Nous allons parler aujourd'hui de l'enfer du couple anxieux évitant. On parle de style d'attachement, et je vais tenter la magie de vous éviter 12 ans de thérapie. En principe, à la fin, vous comprenez exactement comment ça fonctionne et vous réparez la relation si elle est réparable. La plupart des conseils que vous trouverez sur internet à ce sujet sont faux. S'ils ne sont pas précisément 100 % faux, ils sont en tout cas très souvent incomplets. C'est-à-dire qu'on n'aborde qu'une seule partie du profil anxieux, qu'une seule partie du profil évitant, et de cette partie-là, c'est à toi d'extrapoler la suite et très probablement de te tromper.

Quand tu étais petit, que tu sois un petit garçon ou une petite fille, tu arrives avec plein d'amour à donner, et surtout tu as besoin que tes parents te donnent également de l'amour, qu'ils te rassurent, qu'ils créent une connexion stable avec toi. Ce n'est probablement pas ce qui s'est passé. Ça signifie qu'on ne sort pas du ventre de sa mère en étant attachement anxieux ou évitant. On le devient quelque part entre 3 ans et 8 ans. Par exemple, pour un évitant, l'amour sera donné par les parents puis retiré. Ou encore, pour un attachement anxieux, l'amour sera rare et conditionnel.

Deux blessures qui entrent en résonance

Généralement, quand on est attachement anxieux, quand on reçoit de l'affection, de l'amour, on est euphorique. Et quand on voit, ou quand on soupçonne, un signal de détachement de la part de l'autre, on a peur. Ton partenaire, lui, ce qu'on lui a créé, c'est ce système d'attachement évitant. Et ce sont deux profils qui s'adorent, deux profils qui s'attirent à un tel point qu'ils ne savent même pas si c'est de l'amour ou si c'est un attachement traumatique. Ça fait comme des espèces de vagues, une mise en résonance. La blessure initiale de l'un correspond, comme le yin et le yang, pile à l'inverse de la blessure de l'autre. Leurs deux blessures ont été créées quasiment au même moment dans leur enfance. C'est aussi pour ça qu'ils se reconnaissent.

Et ces deux partenaires vont faire comme une danse ensemble. Par exemple, l'anxieux aura besoin de se rapprocher, aura besoin de plus de câlins, plus d'affection de la part de l'autre. Il va venir déclencher celui qui est attachement évitant, qui va partir, se reculer : il aura peur, il va étouffer, il n'en pourra plus. L'anxieux finit par prendre sur lui, par s'adapter, et l'évitant revient. C'est une danse qui se fait à deux. Et parce que ces deux profils entrent en résonance, ils ont des sentiments qui sont gigantesques l'un pour l'autre.

La prison de verre de l'attachement anxieux

Il faut bien comprendre que l'attachement anxieux, c'est un peu comme une prison de verre. Ça vient dicter une grande partie de tes phrases du quotidien, de tes comportements, de ton anxiété. Cet attachement anxieux va déclencher plein de petits moteurs psychologiques journaliers. Par exemple, à 9 heures le matin, tu peux te sentir angoissé lorsque l'autre s'écarte. Tu as l'impression que tu n'as pas eu le même bonjour que d'habitude, les mêmes bisous que d'habitude. Au final, tu génères de l'anxiété. Tu peux aussi parfois ne pas dire tes besoins, parce que tu te dis que si tu te montres tel que tu es, l'autre finira par fuir ou ne t'aimera pas. Tu te dis : pour ne pas être abandonné, je préfère suivre l'autre.

Tu peux aussi avoir besoin de validation. Quoi que tu fasses, tu as envie que l'autre te dise que tu as bien réussi, que tu es fort, que c'est chouette. Un peu comme un enfant que ses parents valident. Parce que ça signifierait qu'on ne t'abandonnera pas. Quand on a peur de l'abandon, on a aussi du mal à dire non. On peut aussi parfois faire ce qui s'appelle des ruptures préventives : je te quitte parce que j'ai peur que dans quelque temps ce soit toi qui me quittes. On peut avoir des réactions émotionnelles trop fortes, l'amygdale qui se déclenche trop vite, trop fort. On peut confondre intensité émotionnelle et amour. On peut se suradapter à l'autre en permanence, surinterpréter ses SMS, la durée entre deux messages, une virgule à la place d'un point, un smiley ou pas de smiley. On peut même être, et la phrase est dure à comprendre, addict à une certaine forme de rejet : lorsqu'on retombe sur un schéma d'enfance, de rejet puis d'attirance, chaud, froid, je te repousse, je t'attire, dans ce cas-là on sera amoureux.

La cocotte-minute : le cycle de la dispute

Prenons un seul de ces petits moteurs psychologiques en exemple, le plus simple peut-être. Il y a une petite dispute, vous n'êtes pas d'accord ensemble. Tu vas tenter de négocier avec l'autre, négocier pour qu'il aille un peu dans ton sens, pour qu'il te comprenne. Mais si tu vois que les négociations n'avancent pas, tu vas voir que tu auras peur de le perdre. Tu auras peur que l'autre te dise : vu qu'on n'est pas d'accord, vu que dans ces disputes on ne trouve pas de réponse, alors dans ce cas-là, je vais te quitter. C'est une peur inconsciente. Pour ne pas que l'autre parte, tu vas t'excuser, tu vas taire tes besoins, tu vas te suradapter à l'autre en permanence. À force de tout garder en toi comme une cocotte-minute, tu gardes, tu gardes, tu gardes, tu finis par exploser. On ne peut pas garder indéfiniment ce qu'on a en nous. Tu exploses, tu finis par faire une crise qui est démesurée par rapport à ce qui se passe le jour même. Par la suite, tu t'en veux. Tu te dis : mince, j'ai peur de le perdre, c'est pour ça que j'ai tout gardé en moi, j'ai fini par exploser et maintenant j'ai à nouveau peur de le perdre. Je perds confiance en moi, il y a à nouveau une dispute, et cetera, et cetera. Et ça va tourner pendant toute une vie. À chaque fois qu'il y a une dispute, à chaque fois qu'il y a un froid juste après un chaud, à chaque fois qu'on se sépare et qu'on se remet ensemble, ça vient fragiliser. Chaque occurrence vient détruire un petit peu plus le couple. On se sépare un peu plus, on se comprend un peu moins, on se perd avec les jours.

Pourquoi vos disputes sont dix fois plus compliquées

Dans un couple normal, comprendre une dispute, c'est compliqué. Dans un couple anxieux évitant, c'est compliqué fois 10. Voici pourquoi. Dans un couple normal, quand il y a une dispute, il y a ce qui s'appelle une zone commune de conflit. C'est ce que tout le monde sur terre a : tes parents, tes voisins, tes collègues de bureau. Il y a des malentendus. On projette nos propres défauts, nos propres envies sur l'autre. Il y a des non-dits, des blessures d'enfance, des déséquilibres émotionnels, de l'escalade, de la lutte de pouvoir et de l'incompréhension. Tu peux aussi avoir des facteurs aggravants à ces disputes classiques. Il peut y avoir des excès : ton partenaire boit, ou à chaque fois qu'il s'énerve et que vous vous séparez, il part avec ses copains. Il peut aussi y avoir des gens qui sont des manipulateurs, qui ne sont pas là pour que le couple se passe bien, qui sont là pour te dominer, te contrôler, t'exploiter. Il peut y avoir des mauvaises fréquentations, des peurs des deux côtés, des différences d'éducation.

Mais si en plus vous êtes attachement anxieux et évitant, voici ce qui va se rajouter. Toi, de ton côté, si tu es anxieux : insécurité, abandon, hypervigilance, rumination, dépendance affective, besoin de fusion, urgence émotionnelle, peur du rejet, manque de sécurité intérieure, surinterprétation. De son côté, à l'évitant, il va se rajouter : fuite, retrait, fermeture émotionnelle, dissociation, minimisation, rationalisation, besoin de contrôle, peur de l'envahissement, autonomie rigide, détachement apparent. Ça devient tellement dense dans ta tête. Il y a tellement de causes que si tu devais relier chacun des points de ta situation actuelle, tu ne saurais même pas où tu en es. Est-ce que je me sens en insécurité parce que cette personne est insécurisante, ou est-ce que c'est parce que je suis dépendant affectif ? Est-ce que je me sens abandonné parce que l'autre joue sur mes failles et qu'il est manipulateur, ou pas ? Le rôle de chacun devient extrêmement complexe et difficile à analyser. Tu te retrouves perdu face à une masse d'informations gigantesque : au quotidien, tu fais de ton mieux, mais pour autant ça ne marche pas. Tu comprends tout, réellement, mais tu as du mal à le mettre en application.

Clé numéro 1 : je m'excuse

Voici donc trois clés extrêmement simples que vous pouvez utiliser à la maison, qui vous permettent de sortir de ce brouillard gigantesque pour mettre en place des choses très simples et très concrètes. La première clé, toute simple, c'est de dire : je m'excuse. On est tous un peu responsables de ce qui nous arrive. On peut même être responsable d'être avec la mauvaise personne, au passage. Je m'excuse, c'est mature, c'est sain. Donc : je m'excuse des choses que j'ai faites qui t'ont fait du mal, je ne le voulais pas, j'essaie de m'améliorer chaque jour. Ce qui serait très sain, après que tu te sois excusé, c'est que l'autre s'excuse aussi, qu'il te dise : tu as raison, j'ai aussi ma part. Mais déjà, rien que sur cette première clé, tu peux interpréter et comprendre comment l'autre fonctionne, parce que l'autre peut ne pas s'excuser. Et dans ce cas-là, on est déjà bloqué sur la clé numéro 1. Ça peut être pour plusieurs raisons. Peut-être que c'est son ego, ce qui n'est pas très bon signe. Peut-être que c'est une immaturité émotionnelle. Peut-être que cette personne manque d'empathie, est incapable de voir ton point de vue. Peut-être aussi que c'est de la fatigue. Ou peut-être que c'est une personne manipulatrice ou perverse narcissique, qui va te dire : je suis parfait, je n'ai rien à remettre en question chez moi, rien à travailler. Il va inverser la culpabilité, dire que c'est toi le problème, faire du gaslighting. Et surtout, une personne toxique n'a aucun intérêt à résoudre.

Clés 2 et 3 : donner son mode d'emploi et travailler ensemble

Admettons que tu aies réussi à t'excuser, ce qui est chouette, et que l'autre se soit excusé aussi. On passe à la clé numéro 2. Ça consiste à donner son mode d'emploi. Quand tu fais X, je ressens Y. Quand tu m'interdis de voir mes amis, je ressens de la peine, parce que moi j'ai des valeurs familiales et amicales. Tu donnes ton mode d'emploi, tu n'es pas en train de critiquer. Tu es comme une machine à laver dont on lirait toutes les pages : tu expliques comment tu fonctionnes, page à page. Quand tu fais X, je ressens Y, sachant que le Y est souvent négatif : je ressens de la peine, de la tristesse, du rejet, de l'abandon. Tu dis quels sont les boutons qui ont été appuyés qui font que tu souffres. Et bizarrement, pour cette clé numéro 2, l'autre en face de toi peut bloquer pour exactement les mêmes raisons que la clé numéro 1. Peut-être qu'il n'entendra pas ta douleur à cause de son ego, de son immaturité émotionnelle, parce qu'il n'arrive pas à voir ton point de vue.

Et la troisième clé, c'est : aimerais-tu qu'on travaille ensemble dessus pour ne pas que ça se reproduise ? Si jamais cette personne t'aime, si jamais cette personne veut aller de l'avant, elle a intérêt à bosser dessus avec toi. Si vous avez encore 50 ans à vivre et que vous ne voulez pas repasser par les mêmes étapes en permanence, par cette même danse diabolique et destructrice que vous avez depuis le début, alors il y a intérêt à bosser dessus, à ce que chacun d'entre vous montre son mode d'emploi, comment il fonctionne, et que vous cherchiez des solutions intelligentes à deux.

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Questions fréquentes

Pourquoi je n'arrive pas à tomber amoureux des gens équilibrés ?

Tu tombes un jour face à un partenaire dit équilibré et tu n'es plus aussi anxieux. Lui, ses parents l'ont élevé avec le bon lien : il a de l'amour en lui, il n'a pas besoin de quémander de l'amour ni de le fuir. Mais lorsque ton système ne s'active pas aussi fort, tu as parfois du mal à être amoureux, parce qu'on n'est pas dans cette fameuse mise en résonance, cette danse endiablée qui rend les sentiments encore plus forts. Tout ceci rend tes relations saines compliquées et tes relations avec les évitants tordues.

Comment savoir si le cycle anxieux évitant est en place ?

Le signe que ce cycle est parfaitement en place, c'est que tu as chaud puis froid de manière répétitive, comme une espèce de danse qui se répète tout le temps. Tu as une présence rassurante, puis absolument plus rien. Tu as une relation qui est passionnelle mais qui est aussi explosive. Tu as toujours ce schéma de viens près de moi, puis je te repousse.

Est-ce de l'amour ou de l'attachement traumatique ?

Ces deux profils s'attirent à un tel point qu'ils ne savent même pas eux-mêmes si c'est de l'amour ou si c'est un attachement traumatique. Leurs blessures entrent en résonance, et c'est cette mise en résonance qui crée des sentiments gigantesques l'un pour l'autre.

Que faire si ma souffrance ne fait rien à l'autre ?

Quand tu donnes ton mode d'emploi, la réponse est noire ou blanche, il n'y a pas de zone de gris. Soit l'autre en face de toi veut que tu souffres moins et il va s'y intéresser, il va s'arranger pour qu'on corrige ça, parce qu'il t'aime. Soit tu souffres et ça ne lui fait rien, et il va continuer de le faire. Et je pense qu'on ne reste pas en couple avec une personne qui veut que tu souffres.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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