Marc est un petit garçon qui est différent des autres. Il peut aligner ses cubes par couleur pendant des heures. Il peut connaître le nom de toutes les planètes avant même de savoir lacer ses chaussures. Il peut aussi corriger la maîtresse lorsqu'elle s'est trompée de date. Mais c'est dans la cour de récréation que ça se gâte. Marc ne comprend pas les règles, parce que finalement elles ne sont écrites nulle part. Par exemple, pourquoi est-ce qu'on ne peut pas dire tout haut que le dessin de Kevin est moche alors que, de manière réaliste, il est vraiment moche ? Pourquoi est-ce que les autres se regardent, rient entre eux, sans que lui comprenne pourquoi ?

C'est une sensation que beaucoup d'autistes décrivent avec les mêmes mots : tout le monde semble connaître les règles du jeu, sauf lui. Dans la cour de récréation, il y a une petite fille qui l'aime bien. Il la regarde, et ses camarades vont lui faire croire qu'elle l'aime bien aussi, juste pour qu'il aille vers elle, qu'il se ridiculise et que tout le monde se moque de lui.

Le caméléon apprend à changer de couleur

Alors, vers 8 ans, ou 10 ans, ou même 15, il va faire quelque chose que personne ne lui a jamais dit de faire. Il se met à étudier les autres. Ce n'est pas pour s'amuser, c'est parce qu'il veut comprendre les autres. Il veut ressembler aux autres. Il regarde des films, il décortique. Ce qu'il veut, c'est avoir une conversation normale, ne plus être rejeté. Alors il révise, encore et encore, pour ressembler à tout le monde. Le caméléon vient de découvrir qu'il pouvait changer de couleur pour ne plus être moqué, pour ne plus être une cible à la récréation.

Un masque social qui se perfectionne

Au collège, son masque social se perfectionne. Il va apprendre à lisser sa voix, à forcer un contact visuel même quand ça lui brûle les yeux, à rire en même temps que tout le monde. Il observe, il fait exactement comme les autres pour ne pas être rejeté, et ça fonctionne : on le laisse tranquille. Mais le soir, il est vidé, il ne sait même pas pourquoi. Bien évidemment, si jamais tu passes ta journée à t'adapter aux autres, tu arriveras sur une forme d'épuisement, d'anxiété ou de dépression. Et quand tu es un caméléon, tu peux avoir une difficulté à construire un soi authentique. Qui est-ce qu'on est, au final, derrière ce masque ? Quand tu passes ta vie à jouer un rôle, à un moment, tu ne sais même plus qui tu es.

Adulte et en couple : on lui reproche un vide qui n'existe pas

Marc devient bien sûr adulte. Il rencontre Julie. Il tombe amoureux comme on tombe d'une chaise ou d'une falaise. C'est un soulagement gigantesque. Elle lui dit qu'elle le comprend, qu'elle voit derrière son masque, derrière sa carapace. Et Marc, qui pensait qu'on ne l'aimerait pas comme il était, qui devait se transformer, se modeler aux autres, commence à l'aimer aussi et à être naturel. Sauf que dans le couple, ça bascule. Elle lui reproche d'être froid, d'être absent, d'être décalé parfois, ou de ne rien ressentir. Mais c'est faux, parce que Marc, à l'intérieur, il explose, il a plein d'émotions. Mais son esprit ne montre que les émotions extrêmes, sinon il ne montre rien. Il peut avoir des sentiments qui sont démesurés et un visage qui est complètement plat. Marc ressent tout, ça ne se voit juste pas. Et on lui reproche dans cette relation un vide qui n'existe pas. Ils finissent par se séparer.

L'autre scénario : quand le caméléon rencontre une personne toxique

Ça, c'est le scénario positif, parce que oui, celui-là on se sépare. Parce qu'il y a un autre scénario. Marc n'a pas eu de chance. Ce n'est pas Julie, cette gentille jeune femme, qui le rencontre. C'est Claudia : malveillante, perverse, toxique. Ça pourrait aller dans l'autre sens également, chez les femmes qui auraient des traits autistiques. Pour Claudia, la fragilité de Marc devient une prise. Il a toujours dit oui pour être accepté et, par défaut, il pense que l'autre a raison. Par défaut, depuis qu'il est tout petit, il doute de lui-même. Il a toujours été le vilain petit canard de la mare. Alors il se tait, il encaisse, il pense qu'elle a raison. Il devient caméléon. Il prend les couleurs d'une personne toxique sans même s'en rendre compte. Elle lui fait croire qu'il a bien de la chance qu'elle l'ait accepté, qu'elle veut bien de quelqu'un comme lui malgré toutes ses bizarreries, et elle l'isole. Et le plus cruel, c'est que de l'extérieur, Marc a l'air d'aller bien, parce que son masque est toujours là.

Le burnout autistique et l'errance médicale

Quelque part entre ses 40 et 50 ans, peut-être même 55 ans, le masque cède. On pourrait appeler ça, si on inventait un mot, un burnout autistique. Peut-être des allergies, des douleurs. Même quand il dort beaucoup, il se réveille fatigué le matin. Et là commence l'errance médicale. On lui parle parfois de dépression, on lui file des cachetons pour ça, on lui parle de surmenage. Parfois, on lui dit qu'il est bipolaire. On teste tout un tas de médicaments, mais ça ne vise pas la bonne cible.

Et puis un jour, il découvre qui il est vraiment. Il arrive à mettre un mot dessus. Soit parce qu'il voit une vidéo, peut-être un article, ou encore parce qu'il emmène son enfant se faire diagnostiquer. Et quand le psychiatre parle à l'enfant, ou décrit ce que l'enfant vit, il se reconnaît exactement dedans. À presque 50 ans, il pose enfin un mot sur ce qu'il vit depuis qu'il est tout petit : l'autisme. Quand il a le diagnostic, c'est un choc pour lui. Personne sur terre ne veut avoir l'étiquette d'autiste, et il rejoue toutes les scènes depuis son enfance, tout ce qu'il a vécu, sous ce nouveau prisme. Et ça explique tout.

Qui suis-je vraiment derrière ce masque ?

Mais pour Marc, il y a toujours la question qui se pose, celle que n'importe quel caméléon pourrait se poser : qui suis-je vraiment derrière ce masque ? C'est comme dans ce film The Mask avec Jim Carrey. Le héros, qui s'appelle Stanley, utilise au début son masque comme un outil. Il le met, il l'enlève. Et puis vient un jour où il n'arrive plus à l'enlever. Un jour, il ne sait plus si c'est lui qui porte le masque ou le masque qui le porte. Marc, lui, n'a jamais pu enlever ce masque depuis qu'il est tout petit. Alors la vraie question, à 50 ans, devient : si j'ai passé ma vie à imiter l'être humain pour survivre, qui suis-je d'original en dessous du masque ? Est-ce que je ne suis pas uniquement une copie ?

Et jour après jour, peut-être même mois après mois, Marc arrête de jouer au jeu des autres. Il arrête de fixer la main des autres joueurs autour de la table. Il regarde sa propre main et il se demande, pour la première fois, comment est-ce que lui veut jouer la sienne.

Tu te reconnais dans l'histoire de Marc, dans ce masque que tu n'arrives plus à enlever ? Si tu veux poser les choses et avancer accompagné, je te propose de travailler ça ensemble en coaching.

Questions fréquentes

C'est quoi, le masquage autistique ?

C'est étudier les autres pour leur ressembler : lisser sa voix, forcer un contact visuel même quand ça brûle les yeux, rire en même temps que tout le monde. Un genre d'examen qui démarre très tôt dans la vie et qui ne finit jamais.

Pourquoi le diagnostic d'autisme arrive-t-il si tard chez certains adultes ?

Parce que de l'extérieur, la personne a l'air d'aller bien : son masque est toujours là. Pendant l'errance médicale, on lui parle de dépression, de surmenage, parfois de bipolarité. On teste tout un tas de médicaments, mais ça ne vise pas la bonne cible.

Quelles sont les conséquences du masque au quotidien ?

Si tu passes ta journée à t'adapter aux autres, tu arrives sur une forme d'épuisement, d'anxiété ou de dépression. Et quand tu passes ta vie à jouer un rôle, à un moment, tu ne sais même plus qui tu es.

Pourquoi les personnes autistes attirent-elles parfois des partenaires toxiques ?

Parce que leur fragilité devient une prise. Marc a toujours dit oui pour être accepté et, par défaut, il pense que l'autre a raison. Il se tait, il encaisse, et il prend les couleurs d'une personne toxique sans même s'en rendre compte.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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