Les femmes sont tellement dures entre elles. Je dois avouer qu'en tant qu'homme, c'est quelque chose qu'on observe de loin. On n'est pas dedans, on n'est pas dans ce tumulte. Beaucoup de femmes disent qu'elles préfèrent bosser avec des hommes parce que c'est plus simple. Beaucoup de femmes disent que les pires en société, ce sont les autres femmes. On va parler aujourd'hui de l'agression silencieuse entre les femmes, dont personne ne parle. C'est un sujet ressenti, extrêmement grave, et très peu évoqué.

L'agressivité chez les hommes, elle est directe. Il y a une dispute, on se met un coup de poing, c'est fini. Peut-être même qu'un quart d'heure après, on peut aller boire une bière ensemble. Chez une femme, ça va être très différent. Si jamais tu es une femme et que tu partages, par exemple au bureau le matin, une réussite personnelle, tu peux te retrouver à être rabaissée, à être ignorée. Tu es dans un groupe d'amies, tu partages quelque chose qui t'arrive de positif ou de négatif, tu te fais rejeter.

Une agression indirecte héritée de l'évolution

Pour expliquer cette agressivité, on a tout d'abord des facteurs biologiques et évolutionnaires. Les hommes, par exemple, ont dû se battre physiquement pour apporter de la nourriture à la maison lorsqu'ils étaient des hommes préhistoriques. Ils ont dû se battre contre d'autres tribus, et c'était une guerre physique. Ce qu'on réalise un peu moins, c'est que les femmes ont dû aussi se battre. Elles ont dû se mettre en concurrence entre femmes pour obtenir par exemple des partenaires de qualité. Quand on parle d'agression indirecte, ce sont des comportements qui sont non physiques. Vous ne vous tirez pas les cheveux, mesdames. C'est plutôt par exemple du commérage ou du rejet social. On va le retrouver par exemple si une femme est attirante. Si elle est attirante, elle est vue comme une concurrente, et donc elle sera dégagée. Certaines études montrent même qu'à la période de l'ovulation, lorsque la fertilité est maximale, c'est là que les femmes peuvent se montrer les plus dures.

Cette agressivité silencieuse vient souvent de la jalousie. Ça peut être une jalousie sentimentale : la peur que cette femme me vole un homme, ou mon homme. Une jalousie matérielle : cette femme possède plus que moi. Ou une jalousie sociale : cette femme a mieux réussi que moi. Dès l'enfance, les filles ont compris une chose : elles ne doivent pas agresser physiquement, parce que l'agression physique, tirer les cheveux, se battre, c'est considéré comme peu féminin. Et donc, indirectement, elles privilégient l'affrontement qui est dit relationnel. C'est ce qui fait qu'une adolescente apprend vite que lorsqu'elle est en colère après une de ses camarades, elle ne doit pas lui rentrer dedans. Par contre, elle peut tout à fait propager une rumeur, parce que ça, c'est acceptable. On parle donc d'agression relationnelle. L'idée étant de ne pas blesser l'autre physiquement, mais plutôt de s'attaquer à ses relations sociales, pour la rejeter du groupe.

Ces phrases qui rabaissent

Je vous donne quelques exemples de phrases ou de commérages malveillants que tu as peut-être déjà entendus. Deux collègues, en regardant une troisième collègue : « Elle a encore mis cette robe moulante, elle veut vraiment se faire remarquer. Est-ce que tu as vu comme elle a grossi depuis sa rupture ? » « Elle dit qu'elle est heureuse avec son mec, mais je crois qu'il la trompe. » « Apparemment, elle a eu cette promotion parce qu'elle passe beaucoup de temps avec son patron. » Ou encore : « Elle fait semblant d'être épanouie dans son rôle de mère, mais en réalité, elle a l'air complètement dépassée. » Toutes ces phrases-là rabaissent.

Parfois, ce sont aussi des phrases en direct. « Waouh, ma chérie, tu as l'air moins fatiguée que d'habitude aujourd'hui. » Juste suffisamment agressif pour te rabaisser un petit peu. « Ta présentation était bien, surtout pour quelqu'un qui débute. » « Ça te va très bien, d'ailleurs je n'aurais jamais pensé que ce style de vêtement aurait pu t'aller. » « Je te donne un conseil pour ton bien : tu devrais arrêter de te mettre trop en avant, parce que les gens vont mal le prendre. » Ça, ça veut dire : ma chérie, reste à ta place. « On s'est retrouvées entre filles hier, tu aurais adoré », alors qu'en réalité, tu n'as juste pas été invitée. « Oh, désolée, je ne pensais pas que tu serais intéressée par cette soirée », pour justifier qu'on ait mis à l'écart cette personne. Comprends bien qu'intérieurement, ça montre toujours une forme d'insécurité. Je ne me sens pas assez sécure, je n'ai pas assez confiance en moi, et je vais donc devoir rabaisser cette personne pour rester la grande prêtresse, pour éliminer la concurrence.

Le syndrome de la reine abeille

Certains stéréotypes montrent les femmes comme mesquines, hypocrites, jalouses entre elles. Et c'est ce qui fait qu'une femme peut un jour affirmer : « Je ne suis pas comme les autres femmes. » Ce qui signifie en gros : je ne suis pas méchante comme les autres, je ne suis pas hypocrite comme les autres. Lorsqu'on regarde une série sur Netflix, tu peux trouver ce qui s'appelle des mean girls, des filles méchantes. Parfois, on a l'impression qu'être méchante entre femmes, c'est quasiment banalisé, c'est quasiment normal, c'est même valorisé. Tu as l'impression que cette concurrence hostile, c'est une bonne chose.

Il faut aussi considérer le fait que parfois, on est dans un espace réduit, comme au travail, avec 20 salariées. Elles ont l'impression qu'il y a de la place que pour une seule d'entre elles, un seul ticket gagnant. Et c'est ce qui fait qu'à un moment donné, l'une va devenir la Queen Bee, le syndrome de la reine abeille en français. Cette reine abeille va se distinguer des autres femmes, par exemple en adoptant des traits plus masculins pour s'imposer, pour avoir le respect des hommes du groupe. Elle peut être aussi plus critique et plus dure envers les femmes avec qui elle travaille, les rabaisser pour éliminer la concurrence et rester la reine sur son trône. Comprends bien aussi que les normes de féminité veulent qu'on attende de la femme de la douceur, de l'empathie, de la discrétion. C'était peut-être plus le cas il y a 20 ou 30 ans, mais on a toujours cet héritage du passé. Ça signifie que tu ne peux pas te battre face à tes concurrentes si ce qu'on t'inculque depuis toute petite, c'est : sois douce, sois gentille. Certaines femmes ont donc dû réprimer leur colère et rester gentilles, quitte à sortir cette haine de manière différente, typiquement par des potins, par le fait de rabaisser dans le dos.

La rivalité sexuelle : l'expérience de la femme trop attirante

Parlons de la rivalité sexuelle et de la compétition pour les partenaires. D'un point de vue évolutif, si une femme est perçue comme plus séduisante, alors ce sera une rivale menaçante qui vient réduire tes chances de reproduction. C'est une femme qu'il faut éliminer. Et si jamais tu as un doute sur le fait que ce soit vrai, il y a eu une expérience scientifique sur ce sujet. On a demandé à des femmes de collaborer ensemble pour faire un projet, et parmi elles, il y avait une femme qui était payée par la personne qui faisait cette étude. Bien évidemment, lorsque cette femme complice était habillée de manière très attirante, de façon sexy, elle a eu des regards hostiles, des chuchotements, des critiques et du rejet. Par contre, lorsqu'elle était habillée de manière très traditionnelle, tout se passait bien, aucune hostilité particulière. Au moment de faire un sondage sur les participantes, la majorité a déclaré qu'elles refuseraient de la présenter à leur petit ami, de la laisser seule avec lui, ou même d'en faire une amie proche, par crainte de la concurrence qu'elle représenterait.

Ce qui est intéressant dans cette jalousie sexuelle, c'est qu'elle peut arriver même en l'absence de menace avérée. C'est-à-dire que même si dans ce groupe de femmes il n'y a pas d'hommes, ce comportement de détruire les autres par des rumeurs ou par des rejets va continuer d'exister. Ces comportements peuvent arriver dans une prison pour femmes, alors qu'il n'y a aucun homme. Dans certains cas, la diffamation, ce sera de raconter que cette femme est une femme facile, qu'elle a eu beaucoup de partenaires, de manière à minimiser sa valeur aux yeux des hommes. La chose extrêmement intéressante là-dedans, c'est qu'en réalité, ces agressions indirectes s'avèrent être payantes. C'est atroce ce que je vous dis aujourd'hui, mais ça veut dire qu'en gros, les femmes qui pratiquent ce genre d'exclusion, ce genre de potins, auraient en moyenne une vie amoureuse plus active, tandis que les victimes perdent confiance en elles et se retirent plus volontiers de cette compétition amoureuse. Ce n'est pas une apologie à devenir ce genre de femme, bien au contraire : les deux côtés, que ce soit l'agresseuse ou l'agressée, auront des dommages psychologiques par la suite.

École, travail, famille : où ça se joue

Tout d'abord, dans les milieux scolaires. 18 % des adolescentes canadiennes, par exemple, sur un sondage, ont été victimes de cyberharcèlement. Il y aura des clans, des exclusions, du harcèlement indirect. On remarque qu'il y a beaucoup moins de violence physique chez les filles que chez les garçons, par contre plus de violence psychologique. On peut arriver sur un jeu de pouvoir social où la reine abeille a son petit clan autour d'elle, elle va exclure certaines personnes, et les autres, qui auront peur d'être victimes aussi, vont faire comme la reine. Elles vont aussi exclure cette même personne, de peur que ce soit elles qu'on rejette un jour. Pour celles qui seront agressées, il y aura des troubles intériorisés, typiquement de l'anxiété, de la dépression et une baisse de confiance en soi qui va perdurer au-delà de l'école. La chose surprenante, c'est que même les agresseuses auront des difficultés relationnelles plus tard à l'âge adulte, parce qu'elles risquent de reproduire exactement les mêmes schémas toxiques.

Dans le milieu professionnel, il y a souvent l'ambition de la carrière, parfois justifiée parce que dans certaines entreprises, il n'y a que quelques places pour beaucoup de femmes. Ça peut prendre plusieurs formes : attirer l'attention d'un supérieur hiérarchique, se mettre bien avec le patron, minimiser le succès d'une collègue, ou encore refuser de coopérer avec elle. Le souci du monde du travail, c'est que ces agressions sont répétées dans le temps. Ce sont des microagressions. On parle d'un commérage, et on pourrait être tenté de dire : ce n'est pas si grave, ce n'est pas dangereux, il ne se passe rien. Sauf qu'en réalité, il y a des troubles de santé mentale qui sont graves : de la dépression, de l'anxiété, du stress, et des idées de mettre fin à sa vie chez les victimes. Le harcèlement répétitif cause des dégâts gigantesques.

Tu peux aussi retrouver ce genre de dynamique dans la famille : entre une mère et sa propre fille, avec une belle-mère, une belle-sœur, une tante, ou même entre plusieurs sœurs. Par exemple, une mère qui voit sa fille grandir, s'épanouir et devenir une femme peut finalement devenir jalouse en voyant sa propre jeunesse s'éloigner tandis que sa fille devient magnifique. Tu peux avoir des rivalités entre sœurs : une compétition étant jeunes, puis à l'âge adulte on se compare sur tout, sur la réussite professionnelle, matrimoniale, sur les enfants. Sans aucune surprise, les réseaux sociaux viennent amplifier la chose. Et on retrouve encore ce même type de comportement dans les milieux exclusivement féminins : des internats non mixtes, un couvent, une prison, certains cercles associatifs, une école pour filles. Dans ce cas-là, la compétition ne sera pas sur les garçons, elle sera plutôt sur la réussite scolaire, sur la richesse, sur la popularité. Et on retrouve exactement les mêmes outils : des rumeurs, des brimades psychologiques et le fait de rejeter cette personne du groupe.

Les impacts sur la santé mentale

On va conclure sur les impacts. Les symptômes incluent un repli sur soi, des troubles du sommeil, des idées pour en finir avec sa vie, des troubles alimentaires, de l'automutilation et des comportements autodestructeurs. De nombreuses femmes témoignent qu'elles se sentent mal à l'aise avec les autres femmes suite à de mauvaises expériences. Les femmes, finalement, hésitent à se soutenir mutuellement parce qu'elles ont intégré l'idée que parfois, le pire ennemi d'une femme, c'est une autre femme. Sensibiliser sur ces sujets, on parle d'agression invisible, le fait de rendre ceci visible, à mon sens, c'est déjà le début d'un mouvement. C'est déjà aider des femmes qui ne comprennent pas ce qui leur arrive et qui ont enfin un début d'explication.

Tu as subi ce genre d'agressions silencieuses et tu veux reconstruire ta confiance ? Je te propose d'en parler en coaching.

Questions fréquentes

Pourquoi les femmes sont-elles si dures entre elles ?

Il y a des facteurs biologiques et évolutionnaires : les femmes ont dû se mettre en concurrence entre elles pour obtenir des partenaires de qualité. Et dès l'enfance, les filles ont compris qu'elles ne doivent pas agresser physiquement, c'est considéré comme peu féminin, donc elles privilégient l'affrontement relationnel : commérages, rumeurs, rejet social.

C'est quoi, le syndrome de la reine abeille ?

Dans un espace réduit, les femmes ont l'impression qu'il n'y a de la place que pour une seule d'entre elles. La reine abeille se distingue des autres femmes, par exemple en adoptant des traits plus masculins pour s'imposer, et elle se montre plus critique et plus dure envers les femmes avec qui elle travaille, pour éliminer la concurrence et rester la reine sur son trône.

Un simple commérage, est-ce vraiment grave ?

On pourrait être tenté de dire que ce n'est pas si grave. Sauf qu'en réalité, ces agressions sont répétées dans le temps, ce sont des microagressions, et il y a des troubles de santé mentale graves chez les victimes : dépression, anxiété, stress, et des idées de mettre fin à sa vie. Le harcèlement répétitif cause des dégâts gigantesques.

Toutes les femmes sont-elles concernées ?

Non. J'ai simplifié mon langage pour que vous ayez l'idée, mais on parle bien de certaines personnes, certaines femmes, dans certaines situations, dans certains groupes. Il ne s'agit pas de dire que toutes les femmes sont comme ça.

Tu te retrouves dans ces dynamiques ?

J'accompagne les personnes qui veulent comprendre ce qu'elles ont vécu et construire quelque chose de différent.

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