir ses défauts ? Parce que c'est dans l'intensité de ce mode de fonctionnement que tu peux déceler un problème. Au passage, tu peux très bien vivre avec ça toute une vie. Et probablement que pour être plus heureux, il faut commencer par se dire : je l'idéalise, j'ai conscience de faire ce clivage. Rien que ce mot, j'ai conscience d'avoir ce fonctionnement en moi, vient résoudre le problème, parce que j'en ai conscience, je le ferai moins.
Entre le blanc et le noir, toute une zone de gris
J'ai pris conscience de ça, j'ai bossé dessus il y a quelques années. J'ai appris qu'entre le blanc très blanc de cette personne parfaite et le noir très noir de l'enfer, il y avait des nuances. Certes, cette personne m'a fait souffrir. Elle a bien évidemment des qualités, elle a aussi des défauts. Tu arrives sur noir d'un côté, blanc de l'autre, et entre les deux toute une zone de gris. Sauf qu'en sortant de cette zone où tu classes les gens en géniaux ou diaboliques, tu rajoutes cette zone de gris : tu sors d'un problème en étant plus fin dans l'analyse, mais tu arrives dans un autre problème.
Cette fameuse zone de gris a un autre nom en psychologie. Ça s'appelle l'ambivalence chronique. En gros, tu peux être dans un couple, peser le pour et le contre pendant des années, et ruiner ta vie. Et tu es peut-être là-dedans aujourd'hui. Tu es une personne intelligente qui sait voir le bon et le mauvais en chaque personne, mais ta vie n'est pas améliorée pour autant. Parce que tu as des amis qui ont beaucoup de qualités, qui ont peut-être aussi plein de défauts qui viennent empiéter sur ta propre vie. Tu as peut-être aussi un couple aujourd'hui avec une personne qui a plein de belles qualités, plein de gros défauts, et qui a aussi bousillé ta vie. Donc je ne suis plus noir ou blanc, j'ai évolué, j'arrive dans une nouvelle palette de couleurs où il y a du gris. Mais pour autant, ma vie ne va pas mieux.
Gris plus noir égale noir
Si le premier monde ne fonctionnait pas, et si le deuxième monde que tu es en train de mettre par-dessus ne fonctionne pas non plus, j'ai décidé de passer au troisième monde. Ce monde, c'est : gris plus noir égale noir. Tout ce qui sera blanc restera blanc, ça c'est une chose, c'est ça que je veux dans ma vie. Tout ce qui sera gris et noir partira dans le noir. Je reviens à une forme de dichotomie. En gros, ce copain gentil de temps en temps mais qui fait des problèmes de temps en temps aussi, c'est du gris, ça dégagera dans le noir. Cette relation de couple où ça va un jour sur deux, cette catastrophe, ça partira dans le noir aussi. Je reviens à du blanc et noir, avec une distinction, et c'est cette nuance qui fait la guérison.
Je n'aurai que des personnes blanches dans ma vie, des gens que je peux admirer, que ce soit en amitié ou en amour. J'arrête d'être aussi naïf qu'étant jeune, en pensant que dans cette zone blanche il fallait être blanc fluo. Non, tu peux être blanc mat, blanc terne. Oui, je garde dans ma vie des amis qui sont géniaux, et je tolère que de temps en temps il y ait un souci, que ça n'aille pas de manière exceptionnelle. Je ne cours plus après le fait d'être en couple dans une version idéale de ce qu'on pourrait voir sur Instagram. Si par contre je rencontre une personne phénoménale dans ses valeurs, j'irai en couple. La rencontre de la personne me fera aller en couple, ce n'est pas l'idée du couple qui me fera aller vers la personne. Et cette personne aura le droit d'être merdique de temps en temps, ce sera largement acceptable. Vois ça comme du blanc pointillé de quelques petits points noirs.
Et de la même manière, je chercherai cette personne qui va cultiver ses propres valeurs. Si je prône quelque chose, je fais ces choses-là. Si je cherche la fidélité, si je prône la fidélité, je serai fidèle. Si je cherche la patience, si je prône la patience, je serai patient. C'est-à-dire que cette zone blanche n'est pas qu'un critère pour noter l'autre. C'est le critère de ma vie. C'est mon pré, c'est mon champ, c'est ma maison, c'est là où je vis aujourd'hui. Par contre, si j'ai un doute sur une personne, beaucoup de points positifs mais aussi beaucoup de points négatifs, ça dégagera dans tous les domaines de ma vie : professionnel, amical, amoureux.
Si tu sens qu'il est temps de faire ce tri mais que tu n'oses pas, tu peux avancer accompagné : je te reçois en coaching pour poser tes critères et t'y tenir.
On est jugé pour ce qu'on fréquente
Tu vas probablement perdre tous tes amis. Si tu avais 100 amis, il t'en restera trois. Si jamais tu étais dans un couple bizarre qui ne respecte pas tes valeurs, tu risques de perdre ce couple. Et parfois, pour reconstruire une vie, pour que ce qu'on sème dessus puisse pousser, il faut faire un terrain vierge. Il faut enlever toutes les maisons, tous les arbres, toutes les plantes. Il faut labourer, et il faut attendre un peu, parce qu'ensuite il va pouvoir pousser des choses sur ce terrain.
Mais tant que tu transportes du gris autour de toi, tu ne rencontreras que du gris, parce qu'il y a une réalité qui est très dérangeante : on est jugé pour ce qu'on fréquente. Tu te dis : j'ai un groupe de trois amis, oui ils sont bizarres, un peu déglingués, ils font des problèmes, mais moi je suis différent. Non seulement tu es imprégné par ça au quotidien, de manière évidente, mais en plus les gens te voient comme un bloc, comme un groupe, comme une bulle. Parce que tu fréquentes ces gens, tu leur ressembles, que tu le veuilles ou non. Tu seras perçu comme étant l'un d'entre eux. Le jour où tu oseras lâcher la corde, sauter dans le vide, quitter ces gens-là, tu verras que tu seras invité à d'autres soirées, tu verras que d'autres personnes te parleront.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le clivage en psychologie ?
L'enfant voit son parent, sa mère disons, soit comme la personne la plus importante sur terre, géniale, soit, s'il n'a pas à manger, il pleure et il la voit comme un monstre. Le clivage, c'est universel : on l'a étant enfant, on le garde à moindre dose étant adulte. Et parfois il est nécessaire de haïr l'autre pour se détacher, pour prendre de la distance.
Est-ce grave de détester son ex ?
Détester est normal, mais c'est normal à différentes échelles. Le détester un peu, ça va. Si par contre on pousse un peu l'interrupteur et que cette personne devient le plus bel homme sur terre, la plus belle femme sur terre, et ensuite absolument plus rien, si c'est complètement déséquilibré, dans ce cas-là il y a un problème. Le clivage sert de protection, et ça a marché à merveille pour moi.
Voir les nuances de gris, est-ce que ça suffit ?
Non. Cette fameuse zone de gris a un autre nom en psychologie, ça s'appelle l'ambivalence chronique. Tu peux être dans un couple, peser le pour et le contre pendant des années et ruiner ta vie. Même en prenant conscience de ça, ça n'avance pas. C'est pour ça que je suis passé au troisième monde : tout ce qui sera gris et noir partira dans le noir.
Pourquoi est-ce si difficile de couper les ponts ?
Ça vient toucher autre chose : la peur de l'abandon. Parce que j'ai peur d'être abandonné, je reste dans des situations grises, alors que je devrais faire face à cet abandon, faire un terrain vierge et pouvoir faire entrer d'autres personnes chez moi.
Tu te retrouves dans ces dynamiques ?
J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.
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