Il y a un sujet qui revient souvent : les couples composés d'une personne qui est anxieuse et d'une autre personne qui est dite évitante. Le match parfait, la combinaison déglinguée parfaite pour que deux personnes restent ensemble dans un couple qui va faire souffrir les deux. Ces deux personnes s'attirent parce qu'elles ont une blessure similaire.

Une même blessure, deux chemins

Il existe des études qui disent qu'à l'enfance, entre 3 et 7 ans globalement, l'enfant ressentirait une distance ou un abandon. Par exemple, papa travaille trop. Quand tu es un enfant de 3 à 7 ans, ce que tu te dis, c'est que c'est de ta faute, que tu n'as pas été suffisamment gentil, que tu as été abandonné. Tu n'arrives pas à comprendre les problèmes des grands, les soucis des adultes. Ton père a peut-être juste besoin de bosser. Tu as peut-être une mère qui est dépressive, et tu penses aussi que cette distance, c'est de ta faute. Les études montrent qu'il y aurait deux chemins possibles d'une même blessure. Cette blessure, à la base, c'est : on ne s'occupe pas assez de moi en tant qu'enfant, on ne répond pas à mes besoins émotionnels. De cette blessure vont sortir deux chemins. Le premier, c'est l'attachement anxieux. C'est celui que moi j'ai, par exemple, qui est de la dépendance affective. En gros, c'est : quel que soit l'amour qu'on me donne, ce n'est jamais suffisant. Même si je m'en sors quand même aujourd'hui un peu mieux qu'avant. Mais l'autre enfant, celui qui est devenu évitant, qui partait de la même blessure, quasiment du même schéma, a pensé autre chose : l'amour fait mal, je n'en ai pas suffisamment, je dois éviter de m'attacher aux gens.

Arrivés à l'âge adulte, ces deux profils tombent fous amoureux. Ils ont la même fêlure, ils ont la même chose qui leur est arrivée dans leur enfance. C'est juste qu'au final, ça se montre de manière différente, et ce système va s'entretenir. Celui qui a l'attachement anxieux, qui pense qu'il n'est pas suffisant, va donner plus, plus, pour se rapprocher de l'autre. L'évitant, qui au fond de lui veut aussi de l'amour, même s'il en a peur, même s'il le refuse, va s'approcher, s'approcher et repartir. L'anxieux revit le même cycle que dans son enfance : quelqu'un qu'il aime de tout son cœur, quelqu'un qui va fuir, qui ne répondra pas à ses besoins. Il n'est pas dans un schéma qui est sain, il est dans un schéma qui lui fait du mal mais dont il a l'habitude.

Plus un évitant te rejette, plus c'est le signe qu'il t'aime

À ce niveau-là, il faut comprendre quelque chose : il y a un débat, même entre les psychologues, sur le fait qu'un couple anxieux évitant soit de l'amour ou juste de la dépendance affective. Je pense pour ma part qu'il y a un peu des deux. Il y a un peu d'amour et un peu de dépendance affective. Mais ce n'est pas que de la dépendance dans ces couples-là. Ce sont des gens qui s'aiment, les deux, au passage. On pourrait se dire qu'une personne évitante, qui passe son temps à s'approcher de nous puis à fuir, se rapprocher puis fuir, ne nous aime pas. Ce n'est pas le cas. En réalité, ces personnes nous aiment. C'est juste qu'elles ont peur de l'amour, elles ont peur de s'attacher. Plus un évitant va te rejeter violemment, plus c'est le signe qu'il t'aime. Oui, il a baissé sa garde, il est tombé fou amoureux de toi. Il est arrivé très très proche de ce feu de l'amour qui lui fait peur, et du coup, il doit vite partir.

Quand l'amour inconditionnel devient sacrificiel

Chez l'anxieux, la compréhension au bout d'un moment, c'est que l'amour inconditionnel devient sacrificiel. Je ne suis pas suffisant, même quand je te donne tout sur terre : mon temps, mon argent, mon amour, mon énergie, des attentions, des cadeaux, tout. Je te donne tout, et ce ne sera jamais suffisant. Tu te rapproches et tu fuis. Le sacrifice, ça va un temps, et l'anxieux réalise qu'au bout d'un moment, ça ne mène pas à de l'amélioration. Ces sacrifices mènent plutôt à une forme d'exploitation, on pourrait même dire à une forme de dépression. Quoi que je donne, je n'y arrive pas. Au bout d'un moment, j'abandonne.

Si jamais je te mets les deux mains devant un jeu vidéo et que je te fais jouer 5, 10, 20, 30 parties, et que ce jeu, tu l'adores vraiment, tu essayes toutes tes combinaisons pour gagner. Malheureusement, à chaque fois que tu arrives au niveau 5, ça s'écroule, tu repars au début. Tu vas réessayer un peu parce que tu adores ce jeu, tu vas recommencer, et un jour, tu en auras marre, parce que tu comprendras que les dés sont pipés. Tu comprendras que quoi que tu fasses, quoi que tu essayes comme stratégie, ça ne marche pas. C'est ce qui fait qu'on se sépare d'un jeu vidéo, qu'on le jette un jour. Et c'est ce qui fait aussi qu'un jour, on se sépare d'une personne qui est évitante : parce qu'on a tout essayé et rien n'a fonctionné.

Le jour où l'anxieux part pour de bon

Il y aura dans ces couples-là plein de ruptures. Mais plus on va avancer dans le couple, plus celui qui a l'attachement anxieux va se battre pour résoudre les problèmes, et un jour, il en aura marre. Son instinct de survie va prendre le dessus sur son attachement. Il va comprendre qu'il souffre dans ce couple, et c'est pour ça qu'il va décider de partir et de quitter la personne qu'il aime. Un jour va arriver le dernier jour, la dernière crise. Cette personne évitante va s'approcher de toi, elle va repartir, et cette fois-ci, tu n'iras pas la rechercher. Alors, selon la vision qu'on aurait de cette séparation, l'évitant peut penser que c'est lui qui est parti. Mais si on va vraiment regarder au niveau des sentiments, qui a réellement abandonné, qui a laissé partir, ce serait toi au final. C'est toi qui n'es pas allé le repêcher pour la millième fois. C'est toi qui as décidé que tu serais plus heureux ailleurs. Lorsque l'anxieux part, il se guérit. C'est un départ qui est silencieux, qui est en douceur et qui est aussi définitif. Il n'y a pas de crise, il n'y a pas de menace. C'est un retrait qui est calme et méthodique. Tu atteins enfin, ou c'est le début de, l'autonomie affective. Tiens, finalement, je m'aime bien. Tiens, finalement, j'arrive à passer du temps tout seul. Tiens, finalement, je suis assez heureux. Tiens, finalement, je souffrais là-dedans.

Le choc de l'évitant qui perd son pouvoir

Pour l'évitant, ça va être un choc, parce qu'il perd son pouvoir, il ne va pas comprendre. En général, il partait, tu suppliais, il revenait. La danse était classique, c'était connu. C'était un couple on off où ça se passait toujours de la même manière. Écoute : tu ne reviens plus. Il part, il attend le signal. Au début, il est bien soulagé, bien content. Au bout de trois semaines, ça commence à lui manquer. Mais là, tu ne reviens pas. Et là, il s'inquiète, il ne comprend pas. Peut-être qu'il va faire quelques tentatives désespérées, une petite crise, un petit SMS ou une déclaration soudaine, mais chez toi, ça ne marche plus. Tu as trop souffert dans cette relation. Tu n'as plus envie de ça aujourd'hui. Toi, ce que tu veux, c'est une sécurité. Tu as la capacité maintenant à t'apaiser tout seul. Tu as un nouveau rapport à l'amour : tu ne veux plus souffrir.

Beaucoup de couples, au bout de quelques mois, quelques années même parfois, se remettent ensemble. Sauf que toi, tu as évolué, et tu regardes cette personne, tu regardes cette relation, tu regardes l'autre te faire des crises, et tu n'as plus envie de ça. Tu n'as plus envie de souffrir autant. Tu trouves ça grotesque, tu trouves que ça n'a pas de sens. Tu te demandes même comment, à l'époque, tu as pu accepter ça, tolérer ça, trouver ça excitant ou commun ou habituel. Lorsque tu es guéri, tu vois juste cette personne gigoter. Toi, tu es stoïque, calme. Tu la regardes faire des allers-retours, te détester, t'aimer. Elle essaye, elle tente de te remettre dans cette dynamique. Mais toi, tu n'as plus envie de jouer à ça. Ça ne t'excite plus, ça ne t'intéresse plus. Il y aura un impact durable à ça. L'anxieux, peut-être toi aujourd'hui, sort plus fort, conscient de sa valeur et prêt à avoir enfin une relation saine. L'évitant, lui, sera confronté à ses limites. Il va devoir bosser dessus. Mais ce n'est pas quelqu'un qui aime ça, il préfère éviter le sujet. Toi, tu aimes te confronter, tu es sacrificiel, tu aimes donner, tu aimes réfléchir, tu aimes comprendre. Lui cherche à éviter ce sujet.

L'entre-deux mondes : la marche en déséquilibre

Si vous êtes anxieux, si vous l'êtes encore, j'aimerais juste que vous sachiez qu'il y a une partie du chemin qui n'est pas évidente. Tu étais anxieux, à terme, tu seras équilibré. Il y a deux mondes, deux mondes qui se touchent presque. Mais à un moment donné dans ta progression, tu n'auras plus vraiment un pied dans le monde d'avant. Tu ne pourras plus y retourner, dans ces relations évitantes. Ce serait grotesque, tu n'aurais rien à faire là-dedans. Tu n'as pas vraiment un pied là-dedans, mais tu n'as pas non plus un pied dans le monde sain. Si on faisait la photo d'une personne qui monte des marches, il y aurait à un moment donné cette personne en déséquilibre. Tu ferais la photo, elle serait complètement déséquilibrée, un bout de pied sur une marche et l'autre pas encore sur la nouvelle. On ferait la photo, on se dirait : elle va tomber. Et tu te sens dans cet entre-deux comme un esprit entre deux mondes pendant quelque temps. Moi, ça a duré quelques mois, je pourrais peut-être même dire quelques années. J'étais dans l'entre-deux, ce passage de l'ancien monde anxieux au nouveau monde équilibré. Et c'est long, parce que ce n'est pas linéaire. Parfois tu fais des allers puis des retours, trois pas en avant, deux pas en arrière.

Il va falloir avoir de la patience, parce que ça finit par arriver. Mais faites-vous confiance. Dites-vous qu'il y a un processus qui est normal. On ne peut pas changer une programmation qui date de notre enfance si rapidement que ça. Ça ne peut pas prendre juste le temps d'un claquement de doigts et se dire : ça y est, j'ai compris, c'est comme ça que ça va se passer. Non, tu vas peut-être devoir aller dans des relations saines et peut-être les faire capoter. Peut-être. Et avec le temps, tu verras que ton corps avance, ton esprit avance doucement dans ce nouveau monde, et c'est là que tu seras heureux.

Épuisé par cette dynamique anxieux évitant ? Si tu veux avancer plus vite vers l'autonomie affective, mon coaching est là pour ça.

Questions fréquentes

Qui est le plus dépendant dans le couple anxieux évitant ?

On pense toujours que c'est l'anxieux qui a plus besoin de l'autre, que c'est l'anxieux qui va courir après l'autre. En réalité, ce que tu ne sais peut-être pas, c'est que les deux sont dépendants affectifs. Attachement anxieux, attachement évitant : cette personne qui s'approche de toi et qui repart a tout autant besoin de cette relation que toi. Vous êtes à égalité.

Pourquoi les évitants consultent-ils moins ?

La plupart des gens qui consultent sont des attachements anxieux, ceux qui pensent ne pas être suffisants. Parce que l'évitant, lui, il évite. Il se rapproche comme du feu, il touche, il se fait peur et il repart vite. Les évitants consultent moins et guérissent moins. Il n'est pas rare de voir des évitants qui ont 70 ans, 80 ans, qui ont juste fini par abandonner. Ce seront des années de vide émotionnel, de souffrance.

Pourquoi je m'ennuie dans les relations saines ?

On te propose des relations saines, tu t'ennuies dedans, tu ne sais pas ce que tu fais là. Tu n'es pas habitué à ça. Tu es habitué à ta dose de dopamine, d'adrénaline, de stress, de cortisol. L'autre part, l'autre revient : c'était ça ton quotidien avant. Dans une relation saine, normale, tu t'ennuies parce que tu es dans cette transition.

Y a-t-il un risque à guérir avant l'autre ?

Il y a un psychologue qui disait récemment : le grand danger quand on va consulter un psy, c'est de guérir l'un des deux, que l'autre du coup ne soit pas guéri et que le couple se sépare. C'est souvent ce qui arrive : l'anxieux finit par se traiter, il va mieux, et c'est ce qui fait que tous les anxieux finissent par partir.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

Découvrir le coaching →