Si tu es anxieux, je vais te poser une question. Est-ce que tu arrives à te souvenir de ta dernière relation avec quelqu'un qui est évitant ? Est-ce que tu te souviens du dernier message que tu as envoyé, le message juste avant la rupture ? Si je devais miser de l'argent, je pense que cette phrase, ce SMS, ce WhatsApp, est une phrase plutôt courte, presque polie. Et ensuite, plus rien. Tu es parti net, d'un coup. La personne en face de toi, qui est évitante, a sûrement pensé : il va revenir, elle bluffe, il rappelle toujours. Sauf que cette fois-ci, tu n'as pas rappelé.

On va voir ce qui se passe réellement dans la tête d'un anxieux qui arrête d'insister, pourquoi c'est l'un des gestes les plus difficiles, les plus coûteux qu'un être humain puisse faire, et ce que ça déclenche chez l'autre.

Quand l'anxieux part, il part pour de bon

Il faut dire les choses clairement. Si on comptait le nombre de départs ou de ruptures au sein d'un même couple, il y aurait probablement plus de ruptures dues à l'évitant. Peut-être qu'il est parti une fois, deux fois, trois fois, dix fois, et que c'est toi qui es parti la dernière fois. L'évitant s'en va, il revient, il s'en va, il revient. L'anxieux, lui, n'est pas pareil. Il reste, il s'accroche, il marche sur des œufs pour ne pas faire fuir l'autre. Il essaie de mériter un amour qu'il n'a jamais vraiment reçu dans cette relation. Mais lorsqu'il part, il part pour de bon.

Quand je dis que les gens anxieux insistent pour que ça fonctionne, ça ne ressemble pas toujours à des messages mignons d'amour. Chez certains, ça peut être donner des choses, donner des objets, donner de l'argent. Ça peut être rendre des services. Ça peut être tenter de résoudre les problèmes de l'autre : tu as l'air d'être en difficulté, et parce que je ne veux pas que tu me quittes, je vais t'aider. Ça peut être comprendre l'autre au maximum, parce que plus on le comprend, plus on peut supporter. Ça peut être également devenir tellement indispensable en sauvant l'autre qu'on pense qu'il ne pourra jamais nous quitter. Ça a l'air plutôt glorieux, plutôt généreux. En réalité, c'est juste ton anxiété qui est là. Plus je donne, dans ta tête, moins j'ai de chances d'être quitté. Parce que la plus grande peur d'une personne à l'attachement anxieux, c'est précisément de perdre la relation. Demander à un anxieux de partir, ce serait comme forcer quelqu'un qui a le vertige à sauter dans le vide en saut à l'élastique. Il en a peur à l'extrême. Et lorsque l'anxieux finit par tout quitter à la fin, c'est que ses limites n'ont pas été un tout petit peu dépassées, même pas deux fois dépassées. Elles ont été mille fois dépassées, depuis extrêmement longtemps, et il va réussir à faire ce qui lui fait le plus peur : partir de la relation.

Protestation, désespoir, détachement : la séquence de Bowlby

En 1969, John Bowlby, le précurseur, l'inventeur de l'attachement évitant, anxieux et équilibré, explique la chose suivante. Lorsqu'une personne est coupée de sa figure d'attachement, il y aura toujours la même séquence, en trois temps. Tout d'abord, lorsqu'on t'enlève ta figure d'attachement, peut-être ton mec, ta femme dans ton cas, au début il y aura une protestation. Ensuite va arriver le désespoir, puis finalement le détachement.

La protestation, c'est ce que ton entourage a vu pendant des mois, peut-être même des années avant la rupture. Quand ça ne marchait pas, quand tu n'as pas reçu assez d'amour et que ça ne t'allait pas, tu protestais. C'est aussi les messages que tu as envoyés à ton partenaire. Tu as reformulé trois fois tes questions, tu as fait attention de ne pas le déranger. Tu as tenté de dialoguer, sauf qu'en fait, tu as eu un mur. Vont s'ensuivre le désespoir, puis le détachement. Le détachement, c'est le moment où tu abandonnes, où tu pars.

Une image très simple. Imagine que tu es devant une machine à bonbons, il faut mettre des pièces dedans pour recueillir un bonbon. Tu mets une pièce, ça fonctionne. Puis tu mets des pièces, ça ne marche pas. Tu passeras par ces mêmes phases. Protestation : tu iras voir le gérant, votre machine ne marche pas. Désespoir : tu accepteras que cette machine est défectueuse. Puis détachement. Et c'est exactement ce qui se passe avec une personne anxieuse. Au bout d'un moment, elle se rend compte que ça ne marche pas. Elle n'est pas rassurée par l'autre, elle n'est pas aimée, elle n'a pas les bons signaux.

L'erreur de l'évitant : croire que ton énergie est illimitée

Le problème dans ces trois phases, c'est que l'autre n'a vu que la première. Il a vu la protestation et il en a tiré une conclusion fausse. Cette personne évitante s'est dit : si l'autre en face de moi met autant d'énergie pour le couple, marche sur des œufs, fait tout pour que ça se passe bien, alors il est capable de mettre une énergie illimitée pour rester dans le couple. Il se dit : tant que l'autre insiste, c'est qu'il y a de la marge. Et c'est exactement là qu'est l'erreur. Il ne se rend pas compte qu'au bout d'un moment, tu passeras dans les phases 2 et 3, désespoir puis détachement. Non, ton énergie n'est pas illimitée.

Pendant les dernières semaines avant la rupture, bizarrement, l'anxieux n'envoie plus de messages de supplication. Il n'y a plus de tentatives de se connecter, il n'y a plus de grandes conversations. L'autre en face se dit : c'est bon signe, c'est parce que ça marche mieux entre nous, parce qu'il y a moins d'attentes. En réalité, c'est le signal que ton système est en train de s'éteindre. Tu ne veux plus de cette relation, tu es en train de te résigner. Et au final, tu pars pour une broutille. On pourrait se dire que la rupture finale, c'est une grande tromperie, un grand drame, quelque chose de spectaculaire. Pas du tout. C'est la dernière goutte d'eau dans le système, qui fait que ça déborde. Et l'autre en face de toi ne comprend pas. Tu as toujours tout supporté à l'infini, tu as toujours tout fait pour lui, et tout à coup tu pars pour un rien. Il va se dire : mais il m'a quitté juste pour cette soirée-là, un mot mal compris, une mauvaise blague. En réalité, on ne quitte pas pour une broutille. On quitte parce qu'il y a eu des années où le fond n'était pas bon, sauf que l'autre n'a rien vu.

Ce que ton départ déclenche chez l'évitant

Pour lui, au début, c'est un soulagement, un réel soulagement. Plus de pression pour être disponible émotionnellement, plus d'attentes à gérer, plus de conversations à esquiver. Il est le plus heureux du monde. Tu le vois dans la rue, il a le grand sourire, tu le vois sur les réseaux sociaux, super content. Et puis va arriver le deuxième temps, quelque chose de beaucoup plus profond. Beaucoup d'évitants entrent en couple avec une conviction : je serai abandonné, je ne dois pas trop m'attacher à cette personne, ça finira mal de toute façon. Alors toi, quand tu pars, leur conclusion, qui devrait être « peut-être que j'aurais pu faire des efforts, peut-être que j'aurais pu nourrir cette relation », ce n'est pas du tout ça. Il conclut par : je le savais, heureusement que je ne me suis pas attaché, j'ai encore été rejeté. Ta décision de rupture vient renforcer une blessure qui existait déjà bien avant toi. Sauf que ça a été une autoprophétie. À force de ne pas s'attacher à toi, de ne pas communiquer avec toi, bien évidemment, tu as fini par partir. Mais dans leur tête, c'est parce que l'amour fait toujours mal.

Et considère bien que chez certains évitants, c'est une stratégie : bousiller le couple en étant loin de toi, en te donnant le moins possible. Un jour ils s'éloignent, un jour ils reviennent. Un jour ils s'éloignent encore plus, puis ils reviennent. La relation devient invivable et finalement, c'est toi qui mets un terme à ça. Maintenant, relis toute ta relation dans ta tête et demande-toi si c'était la faute à pas de chance, ou si tout ceci n'a pas été prémédité, même inconsciemment, par l'autre depuis le début. Bien sûr, ce qu'il dira à vos amis, ce n'est pas qu'il a tout saboté depuis le début. Et puis il pourra aussi dire que c'est lui la victime, parce que c'est toi qui l'as quitté.

Alors, est-ce que ton départ peut créer un électrochoc, et qu'il ouvre les yeux ? On dit que c'est lorsqu'on rabote le fond de l'océan mentalement qu'on se remet en question, c'est quand on va le plus mal. La réalité, c'est que parfois oui. Mais retiens bien ceci : ce déclic, cette envie de changer, si ça arrive, c'est à lui de gérer ça. Tu n'es pas là pour le provoquer dans cette démarche, tu n'es pas là pour l'accélérer, et tu n'es pas responsable de ses blessures d'enfance.

Si tu sors de ce genre de relation et que tu veux construire ta sécurité intérieure, je peux t'accompagner en coaching.

La tempête d'émotions après la rupture

Bien évidemment, quelqu'un qui a peur de l'abandon ne peut pas arriver à quitter quelqu'un et être zen juste après. Cette tempête, tu vas la vivre. Tu seras ce petit bateau dans l'océan, avec beaucoup de vent et des vagues de 10 mètres. Et cette tempête aura deux visages. D'un côté, tu auras une forme de fierté que tu n'as peut-être même jamais connue. Pour la première fois, tu as décidé de partir. Tu t'es choisi, parce que tes besoins comptent. Et je veux dire quelque chose d'important : ça, c'est le début d'un comportement d'attachement sécure. Tu es en train de construire ta sécurité. Mais il y a l'autre côté, beaucoup moins cool. Il y a la rumination, la culpabilité, quelque chose qui tourne en boucle la nuit. Est-ce que je l'ai blessé ? Est-ce que c'est de ma faute ? Est-ce que j'en ai trop demandé ? Peut-être que j'aurais pu encore plus marcher sur des œufs. Cette spirale anxieuse a une origine : beaucoup d'anxieux ont grandi dans des familles où l'amour était instable, et ils ont appris très tôt à gérer les émotions de tout le monde en s'oubliant.

Mais il y a un piège encore pire que ça, et aujourd'hui tu es peut-être exactement dedans. Ce piège, c'est de chercher à comprendre. Te dire par exemple : si je comprends ses blessures, alors je pourrai l'excuser et on pourra avancer. Si ça se trouve, il me manque juste une pièce du puzzle. Si ça se trouve, ce couple aurait pu être génial. Sauf qu'en réalité, en faisant ceci, tu es juste en train de trouver une raison pour supporter encore plus longtemps quelque chose d'encore plus dur. Si je sais que ton enfance a été triste, je pourrai supporter ta colère tous les soirs. Est-ce que tu as envie d'avoir de la colère chaque soir ? Non. Est-ce que tu as envie de supporter plus de douleur en comprenant ? Peut-être pas. Comprendre la douleur pour la supporter, c'est anesthésier son cerveau.

Il y a de fortes chances que dans cette tempête, tu oscilles entre deux versions. Pendant une heure, tu vas te dire, et c'est ce que tu vas dire à tes copains : c'est un monstre, regarde ce qu'il m'a fait, ce qu'il a dit. Et tes copines te diront : vas-y ma chérie, quitte-le, il mérite que tu partes pour toujours. Et puis il y a l'heure d'après. Ce n'est plus un monstre que tu vois, c'est une âme en peine. C'est un enfant blessé qui est devenu adulte, et c'est quelqu'un que tu peux sauver. Sauf qu'en réalité, ce n'est ni un monstre ni une âme en peine. C'est juste ton cerveau qui est en train de construire deux caricatures d'une même personne.

En réalité, tu n'avais pas à être parfait. Tu n'avais pas besoin d'être parfait pour qu'on t'aime. Tu n'avais pas besoin de tout donner à quelqu'un pour qu'on s'attache à toi, pour que tes efforts soient à peu près rendus. Tu n'avais pas à marcher sur des œufs pour qu'on s'intéresse à toi et à tes émotions. Et dis-toi bien une chose, peut-être la plus intéressante : si tu avais posé tes limites dès le début, si tu avais été toi-même, imparfait comme on l'est tous, avec des limites, cette relation se serait arrêtée bien plus tôt. Et ça aurait été une très bonne chose.

Questions fréquentes

Pourquoi l'anxieux met-il si longtemps à partir ?

Parce que la plus grande peur d'une personne à l'attachement anxieux, c'est précisément de perdre la relation. Demander à un anxieux de partir, ce serait comme forcer quelqu'un qui a le vertige à sauter dans le vide. Lorsqu'il finit par partir, c'est que ses limites ont été mille fois dépassées, depuis extrêmement longtemps.

Que ressent l'évitant quand l'anxieux arrête d'insister ?

Au début, c'est un réel soulagement : plus de pression pour être disponible émotionnellement, plus d'attentes à gérer. Puis vient quelque chose de plus profond : il conclut par « je le savais, heureusement que je ne me suis pas attaché, j'ai encore été rejeté ». Ta rupture vient renforcer une blessure qui existait déjà bien avant toi.

Pourquoi la rupture arrive-t-elle pour une broutille ?

La rupture finale n'est pas un grand drame spectaculaire. C'est la dernière goutte d'eau dans le système, qui fait que ça déborde. On ne quitte pas pour une broutille : on quitte parce qu'il y a eu des années où le fond n'était pas bon, sauf que l'autre n'a rien vu.

Mon départ peut-il provoquer un déclic chez l'évitant ?

Parfois oui : on se remet en question quand on va le plus mal. Mais ce déclic, cette envie de changer, si ça arrive, c'est à lui de gérer ça. Tu n'es pas là pour le provoquer ni pour l'accélérer, et tu n'es pas responsable de ses blessures d'enfance.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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