Et si ton autisme était masqué par un TDAH ? Imagine deux conducteurs dans la même voiture, et les deux veulent avoir accès au volant pour avancer. L'un des conducteurs, c'est ton cerveau autistique, qui veut des routines prévisibles. Il aime bien ce qui est planifié. L'autre conducteur, c'est le cerveau TDAH. Il veut être stimulé en permanence, et si jamais ça dure trop longtemps, il décroche. Imagine maintenant ces deux caractéristiques au sein du même cerveau, et accroche-toi bien : ce n'est pas complémentaire, ça vient amplifier chacun des traits.
Par exemple, tu as besoin d'ordre dans ta vie, tu as besoin de routines carrées, mais bizarrement, au bout d'une semaine, tu n'arrives pas à les tenir. Tu aimes les plannings, ce qui s'inscrit dans le temps, mais tu arrives en retard, ou encore tu viens changer tes plans à la dernière minute. Ta maison a l'air rangée, mais quand tu ouvres un placard, c'est en désordre. Tu peux être ultra focus pendant 48 heures sur un sujet : tu vas sur Amazon, tu achètes tout le matériel, et au moment où le colis arrive, c'est-à-dire au-delà de 48 heures, tu es en perte totale d'intérêt. Tu ne sais même pas ce que tu vas en faire. Encore plus bizarre : la majorité des gens qui ont ces deux profils, qu'on appelle AUDHD par son petit surnom, ne savent même pas qu'ils le sont. Le fait d'être autiste plus TDAH rend difficile le diagnostic, parce que l'un vient rendre obscur l'autre.
AUDHD : des chiffres absurdes sur le papier
Il faut qu'on parle de chiffres, parce qu'il y a un écart énorme entre ce qu'on mesure et ce qui existe. On peut imaginer que peu de gens qui ont un TDAH se font diagnostiquer. Et puis il y a le phénomène qui s'appelle le masking : quand pendant 30 ans tu portes un masque pour imiter les neurotypiques, tu peux être capable de ne même pas t'apercevoir toi-même que tu es différent. Tu pourrais peut-être même tromper un docteur ou un psychiatre qui chercherait à connaître ton profil. Et les femmes sont celles qui le masquent le mieux, depuis leur plus tendre enfance.
Alors, je vais te donner des chiffres pour que tu voies l'absurdité de la chose. On dit que dans le monde, il y a 7 % des enfants qui sont TDAH et 3 % des adultes, c'est-à-dire finalement assez peu. Si on parle d'autisme, notamment Asperger, il y aurait 3 % de la population. On pourrait donc se dire que la chance que quelqu'un ait les deux est rarissime : 3 % de 3 %, c'est-à-dire peut-être 1 ou 2 pour 1000. Sauf qu'il y a un autre chiffre qu'on connaît : 40 % des autistes ont également un TDAH, et de la même manière, de 20 à 50 % des TDAH montrent également des traits autistiques. C'est-à-dire que sur le papier, d'un point de vue statistique, personne ne devrait l'avoir, ce qui est absurde. Sauf que dans la réalité, c'est peut-être ton voisin, ta voisine, ta sœur ou toi-même.
Quand je parle d'autisme ici, je parle d'autisme sans déficience intellectuelle, qui a longtemps été appelé Asperger mais qui n'est plus appelé comme ça aujourd'hui. Jusqu'en 2013, c'étaient deux diagnostics complètement différents. C'était une case ou l'autre. Depuis 2013, tu peux avoir les deux. Et ce qu'on découvre, c'est qu'il y a ce qui s'appelle une base génétique. Nous ne sommes pas que des cases. Il y a une base en nous qui fait que certains comportements se recoupent, et en l'occurrence, la moitié de la variance génétique de l'autisme chevauche celle du TDAH. Donc ce n'est pas un hasard si les deux vont si souvent ensemble.
Deux pilotes qui se contredisent dans le même cerveau
Et c'est là qu'on va commencer à rigoler, parce qu'il y a une friction entre tes deux pilotes de Formule 1. Le premier, on l'a vu tout à l'heure, le cerveau autistique, veut des choses prévisibles, les mêmes repères, un même environnement. Moi, par exemple, j'ai mes télécommandes pour mes lumières toujours placées exactement au même endroit. On veut de la stabilité. Et puis il y a l'autre partie du cerveau, qui veut totalement autre chose. Lui, ce qu'il veut, c'est la stimulation. Si jamais ça dure trop longtemps, ça décroche. Imagine deux personnes dans une même pièce : une extrêmement ordonnée, l'autre qui veut que ce soit la fête à la dopamine non-stop. Ce serait bizarre. Et en l'occurrence, ce n'est pas complémentaire dans ton cerveau. L'un n'aide pas l'autre. C'est une collision. On parle même dans les études anglaises de charge de contradiction. Ce sont deux façons de fonctionner qui se contredisent.
Alors, autistes et TDAH font ce qui s'appelle du masking pour s'adapter à l'environnement. C'est ce qu'on pourrait aussi appeler des changeurs de forme. La société veut que tu sois rond, tu deviens rond. Elle veut que tu sois triangle isocèle, tu deviens triangle, ou carré, ou rectangle, ou octogone. On devient donc quelqu'un d'autre depuis qu'on est tout jeune, juste pour être aimé.
Les petites bizarreries du quotidien
Et on arrive sur toutes les contradictions, toutes les petites bizarreries qu'on peut avoir au quotidien. Sur le rangement, on l'a vu : vouloir tenir une routine mais avoir du mal à la maintenir. Aimer les plannings et le détail, mais arriver en retard. Une idée qui surgit : une heure plus tard, tu es au magasin, tu achètes l'équipement super cher sans même avoir réfléchi à ce que tu vas en faire, tu le ramènes et tu abandonnes. L'appareil n'a jamais servi.
Tu peux avoir aussi ce qui s'appelle de la nouveauté maîtrisée. Accroche-toi bien. C'est les deux cerveaux qui essayent de cohabiter. Tu vas changer de repas chaque soir, ou de routine, ou de collation, mais ce sera toujours à la même heure. Tu vas dans un nouveau restaurant inconnu, mais tu commandes toujours le même plat. Tu fais semblant de prendre la carte : tu sais déjà à l'avance que tu vas prendre exactement ce plat, mais c'est maîtrisé.
Tu peux aussi avoir ce qui s'appelle des embouteillages de projets. Tu vas démarrer un projet, tu vas être distrait. Tu vas en démarrer un autre, tu vas être distrait, et au final tu en as lancé 2, 5 ou 20. Un jour, ça te tombe dessus : tout ce que tu n'as pas terminé te submerge.
Il y a aussi le conflit du sommeil. Pourquoi est-ce que tu dormirais, alors que tu peux continuer jusqu'à ce que ce sujet soit fini ? Le cerveau TDAH, lui, ce qu'il veut, c'est foncer. Le cerveau autiste, lui, ce qu'il veut, c'est terminer. Donc en gros, tu ne dormiras pas tant que ce ne sera pas bouclé.
Autre bizarrerie : tous les sons sont traités à égalité dans ton cerveau. Il n'y a aucun tri. Un bruit de chaise peut être aussi fort que la voix de la personne que tu écoutes. Et c'est ce qui fait qu'une simple discussion peut te fatiguer. Tu peux aller en société, voir des amis : comme TDAH, tu as l'air extraverti, expressif. Mais dès que tu rentres, ce sont les traits autistiques qui prennent le dessus, et tu es à plat.
Le masking : un masque qui devient toi
Le masking, c'est un mécanisme de survie. On se cache, on met ce masque sur le visage pour répondre aux normes sociales, pour ne pas être rejeté. À force de porter ce masque, tu ne sais même plus qui tu es à la fin. Tu ne veux pas montrer aux gens qu'il y a deux conducteurs derrière, et ce masque, ça devient toi. Il y a des femmes qui disent que finalement, elles se sont complètement changées, qu'elles ne savent même plus qui elles sont. Le souci là-dedans, c'est qu'il faut traduire. Il faut traduire tout ce que tu penses à travers un filtre, à travers un masque, pour que ce soit acceptable socialement. Et quand tu reçois les infos, tu dois les retraduire pour tes deux conducteurs.
Il y a deux choses qui sont très fréquentes avec ce type de profil, et c'est ce qui fait que tu n'as pas forcément conscience de ce qui t'arrive. La première, c'est un mot que tu pourras sortir en société la prochaine fois : ça s'appelle l'intéroception. C'est ta capacité à percevoir l'état de ton corps, les battements de ton cœur, les mouvements des intestins, et les TDAH comme les autistes sont moins bons là-dedans. Et il y a aussi ce qui s'appelle l'alexithymie : arriver à identifier ses émotions. Si je te demande d'identifier tes émotions, tu auras peut-être un peu plus de mal que la moyenne à y répondre. Ça signifie que tu n'es pas très fort pour comprendre ou réaliser ce qui se passe en toi. Et c'est ce qui fait que parfois tu exploses, ou tu t'effondres de fatigue, sans forcément l'avoir vu venir. Le dernier informé de ce qui se passe, en fait, c'est toi. C'est ce qui fait que le jour où tu as besoin d'un diagnostic, le psychiatre peut demander à ton mari ou à ta femme de venir dire comment tu es, parce que tu as moins conscience de ce qui se passe en toi. Tu es aveugle à tes propres états.
La deuxième chose très spécifique à ce profil, c'est ce qui s'appelle les émotions désynchronisées. Tu peux te sentir complètement à plat, sans aucune émotion, au moment où quelque chose d'important arrive. Puis, plusieurs jours après, tu es frappé par l'émotion. Il y a un delta entre ce qui se passe et ce que tu ressens.
Dans le couple : frictions et double masque
Alors, comment ça se traduit dans la vie de couple ? Il peut y avoir des frictions, même si ton partenaire est complètement sain. Par exemple, tu ne peux pas continuer de faire quelque chose tant que tout n'est pas rangé. Il y a aussi ce qui s'appelle aller de 0 à 100, une très bonne phrase par rapport à mon image des deux conducteurs : tu peux avoir certaines réactions qui semblent disproportionnées. En réalité, tu es en train d'accumuler sans forcément prendre conscience de ce qui se passe en toi, et tout d'un coup, ça explose, mais ça explose d'un coup. Il peut y avoir aussi un double masking : toi, tu as un masque, mais l'autre peut l'avoir également. Au final, chacun porte un masque pour être accepté par l'autre, et tu auras un couple où les deux personnes sont épuisées et ne se rencontrent jamais vraiment.
Une cible idéale pour les personnes toxiques
Si ça fait des étincelles avec quelqu'un qui est bienveillant, imagine ce qui se passe avec quelqu'un qui est toxique. Alors, pourquoi est-ce qu'on attire les relations toxiques ? Tu es plus vulnérable à l'abus narcissique, surtout si tu n'es pas diagnostiqué. En gros, si tu es neurodivergent et conscient de ton état, ça va aller. Si par contre tu es neurodivergent et non diagnostiqué, dans ce cas-là, tu seras beaucoup plus vulnérable.
Avant de donner une statistique qui est juste atroce, j'aimerais donner des choses positives. Là, on a l'impression que c'est juste compliqué d'avoir ce profil, mais en réalité, ce sont des profils qui sont aussi très créatifs, qui ont beaucoup d'intuition et beaucoup de profondeur. Souvent, ils peuvent voir beaucoup de choses que les neurotypiques ne voient pas. Ils peuvent ressentir plus. Ce sont des gens qui sont souvent loyaux, honnêtes, et tu as peut-être même cette capacité à devenir expert dans un sujet.
Selon une étude de 2022, neuf femmes autistes sur dix rapportent avoir subi une agression sexuelle, et souvent à plusieurs reprises. Dans une autre étude, de Goodman en 2016, environ une femme TDAH sur quatre rapporte des abus sexuels dans l'enfance. Ce sont des découvertes qui sont récentes : si tu vas voir un psy qui a la cinquantaine ou la soixantaine, il n'est peut-être même pas au courant de ça. Et il y a un vrai danger, on le voit sur les agressions sexuelles. Ne laissez jamais dire à quelqu'un que ce sont des effets de mode. Regardez toujours les études et les chiffres.
Lorsqu'on arrive sur terre en étant un peu différent, quand on arrive en étant cette personne qui peut faire rire certains, tu peux être le clown en soirée, tu peux être celui qui s'adapte, celui qui est vu comme étant tout le temps gentil. Tu peux être cette personne adorable, parce que tu as passé ta vie entière à t'adapter aux autres. Parce que tu arrives aussi avec souvent beaucoup plus de gentillesse, d'empathie et de peur d'être rejeté. Bien évidemment, tu es une cible idéale pour tout ce qui va traîner autour de toi. Tu es cette personne un peu déconnectée, un peu rêveuse, un peu dans sa tête. Évidemment, tu seras la victime idéale.
C'est peut-être vous qui avez ce profil psychologique aujourd'hui, c'est peut-être l'un de vos proches. Le fait d'être conscient de qui on est change tout. Le fait d'être conscient du véhicule qu'on a, notre corps, change tout. C'est ce qui fait la différence entre les gens qui vont se faire abuser, agresser, et ceux qui ne le seront pas : ils ont conscience de qui ils sont. Parce que j'ai conscience que je m'adapte trop, je vais faire attention. Parce que je sais que je suis trop gentil, je vais faire attention. Parce que je sais que j'ai du mal à lire mes propres signaux, et aussi évidemment ceux des autres, je ferai attention. Parce que je suis dix fois plus susceptible d'entrer dans une relation toxique. La prise de conscience change tout.
Tu te reconnais dans ce profil AUDHD et tu veux apprendre à mieux te connaître et à te protéger dans tes relations ? On peut faire ce travail ensemble en coaching.
Questions fréquentes
C'est quoi, le profil AUDHD ?
C'est le fait d'être autiste plus TDAH. Jusqu'en 2013, c'étaient deux diagnostics complètement différents, une case ou l'autre. Depuis 2013, tu peux avoir les deux. Et la moitié de la variance génétique de l'autisme chevauche celle du TDAH : ce n'est pas un hasard si les deux vont si souvent ensemble.
Pourquoi l'AUDHD est-il si difficile à diagnostiquer ?
Parce que l'un vient rendre obscur l'autre, et à cause du masking : quand pendant 30 ans tu portes un masque pour imiter les neurotypiques, tu peux ne même pas t'apercevoir toi-même que tu es différent. Tu pourrais même tromper un docteur ou un psychiatre. Et les femmes sont celles qui le masquent le mieux.
Pourquoi ce profil attire-t-il les relations toxiques ?
Tu es plus vulnérable à l'abus narcissique, surtout si tu n'es pas diagnostiqué. Tu arrives avec beaucoup de gentillesse, d'empathie et de peur d'être rejeté, et tu as passé ta vie entière à t'adapter aux autres. Neurodivergent et conscient de ton état, ça va aller ; non diagnostiqué, tu seras beaucoup plus vulnérable.
Quels sont les points forts du profil AUDHD ?
Ce sont des profils très créatifs, qui ont beaucoup d'intuition et beaucoup de profondeur. Ils voient souvent beaucoup de choses que les neurotypiques ne voient pas, ils ressentent plus. Ce sont des gens souvent loyaux, honnêtes, avec cette capacité à devenir expert dans un sujet.
Tu te retrouves dans ces dynamiques ?
J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.
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