Pourquoi est-ce que dans ce couple, tu es allé jusqu'au bout de la connerie ? Qu'on se mette d'accord : il y a de fortes chances, je ne te connais pas, que si tu lis ces lignes, tu l'aies fait jusqu'au bout, du bout du bout. Le détail dérangeant là-dedans, c'est que tu n'avais pas un gun sur la tête. Allez, rappelle-le, envoie-lui un SMS, ce dimanche soir à 23 h. Non, tu as été tout seul. Tu as été déçu, tu es revenu, tu es retourné, tu es revenu avec tes petites jambes.
Je vais te raconter l'histoire de Véro. Elle est avec ses copines à une soirée et Véro leur raconte ce qu'il a osé faire, ce qu'il a osé dire. Toutes ses copines étaient indignées. « Mais comment a-t-il pu te dire ceci ? C'est un monstre. Véro, tu es conne, n'y retourne pas. » Et Véro a pris sa main sur sa poitrine et a dit : « Les filles, je vous le promets, plus jamais j'y retourne. Il ne me mérite pas. Je mérite 10 fois mieux que ça. » Trois jours après, barbecue, et entre deux merguez, la bouche pleine de ketchup, Véro dit : « Finalement, je l'ai rappelé, on a couché ensemble, mais cette fois-ci j'ai posé mes limites. »
Personne ne se dit un matin : je vais anéantir ma vie
Le truc fascinant dans cette histoire, c'est que Véro n'est pas bête. Véro, elle a un CDI. Elle sait faire des budgets annuels. Elle sait même monter un meuble suédois sans le mode d'emploi. Véro est intelligente, mais lorsque Véro est en face de Marco, elle a le même discernement qu'un labrador devant une balle de tennis. Et là, tu rigoles de Véro. C'est mignon, parce que tu es peut-être Véro. Je suis Véro. Je suis un Véro avec une chaîne YouTube. Parce que si vous pensez que je fais mieux avec mes conseils : j'ai toléré, jusqu'à il n'y a pas longtemps, d'être critiqué quotidiennement, d'être rabaissé, peut-être même parfois d'être insulté. Donc ce monsieur qui vous explique l'attachement de manière logique s'est dit la même petite phrase que Véro, et peut-être même que vous : et si jamais cette personne changeait ? Comme pendant un film, tu ne sais pas qui est le tueur, tu le sais à la fin. Et au final, non, cette personne n'a pas changé.
J'ai fait un live avec une coach de mon équipe. Elle est réputée pour être une coach plutôt dure, intraitable. Et elle a avoué que récemment, pendant un an, elle se levait tous les jours à 4 h 30 du matin pour préparer le plat de midi, pour qu'il puisse manger du riz. Elle préparait son tupperware à 4 h 30 parce que lui partait à 5 h du matin, puis elle se recouchait pour se relever à 9 h, parce qu'elle-même ne démarrait qu'à 9 h. Leur relation a fini par échouer au bout de quelques années. Ce qu'il faut comprendre, c'est que personne sur terre ne se dit : tiens, je vais anéantir ma vie pour cuisiner du riz dans un tupperware le matin. Ça vient par étapes, ça vient par phases successives, et chaque étape t'emmène un peu plus vers l'enfer.
Pourquoi on est allé aussi loin
Tout d'abord, il y a une question d'attachement. Ton système d'attachement peut en effet t'emmener loin : si tu es anxieux avec un évitant, si tu es évitant avec un anxieux, on reproduit des choses. En gros, tu es dans un immeuble, il y a le système d'alarme incendie qui se déclenche, et toi, plutôt que de sortir, tu repeins les murs et tu refais la déco.
Il y a aussi le deuxième phénomène que tu connais, c'est le renforcement intermittent. C'est le principe des casinos. Imagine : tu es avec tes amis à 2 h du matin dans la ville, tu vas retirer de l'argent au distributeur avec ta carte bleue, tu cliques compulsivement pour retirer de l'argent et tu montres à tes copains « regardez l'argent que j'ai », et tes copains te disent : « Ouais, enfin c'est ta carte bleue, c'est ton compte que tu es en train de débiter. » Et tu fais : « Mais ce n'est pas important, ça. L'important, c'est qu'il y a plein d'argent qui en sort. »
Le troisième, ce sont les coûts irrécupérables. Vu tout ce que j'ai déjà mis dedans, jusqu'à faire des tupperwares à 4 h 30 du matin, je ne vais pas en partir. J'ai déjà beaucoup investi dans cette relation, et il suffirait d'un rien. Et si cette personne changeait en face de moi ?
Fallait-il aller jusque dans l'enfer pour voir le paradis ?
Il y a un mensonge séduisant là-dedans. Le paradis n'existerait pas sans l'enfer. Le bonheur est une question relative : parce que j'ai été bas, très bas, le haut me semble très haut. C'est le principe des montagnes russes. C'est parce que ça va très haut puis très bas que tu ressens des choses.
Et je te rassure, bien évidemment que cette douleur, cet enfer, t'a appris des choses. Bien sûr qu'aujourd'hui tu es plus lucide qu'avant. Bien évidemment qu'aujourd'hui, grâce à tout ce que tu as vécu, tu te connais mieux. Mais peut-être aussi que ton cerveau maquille cette douleur en quelque chose d'acceptable, un peu comme un comptable qui irait changer les comptes après coup pour qu'on ne voie pas les erreurs. Après coup, si je dois trouver un sens à ça, je devais y aller pour mieux me comprendre. Ça s'appelle le biais du survivant. En gros : l'enfer m'a construit, heureusement que j'y suis allé. Sauf que ceux qui peuvent dire ça sont ceux qui en sont sortis. Parce que ceux qui sont encore dans cet enfer aujourd'hui ne font pas de podcast sur le bonheur d'en être sorti. Ils ne clament pas haut et fort qu'ils ont appris des choses. Non, ils souffrent. Actuellement, ils font des tupperwares le matin.
On pourrait même aller plus loin en disant que l'enfer ne protège pas. Beaucoup de gens qui m'appellent en coaching sont dans les services médicaux, des docteurs, des infirmières. Parce que tu vois le pire au quotidien, tu te dis que ce que tu vis à la maison, ça va. Parce que tu sais que tout le monde peut guérir, tu te dis : j'ai de l'espoir chez moi. Et tu finis comme cette espèce d'élastique un peu détendu, qui aurait trop été tiré, et qui a une amplitude à la connerie gigantesque. Oui, moi je peux survivre. Bravo, je peux te filer une médaille. Donc voir l'enfer, ça te permet de mieux comprendre l'autre, de mieux te comprendre toi, ça te rend lucide. Mais ça ne rend pas plus heureux.
Tu as payé très cher une information qui coûtait moins cher ailleurs
Alors, est-ce que c'était nécessaire d'aller en enfer ? La réponse est non. Oui, ça t'a donné des cartes. Tu connais mieux tes limites. Tu sais mieux ce que tu peux tolérer ou pas. Tu sais que tu ne te feras plus piétiner. Tu connais ton seuil de l'acceptable au millimètre près. C'est ça, ta connaissance aujourd'hui. C'est précieux, mais cette même info, tu aurais pu l'avoir ailleurs.
Comme cette famille qui va au parc d'attractions et qui paye plein tarif, 120 balles par personne, sa journée pour faire du grand huit. En fait, la famille d'à côté est passée par le comité d'entreprise, ils ont payé deux fois moins cher. Et à la fin de la journée, quand papa dit à ses enfants « on a découvert plein de choses, on s'est amusés », l'enfant va dire : « Oui, mais eux, ils ont payé moins cher. » Ce que je veux dire, c'est que tu as payé cher la découverte de quelque chose qui aurait pu être moins cher ailleurs. Cette même info se trouve en thérapie, en coaching, en lisant des livres. Certes, c'est théorique et ce n'est pas pratique sur le terrain. Mais mixer un peu des deux est probablement la bonne chose.
Serais-tu capable de supporter la paix ?
Maintenant, j'aimerais poser une question qui fait mal, et c'est celle qu'on m'a posée il y a quelques années. C'est un ami coach qui m'a dit ça : « Antoine, serais-tu capable d'être avec une femme saine ? » Mon ego bondit directement. Mon conscient dit : « Bien sûr, je fais une chaîne sur ça, j'écris des livres sur ça, je passe sur scène devant des centaines de personnes pour donner des conférences sur ça. » Ça, c'est l'ego, c'est la réponse rapide, celle qui est prête à sortir, préchauffée. J'ai raccroché, j'ai dit « oh, tu es con ». Et la question m'a hanté pendant quelques jours derrière. Est-ce que je saurais être heureux sans faire de vagues ? Est-ce que je saurais être dans un couple sans tester les limites de l'autre comme un gamin ? Est-ce que je saurais ne pas balancer cette petite blague juste pour voir sa tête ? La réponse est que je n'en sais rien.
Alors je te pose cette même question aujourd'hui. Est-ce que tu saurais supporter la paix, si ce monsieur parfait ou cette madame parfaite était assis juste à côté de toi ? Peut-être que la réponse immédiate, c'est oui, bien sûr, évidemment, j'en rêve depuis tout le temps. Peut-être que la réponse moins immédiate, c'est : moi, ce que je veux, c'est faire du grand huit. Je veux que ça aille très haut. Je veux que ça aille très bas. Et en réalité, c'est aussi acceptable.
La bonne question n'est pas « est-ce que j'ai tout essayé »
J'aimerais conclure par probablement le point le plus dur. À quel moment faut-il partir ? Je peux te citer plein de cas de figure où il fallait insister un peu plus parce que l'autre prend conscience. Peut-être même qu'il faut se séparer puis se remettre ensemble. Oui, parfois insister, ça marche, il y a quelque chose. Et peut-être que dans une société où on laisse tout tomber rapidement, ça fait de toi quelqu'un de courageux, quelqu'un qui a des valeurs, quelqu'un qui a la patience d'insister et d'aller plus loin.
Peut-être aussi que si on regarde ta carrière amoureuse, tu es allé trop loin tout du long. C'est-à-dire que le cadavre était mort et que tu étais encore avec le respirateur artificiel dessus, en te disant : je pense qu'il peut respirer dans quelques instants. La bonne question, ce n'est pas « est-ce que j'ai tout essayé dans ce couple, et donc je dois partir ». La bonne question est très différente : est-ce que je ne suis pas en train de maintenir en vie quelque chose qui ne vit que grâce à moi ? Si tu es en réanimation, que tu lui tiens la main, que tu regardes, ça bouge, mais qu'en fait c'est toi qui as mis un coup de genou dans le lit, ça ne bouge pas.
Dante a écrit il y a 700 ans quasiment un guide touristique pour rentrer en enfer, et il n'était pas seul dans ce voyage : il y avait Virgile à côté de lui. Si tu souhaites que je t'accompagne ou que je t'aide à en sortir, je serai peut-être ton Virgile, en coaching.
En sortant de l'enfer, on ne voit pas le paradis
Il faut que tu te rappelles comment il sort de cet enfer des neuf cercles. On pourrait penser que lorsqu'on arrive dans les cercles de l'enfer, on va se noyer, on va mourir, et qu'il faut remonter par le haut. La réalité est très différente. Il a fait ce voyage et il est allé jusqu'au bout, jusqu'en bas de l'enfer. Et au moment où il en est sorti, en étant au pire, il dit : « Et alors nous sortîmes revoir les étoiles. » C'est-à-dire qu'en sortant de l'enfer, il ne voit pas le paradis, ce qu'il voit, c'est les étoiles.
Et toi aujourd'hui, tu as un avantage sur tous ceux qui n'ont jamais mis un pied en enfer : tu sais exactement à quoi ça ressemble. Et à un moment donné, quand tu verras une lumière arriver, tu sauras que c'est de l'amour, tu sauras que c'est les étoiles, et tu ne le confondras avec rien d'autre.
Questions fréquentes
Pourquoi est-on allé aussi loin dans une relation toxique ?
Trois mécanismes se cumulent. L'attachement d'abord : anxieux avec évitant, évitant avec anxieux, on reproduit des choses. Le renforcement intermittent ensuite, le principe des casinos. Et enfin les coûts irrécupérables : vu tout ce que j'ai déjà mis dedans, je ne vais pas partir maintenant. Personne ne se dit un matin qu'il va anéantir sa vie. Ça vient par étapes, et chaque étape t'emmène un peu plus vers l'enfer.
Est-ce que la souffrance apprend vraiment quelque chose ?
Elle apprend, oui. Tu connais mieux tes limites, tu sais ce que tu peux tolérer, tu connais ton seuil de l'acceptable au millimètre près. Mais elle ne rend pas plus heureux. Voir l'enfer te rend lucide, ça te donne une meilleure compréhension globale, et c'est tout. Attention aussi au biais du survivant : ceux qui disent « heureusement que j'y suis allé » sont ceux qui en sont sortis. Ceux qui y sont encore ne font pas de podcast, ils souffrent.
Comment savoir s'il faut enfin partir ?
La bonne question n'est pas « est-ce que j'ai tout essayé ». La bonne question est : est-ce que je ne suis pas en train de maintenir en vie quelque chose qui ne vit que grâce à moi ? Si tu lui tiens la main en réanimation, que ça bouge, mais qu'en fait c'est toi qui as mis un coup de genou dans le lit, ça ne bouge pas.
Est-ce que je serais capable d'être avec quelqu'un de sain ?
C'est la question qui fait mal. Est-ce que tu saurais être heureux sans faire de vagues, être dans un couple sans tester les limites de l'autre comme un gamin ? La réponse immédiate, c'est oui, bien sûr, j'en rêve depuis tout le temps. La réponse moins immédiate, c'est parfois : moi, ce que je veux, c'est faire du grand huit, très haut puis très bas. Et en réalité, c'est aussi acceptable.
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